La France arrache ses vignes. Sur 750 000 hectares soit 1 million de moins que sous l’Ancien Régime, le gouvernement lance un programme d’arrachage de 100 000 hectares supplémentaires. Dans un papier émouvant publié dans les colonnes du Figaro Yves d’Amecourt tire la sonnette d’alarme. https://urlz.fr/qJFD. Il est vigneron. Il prêche donc pour sa paroisse. Sans doute. Mais pas que…
S’il en contient, le vin n’est pas que de l’alcool. A ce
titre il a été, et est encore, au centre de la campagne antialcoolisme qui
sévit en France et en Europe depuis bien des années.
Notre vigneron souligne le fait paradoxal que le vin a
été la victime de cette campagne alors que l’alcoolisme perdure, comme la
consommation de drogues et autres opiacés. Le vin est moins consommé que les alcools. – 30 % sur les vins rouges en 10 ans. La consommation de vin a
été divisée par deux depuis la Loi Evin (1991). Nos viticulteurs s’inquiètent
et en sont réduits à chercher les moyens de faire du vin sans alcool quand ils
ne se résignent pas à l’arrachage que promeut dorénavant le gouvernement ! Terrible
alternative à laquelle n’échappe que les grands crus et quelques appellations
qui ont travaillé pour préserver leur identité.
Ceci est la démonstration supplémentaire de
l’inefficacité de nos politiques publiques qui loupent leurs objectifs de
manière systématique.
Une fois encore nous nous trompons de cible.
De quoi cette politique est-elle le signe ?
Le vin serait-il la victime expiatoire des ayatollahs de
l’hygiénisme antialcoolique ?
J’aime les vignerons. Je travaille pour eux à la suite d’un
choix professionnel fort qui m’a fait créer le cabinet VINOLEXhttps://www.vinolex.fr/. J’aime le vin,
sa culture, son goût, son nez, son œnologie, ses hommes, ses domaines, ses
vignes, sa complexité, son environnement, sa géographie, ses tonneaux, ses
caves, son cérémonial, sa dégustation et … son ivresse. Sans réelle
modération au sens de la loi. Par delà ces motivations personnelles, laissant de côté la
dimension économique traitée dans l’article de d’Amecourt, je veux défendre le
vin parce qu’il est un élément structurant de notre civilisation. Les effets de
cette politique mal pensée et qui manque sa cible sont d’un autre ordre et
touchent eux aussi cette civilisation si souvent attaquée à bien d’autres
égards.
Avec le vin on touche le cœur.
Dans son excellent livre la mémoire du vin le général
Marc Paitier raconte beaucoup de belles histoires nourrissant cette mémoire qu'il a voulu transmettre. Son dernier chapitre est
particulièrement passionnant sous le titre : l'imaginaire du vin. La dégustation et l'art de parler du
vin, objective et subjective, de ce vin qui délie la langue, qui vit, qui est
le ferment de l'amitié, qui joue le rôle de lien dans la vie sociale. Mais
aussi son ivresse qui ne consiste pas nécessairement à rouler par terre et à
perdre conscience ; cette ivresse qui a été chantée de différentes
manières tant par Charles Baudelaire que par Raoul Ponchon. Le général Paitier
considère que le vin est une personne, qui joue sa partition dans l'amour, qui
est un grand consolateur, qui lie les amis. Et enfin, il souligne le lien avec le sacré
particulièrement pour les chrétiens, à l'inverse des musulmans. La Bible lui
accorde une place de choix. Saint-Thomas-d’Aquin va jusqu'à écrire : « Il
faut goûter le vin avec modération, mais sans cesse, parce que l'on atteint
grâce à lui l'ivresse du sacré ». Notre ami Chesterton a ces mots
extraordinaires : « Buvez, car le monde entier est aussi rouge que ce
vin, rouge de l'éclat de l'amour et du courroux de Dieu. Buvez car les
trompettes sonnent pour la bataille et je vous offre le coup de l'étrier.
