Nous poursuivons notre "descente aux enfers"!
Chant X : Les hérétiques. Quand l’intelligence s’enferme
Dante et Virgile ont
désormais franchi les murailles de la cité de Dité. Ils entrent dans le sixième
cercle de l’Enfer.
« Ici sont enfermés les
hérétiques avec leurs disciples, de toutes les sectes. »
Le paysage a changé. Dante
se trouve devant un immense cimetière : des tombeaux ouverts et embrasés
renferment les âmes des hérétiques.
Dante désigne les
disciples d’Épicure, ceux qui, écrit-il, « font mourir l’âme avec le corps » ;
autrement dit, ceux qui ont nié l’immortalité de l’âme.
Ils avaient cru que tout
s’achevait avec la mort du corps ; les voici enfermés dans des tombeaux,
toujours conscients et pour l’éternité. Ces sépulcres, aujourd’hui ouverts,
seront refermés après le Jugement dernier, lorsque les âmes auront retrouvé
leur corps.
Comment ne pas penser, par
contraste, au tombeau ouvert et vide du Christ ? D’un côté, le sépulcre dont le
Christ est sorti, manifestant la victoire sur la mort ; de l’autre, ces
tombeaux où demeurent ceux qui avaient cru que la mort aurait le dernier mot.
La peine rend ainsi
visible la vérité que le damné avait refusée.
Dante rencontre deux
Florentins : Farinata degli Uberti, grand chef gibelin et adversaire politique
de sa famille, et Cavalcante de’ Cavalcanti, père de son ami Guido.
Farinata surgit de son
tombeau avec une grandeur presque intacte :
« Il se dressait, le front
et la poitrine hauts, comme s’il avait l’Enfer en grand mépris. »
Il reste tout entier
habité par Florence, les luttes entre guelfes et gibelins, son parti et sa
famille. Cavalcante est très différent : une seule chose l’intéresse, son fils
Guido.
C’est alors qu’apparaît
une étrange particularité de la condition des damnés. Farinata connaît des
événements qui ne se sont pas encore produits et annonce notamment à Dante son
prochain exil. Cavalcante, en revanche, ne sait pas si son fils est encore vivant.
Une formulation de Dante au passé lui fait croire qu’il est mort de telle sort
que bouleversé, il retombe dans son tombeau.
Comment peuvent-ils
connaître l’avenir et ignorer le présent au point de croire en une vérité aussi
cruelle que la mort d’un fils ?
Farinata l’explique : les
damnés aperçoivent les événements lorsqu’ils sont encore éloignés dans
l’avenir, mais cessent de les connaître lorsqu’ils deviennent présents, à moins
qu’un nouveau venu ne les en informe.
Cette étrange prescience
ne constitue probablement pas une peine propre aux seuls hérétiques, puisque
Dante attribue ailleurs à d’autres damnés la connaissance d’événements futurs. Mais
elle prend ici une force particulière.
Farinata et Cavalcante
demeurent passionnément attachés au monde terrestre dont ils sont désormais
séparés. L’un veut connaître le destin de Florence ; l’autre celui de son fils.
Ils avaient cru que l’existence s’achevait avec la mort et découvrent que leur
âme lui survit ; mais désormais le présent de cette vie terrestre à laquelle
ils restent attachés leur échappe.
L’ironie est terrible : ils
découvrent que leur conception de l’homme était fausse au moment où cette
découverte ne peut plus modifier leur destinée.
Il faut soigneusement
distinguer leur condition de la nôtre.
Les damnés ne sont plus en
chemin. Leur état est définitif ; le temps du choix et de la conversion est
achevé.
Dante, lui, est vivant. Et
c’est précisément pour cela qu’il traverse l’Enfer : il regarde ce que sont
devenus ceux qu’il rencontre afin de comprendre ce que ses propres choix
pourraient faire de lui. Ce qui est définitif chez les damnés peut encore être
corrigé chez le vivant.
Voilà pourquoi ce chant
peut nous concerner sans que nous confondions notre condition avec la leur.
Se tromper n’est pas
encore s’enfermer : toute intelligence humaine peut se tromper. Le danger
apparaît lorsqu’elle refuse que ce qu’elle tient pour vrai puisse être
confronté à une vérité qui ne dépend pas d’elle.
