lundi 9 décembre 2013

MANDELA: MYTHE OU REALITE ?

Nelson Mandela était déjà béatifié avant son décès. Il est vrai que le personnage inspire le respect, à la fois par son engagement, son courage et sa détermination. Son aptitude à pacifier la période postérieure à sa libération, prônant le respect mutuel, la concorde, a permis dans un premier temps d’éviter le bain de sang qui semblait inévitable. L’homme politique fut un habile tacticien, ce que le magnifique film de Clint Eastwood «INVICTUS» a mis en exergue. Personnage emblématique, il fait l’unanimité dans le monde politique et dans toutes les organisations internationales. En France,on l’a célébré jusque pendant l’élection de Miss France!... Même le Front National s'est cru obligé d'y aller de son couplet lui qui stigmatisait l'extrémisme révolutionnaire du leader africain, son engagement au côté des forces communistes internationales de même que la Vulgate antiraciste qui soutenait son action et sa diffusion dans le monde entier.

Quelques voix s'élèvent toutefois, dissonantes, mais couvertes par le cœur des louanges médiatiques. Elles émettent des critiques auxquelles il faut prêter une oreille attentive. Non pas sur la personne, ni sur le combat contre le racisme, ou contre le principe insupportable de l’apartheid. Mais sur les manipulations de l'histoire de l'Afrique du Sud, ainsi que sur les résultats sociaux, économiques et politiques du mandat de Président de la République de Nelson Mandela et sur la situation actuelle de son pays. Et c'est là que le bât blesse. Les observateurs objectifs confirment ce que différentes plumes ont écrit, aussi autorisées et compétentes que celles de Bernard Lugan ou de Jean-Marc Sylvestre. L'Afrique du Sud est devenue championne du monde du crime et des viols. La situation sanitaire y est dramatique, notamment par rapport à la diffusion du sida. Le niveau scolaire est catastrophique. Les inégalités y sont pires que jamais. La croissance annoncée pour ce pays que l’on a classé dans le BRIC a été réduite et n’a pas profité à sa population. Les luttes intestines entre les différents partis noirs sont toujours aussi vives. Les blancs y sont malheureusement victimes d'exactions recrudescentes. Le tableau est dramatique. Bernard Lugan conclue son article ainsi: «En moins de deux décennies, Nelson Mandela, président de la République du 10 mai 1994 au 14 juin 1999, puis ses successeurs, Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), ont transformé un pays qui fut un temps une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain, en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants, mais de plus en plus réduits,le plus souvent dirigés par des Blancs."

C'est donc dire que le grand vent d'espoir qui avait soufflé à sa sortie de prison, lors de l’attribution du Nobel et en 1994 est vite retombé et que la dure réalité de l'Afrique du Sud a rattrapé Madiba. L’aristocrate xhosa, révolutionnaire n’hésitant pas à mettre «sa peau au bout de ses idées», loin des clichés véhiculés par les médias, a échoué politiquement. Héros sans doute. Grand homme d'État c'est malheureusement moins certain…. Reste la fin de l’apartheid ? Au-delà du symbole, force est de constater que les relations inter-raciales sont loin, très loin, d’être apaisées…

Peut-être n'était-il pas temps d’évoquer la face sombre du bilan de cet homme exceptionnel, alors que l'heure est à l'émotion et à la célébration dans la lumière des louanges. Mais il ne faudrait pas non plus qu'une fois de plus l'arbre nous cache la forêt, que la réalité soit mythifiée et que les sentiments, la sympathie, l’empathie envahissent tout, annihilent tout esprit critique et nous mettent en incapacité de réfléchir avec objectivité. Il est vrai qu'à l'heure où nous nous avérons incapables de gérer la relation entre blancs et noirs de manière apaisée, équilibrée, intelligente sans tomber systématiquement dans l'interdit et la psychose collective, cette célébration revêt un caractère quai-religieux qui nous entretient dans notre chronique déni de réalité.



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