Buvez, ceci est mon sang, que j'ai versé pour vous’ Buvez car je sais d'où vous
venez et pourquoi. Buvez, car je sais quand vous partirez et où vous irez ».
Revenant à un registre moins élevé spirituellement, et encore…, comment ne
pas citer le merveilleux poème de Raoul Ponchon qui mieux que personne, savait
ce qu’ivresse voulait dire :
LE
VIN DE MON AMI
Ah !
sapristi ! le bon vin
D’où
qu’il vînt,
Ami,
que tu m’as fait boire !
Quand
il viendrait du Brésil,
Je
dis qu’il
Est
digne du Saint Ciboire.
Est-il de belle couleur !
Quelle
fleur
Lui
peut être comparable !
Un
rubis auprès de lui
N’est
que nuit,
Tout
parfum, que misérable.
Il est frais entre les dents,
Et
dedans
La
gorge il met de la joie,
De
même qu’il rend au cœur
Sa
vigueur,
Sans
inquiéter le foie.
Lesquels
vous
Flanquent
d’abord une tape.
Pacifique
et naturel,
Il
est tel,
Qu’il
somnolait dans la grappe.
Ses éléments éthérés,
Par
degrés,
Montent,
par lente poussée,
Mais
ne prennent pas d’assaut,
En
sursaut
Le
palais de la Pensée.
C’est un paisible et serein
Souverain,
Qui,
dans sa cour enchantée,
Avance
à pas de velours,
Si
peu lourds
Qu’on
ne s’en peut faire idée.
On
dirait
Que
ses courtisans s’éveillent
Qui
dormaient en l’attendant…
Dans
l’instant
S’éveillent
et s’émerveillent.
Et lentement, et petit
À
petit,
Les
rythmes, comme des pages,
Commencent
à frétiller,
Babiller,
Et
mènent de grands tapages.
Un rêve dans mon cerveau,
Tout
nouveau,
Se
lève comme une aurore,
Plus
ingénu mille fois,
Qu’en
les bois,
Une
fleur qui vient d’éclore,
Et voici que mon esprit
S’attendrit
Sur
nos misères humaines,
Et
que je dis des méchants :
Pauvres
gens !
Pitié
pour ces phénomènes !
Alors pourquoi cet acharnement ?
La question mérite d’être posée.
Pourquoi nous détourner
de cette boisson qui a été chantée et magnifiée depuis que l’homme foule le mout de raisin ?
Notre époque n'aime pas la fantaisie ; elle lui préfère
la rupture dialectique, le moralisme, la moraline et l’hygiénisme.
Elle ne sait pas faire confiance à l’homme. Elle veut
tout prévoir, tout gouverner, tout réglementer. Le vin qui fait souffler le
vent de l’imagination dans les profondeurs de l’être est incongru dans son univers
orwellien.
Et surtout, elle n'aime plus la France dont elle a fait
une abstraction républicaine et démocratique. Or, la France est le pays du vin même
si elle n'est pas que cela. Citant Rabelais « Le vin est ce qu’il y a de
plus civilisé au monde » Yves d’Amecourt a ce joli mot : « Le
vin est la signature de la France ».
Cette politique est triste. Notre monde est affligeant,
angoissant et navrant. Les femmes et les hommes qui continuent de céder à l’alcoolisme
et à la drogue en sont le signe et le révélateur. Notre combat contre le vin témoigne
de notre confusion et décidément de notre inaptitude à parler aux hommes. Nous
ne savons plus répondre à la vraie question de toute civilisation « Que
faut-il dire aux hommes ? ».
Gageons toutefois que nous saurons un jour voler au
secours de nos viticulteurs et leur reconnaître la place qui leur revient en
même temps qu’à leur nectar et à tous ceux qui l’ont chanté et exalté. Ce
jour-là les vignerons sortiront leurs plus précieux flacons afin de célébrer
les plantations de leurs nouvelles vignes et le peuple de France festoiera avec eux !
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