Le tombeau acquiert alors,
pour le lecteur, une seconde puissance symbolique : celle d’une intelligence
qui se referme sur ce qu’elle croit savoir. Peut-on finir prisonnier de ce que
l’on a tenu pour vrai ?
Pour Farinata et
Cavalcante, le temps de la réponse est passé. Pour Dante — et pour nous — il ne
l’est pas. Nous pouvons encore interroger nos certitudes, les confronter au
réel, reconnaître notre erreur et changer.
C’est peut-être l’une des
grandes leçons du chant : la vérité n’est pas ce que l’intelligence décide ;
elle est ce à quoi l’intelligence accepte de se conformer.
Virgile lui-même finit reconnait
les limites de sa raison. Il indique à Dante que, lorsqu’il sera devant la «
douce lumière » de Béatrice, il comprendra ce qui lui demeure encore obscur.
Nous retrouvons ici l’un
des fils conducteurs de la Divine Comédie. Virgile représente la raison humaine
dans ce qu’elle a de plus élevé mais limité.
Béatrice ne viendra pas
abolir la raison, mais lui apporter une lumière qu’elle ne peut produire
elle-même et qu’elle peut cependant recevoir.
Dante évite ainsi deux
écueils : renoncer à la raison ou lui demander davantage qu’elle ne peut
donner. Il faut exercer pleinement son intelligence, tout en conservant assez
d’humilité pour accepter qu’elle soit corrigée, instruite et, lorsqu’elle atteint
ses limites, éclairée par une lumière qui la dépasse.
C’est finalement ce que
les tombeaux du chant X donnent à méditer au vivant : une intelligence demeure
vivante tant qu’elle accepte de ne pas s’enfermer dans ce qu’elle croit savoir.
Chant XI : L’architecture
du mal
Le chant XI est singulier.
Il ne s’y passe presque rien.
Dante et Virgile doivent
s’arrêter quelque temps afin de s’habituer à l’odeur insupportable qui monte
des profondeurs de l’Enfer.
Cette pause permet à
Virgile d’expliquer à Dante l’organisation des cercles qu’ils vont maintenant
parcourir.
Ce chant anodin est
essentiel, car Dante nous livre la carte morale de son Enfer : pourquoi les
péchés n’y sont-ils pas tous placés au même niveau ? Et en vertu de quelle règle ?
« Toute malice qui attire
sur elle la haine du Ciel a pour fin l'injustice. »
À mesure que l’on descend,
la nature du mal change.
Jusqu’à présent, nous
avons surtout rencontré les péchés d’incontinence : la raison n’a pas disparu,
mais elle s’est laissé dominer par les passions. Les luxurieux sont emportés
par leur désir ; les gourmands par leur appétit ; les avares et les prodigues
par leur rapport désordonné aux biens ; les coléreux par leur colère.
Désormais, la question
devient différente : dans quelle mesure l’homme engage-t-il volontairement son
intelligence dans le mal ?
Virgile distingue deux
formes de fautes plus graves : la violence et la fraude.
« De tout le mal que le
ciel déteste,
l'injustice est la fin :
et toute fin pareille
nuit à autrui ou par la
force ou par la fraude. »
La violence utilise la
force contre ce qui devrait être respecté. Elle peut s’exercer contre le
prochain, contre soi-même, ou contre Dieu et l’ordre de la création.
La fraude va plus loin
encore : elle fait intervenir l’intelligence pour tromper.
C’est pourquoi Dante la
place plus profondément dans l’Enfer.
Cette hiérarchie peut
surprendre notre sensibilité contemporaine. Nous avons spontanément tendance à
mesurer la gravité d’un acte à la violence visible qu’il produit. Dante a un
autre regard ; plus l’intelligence et la volonté participent consciemment
au mal, plus la faute est grave.
Dante - le pèlerin - s’étonne
de cette classification, et Virgile le renvoie à l’Éthique à Nicomaque
d’Aristote, qui distingue :
« les trois dispositions
dont le ciel ne veut pas : incontinence, malice et la folle bestialité ; et
comme l'incontinence offense moins Dieu et reçoit moins de blâme ».
Car si l’animal peut être
violent ; il ne peut pas trahir.
Si la violence détruit la
fraude pervertit une faculté spécifiquement humaine : l’intelligence et la
confiance.
Or aucune société ne peut
vivre sans confiance.
