vendredi 2 janvier 2026

MES VOEUX A L'AUNE DU DRAME DE CRANS-MONTANA

L’actualité dramatique du 1er janvier 2026 nous bouleverse ; elle doit réorienter notre regard. Elle relativise bien des débats, bien des urgences proclamées, bien des certitudes.

 


Lorsque le tragique surgit, il rappelle avec une brutalité nue que certains événements décisifs de nos existences ne se laissent ni prévoir ni maîtriser. Le destin ne se laisse pas gouverner ; il dément l’illusion de notre maîtrise. 

 

Au-delà de la compassion due aux victimes — indispensable, juste, humaine — la mort et les blessures très graves de ces jeunes nous obligent à prendre de la mesure. Non pour expliquer, encore moins pour instrumentaliser, mais pour nous situer avec justesse face à ce qui est arrivé comme face à ce qui peut advenir ; pour ajuster notre manière d’agir comme de réagir.

 

Ce drame, dans sa cruauté même, ne dicte aucune conclusion. Il met en revanche à nu nos réflexes collectifs : l’empressement à interpréter, la tentation de réduire, le besoin de réponses immédiates.

 

Un regard distancié n’abolit pas la responsabilité humaine ; il en fixe le périmètre réel.

 

Cette donnée irréductible qui doit s’imposer à nous, me conduit à formuler deux vœux en élargissant le champ de notre réflexion sur les événements et les actualités par rapport auxquels nous avons tendance à ne pas réagir de manière ajustée.

 

Mon premier vœu est donc celui d’une acceptation active des événements.

 

Distinguer clairement ce qui ne dépend pas de nous — l’irruption du tragique, la contingence, la mort — de ce qui relève pleinement de notre champ d’action : nommer les faits, en examiner les causes réelles, hiérarchiser nos réactions, agir de manière proportionnée.

 

Renoncer à maîtriser ce qui excède notre pouvoir ne revient pas à se résigner. C’est refuser les faux remèdes et les réponses illusoires. L’acceptation lucide n’abolit ni la responsabilité morale ni l’action individuelle comme  collective ; elle les empêche de s’exercer dans l’aveuglement d’une fausse toute-puissance.

 

Marc Aurèle a illustré ceci: « Donne-toi le calme intérieur : il dépend de toi seul. Les choses extérieures ne te touchent pas, mais seulement l’opinion que tu en as. » 

 

Reconnaître un ordre de la réalité qui nous dépasse n’a jamais supprimé la liberté humaine. Celle-ci s’exerce d’autant plus pleinement qu’elle accepte ses limites, sans les convertir en alibi.

 

Mon second vœu sera une invitation à recevoir les événements autrement: silence, distance et questionnement.

 

Il ne s’agit ni de suspendre l’exigence morale ni de différer indéfiniment la responsabilité, mais de refuser l’application mécanique de grilles idéologiques préfabriquées. Penser exige de différer l’interprétation immédiate pour mieux la fonder, de résister aux réponses réflexes, d’accepter d’être mis en question par ce qui arrive — y compris lorsque cela ébranle nos cadres habituels.

 

Hannah Arendt  a exprimé cette idée maitresse avec son habituelle lucidité: « Penser, ce n’est pas connaître ; penser, c’est examiner ce qui arrive sans règles toutes faites. » 

 

Cette retenue du jugement, cette capacité à faire silence et à poser des questions plutôt qu’à imposer des réponses immédiates, n’est ni une abdication ni une neutralisation. Elle vise à préserver la justesse du discernement avant l’action, afin que celle-ci soit responsable, proportionnée et réellement efficace. L’exigence morale ne se mesure pas à la vitesse de la réaction, mais à la qualité de l’attention qui la précède et à la pertinence des questions que l’on aura consenti à se poser.

 

Développer cette attention est une discipline lente, exigeante, en tension constante avec le rythme médiatique contemporain. Ce décalage n’est ni un luxe intellectuel ni une posture de retrait. Il est la condition pour ne pas confondre agitation et responsabilité.

 

Renoncer à tout expliquer immédiatement, à tout corriger symboliquement, a un coût : perdre le confort du contrôle et la satisfaction immédiate de la certitude. C’est peut-être le prix à payer pour une pensée plus sobre, une parole plus mesurée et une action réellement ajustée au réel.


Nous en aurons grand besoin en 2026!


Bonne année à vous, chers et fidèles lecteurs de ce blog, et à ceux qui vous sont chers.

 

1 commentaire:

  1. Avoir de la retenue procède en effet de la plus élémentaire des pudeurs et du respect. Cela n’empêche pas en l’occurrence de constater les inconséquences, voire l’inconscience de certains.
    Pour ce qui est de l’apprentissage de la pensée, il passe par une refondation de l’éducation qui nous enjoint à penser selon le référentiel établi par la doxa en cours !
    Bonne année !

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