Le chant s’achève par une
explication admirable, consacrée à la nature, au travail humain et à l’usure :
« La philosophie, dit-il
virgule à qui l'entend
Enseigne, et dans plus
d'un écrit,
Comment la nature procède
de la divine intelligence et de son art ;
Et si tu lis bien ta Physique,
Tu trouveras, dans les
premières pages,
Que l'art humain, autant
qu'il peut, suit la nature,
Comme un élève suit son
maître,
Si bien que l'art est
comme un petit-fils de Dieu.
Des deux, art et nature,
si tu as en mémoire les premiers vers de la Genèse, il faut que l'homme tire
vie, et qu'il avance
Et puisque l'usurier suit
d'autres voies, il méprise nature pour elle et pour son art,
Puisqu’il met son espoir
en un autre lieu. »
L’ « art » dont parle ici
Dante n’est évidemment pas l’art au sens esthétique et commun. C’est l’activité
humaine, le travail, le savoir-faire par lesquels l’homme prolonge l’œuvre de
la nature. La nature vient de Dieu ; l’activité humaine apprend de la nature :
l’art est donc, selon la magnifique formule de Dante, comme le « petit-fils de
Dieu ».
L’usurier rompt cet ordre
parce qu’il prétend tirer directement un profit de l’argent lui-même, et non de
la nature transformée par le travail. Il faudra évidemment replacer cette
conception dans l’économie médiévale, mais l’intuition demeure intéressante :
l’économie est-elle encore ordonnée à une activité humaine réelle, ou l’argent
devient-il sa propre finalité ?
Virgile peut entraîner
Dante vers les cercles suivants, consacrés aux violents.
Chant XII : La violence
contre le prochain
Nous entrons dans le
septième cercle, celui des violents.
Pour y parvenir, Dante et
Virgile doivent descendre à travers un immense éboulement. Virgile explique
qu’il s’est produit au moment de la mort du Christ, lorsque la terre trembla.
Même l’Enfer porte donc la
trace de la Vie rédemptrice du Christ.
À l’entrée se tient le
Minotaure, créature mi-homme mi-bête, que Virgile provoque jusqu’à ce qu’il
soit emporté par sa propre fureur. L’image est parfaite : la violence commence
lorsque la raison cesse de gouverner la force.
Le premier giron rassemble
les violents contre le prochain : tyrans, meurtriers, brigands, ceux qui ont
fait couler le sang.
Ils sont plongés dans le
Phlégéthon, un fleuve de sang bouillant, à une profondeur proportionnée à leurs
crimes.
Ils ont fait couler le
sang : ils vivent désormais dans le sang qu’ils ont versé.
Des Centaures armés d’arcs
surveillent le fleuve. Toute âme qui cherche à sortir davantage qu’elle ne le
doit est immédiatement atteinte d’une flèche.
Dante introduit ainsi une
distinction essentielle : la force n’est pas en elle-même mauvaise. Les
Centaures exercent une contrainte, mais cette contrainte est réglée et
proportionnée alors que le Minotaure représente la force devenue folle.
Toute société doit parfois
user de la force : pour protéger, défendre, sanctionner. La véritable question
est de savoir si cette force demeure soumise à la raison et à la justice.
Dante s’écrie devant ce
spectacle :
« Ô aveugle cupidité et
folle colère, qui nous poussent si fort durant la brève vie et nous plongent
ensuite dans un tel malheur ! »
Deux passions sont ainsi
désignées : la cupidité et la colère.
Mais nous ne sommes plus
dans l’incontinence des premiers cercles. Ici, les passions ont été mises au
service d’une volonté qui détruit délibérément autrui.
Le chant XII nous oblige à
poser une question très contemporaine : la violence commence-t-elle avec le
coup porté, ou lorsque la volonté forme le projet d’agresser l’autre ?
C’est ce passage de la
passion à la destruction volontaire qui explique apparemment la profondeur du
septième cercle.
Chant XIII : La violence
contre soi-même
Après le sang, voici une
forêt. Mais rien n’y ressemble à une forêt ordinaire. Les arbres sont noirs,
noueux, sans fruits. Aucun oiseau ne chante. Des Harpies déchirent leurs
branches.
Au passage remarquons à
nouveau l’ampleur créatrice et symbolique de l’imagination foisonnante du
poète...
Virgile demande à Dante de
casser une de ces branches.
Du bois jaillissent alors
simultanément du sang et une voix.
Dante découvre avec effroi
que les arbres sont les âmes de ceux qui se sont donné la mort.
L’une d’elles est Pierre
des Vignes, ancien chancelier de l’empereur Frédéric II.
C’est l’occasion d’une
remarque générale.
Dante ne peuple pas son
Enfer de figures abstraites représentant chacune un péché. Il y fait entrer des
hommes et des femmes réels, souvent ses contemporains, parfois des personnes
qu'il a connues, aimées ou combattues. Ce choix donne à la Comédie son
extraordinaire puissance d'incarnation : le péché n'est jamais une catégorie
théorique, mais une réalité vécue dans une existence singulière.
Surtout, la destinée
éternelle n'efface pas la personne. Les morts demeurent reconnaissables, avec
leur caractère, leurs passions, leurs attachements et parfois leur grandeur.
Dante peut ainsi condamner une erreur sans nier tout ce qu'il y eut de grand dans
celui qui l'a commise.
Accusé de trahison,
emprisonné et disgracié, Pierre des Vignes s’est suicidé.
Dante ne le traite pas
avec mépris. Au contraire, la scène est traversée par une profonde compassion.
Mais cette compassion ne modifie pas le jugement moral. Nous touchons ainsi du
doigt cette dialectique si difficile et incomprise de la religion catholique :
aimer celui dont on condamne un acte, un choix, un mode de vie. Ici le suicidé...
Pourquoi les suicidés
sont-ils devenus des arbres ?
Parce qu’ils ont
volontairement rejeté leur propre corps.
Au Jugement dernier, ils
le retrouveront, mais ne pourront plus l’habiter : leur corps sera suspendu à
leurs branches.
Le châtiment rend visible
la rupture qu’ils ont eux-mêmes provoquée.
Nous touchons ici une idée
anthropologique fondamentale chez Dante : l’homme n’est pas une âme qui
posséderait un corps ; il est l’unité de son âme et de son corps. Se détruire
soi-même, c’est porter atteinte à cette unité. Comme déjà vu, c’est lui qui se
condamne par ses choix de vie
Mais le véritable cœur du
chant est peut-être ailleurs : dans le désespoir.
Pierre des Vignes ne s’est
pas seulement donné la mort parce qu’il souffrait. Il a fini par croire
qu’aucune issue ne s’offrait à lui.
Or Dante refuse cela.
Tant que l’homme vit,
aucune situation n’épuise entièrement la possibilité de l’espérance.
Cette page résonne
évidemment d’une manière particulière avec nos débats contemporains sur la fin
de vie. Elle oblige à revenir à une question préalable à toutes les autres : sommes-nous
propriétaires de notre vie au point de pouvoir en disposer comme d’un bien ?
Dante répondrait non.
Non pas parce que la
souffrance serait insignifiante — tout le chant témoigne du contraire — mais
parce que la vie est, pour lui, un bien reçu avant d’être un bien possédé.
Dante soutient et éclaire
la si difficile synthèse : Compassion pour celui qui souffre et refus de
considérer que la souffrance puisse justifier la destruction de sa vie ne
s’opposent pas. Pierre des Vignes souffrait au point de ne plus pouvoir
supporter son existence ; mais cette souffrance, aussi terrible fût-elle, ne
retirait rien à la valeur de sa vie.
Chant XIV : La violence
contre Dieu et le refus de toute limite
La forêt disparaît.
Dante entre maintenant
dans un désert de sable brûlant, sur lequel tombe continuellement une pluie de
feu.
Nous sommes toujours dans
le septième cercle, mais dans son troisième giron : celui des violents contre
Dieu, la nature et l’activité humaine.
Dante rencontre d’abord
Capanée, l’un des sept chefs qui assiégèrent Thèbes. Capanée avait défié
Jupiter lui-même. Foudroyé, puis damné, il n’a rien appris.
Il continue à défier Dieu
jusque sous la pluie de feu.
Et Virgile lui fait
comprendre que son orgueil est déjà son propre supplice.
Voilà une intuition très
forte à la hauteur du cadre inventé par Dante.
Dieu n’a même pas besoin
d’inventer un châtiment extérieur. Capanée reste ce qu’il a voulu être. Il
refuse toujours. Il se révolte toujours. Il hait toujours.
Son Enfer est d’être
devenu prisonnier de lui-même. Toujours la même logique déniant l’idée du
châtiment divin.
Le chant prend ensuite une
dimension beaucoup plus vaste avec l’étrange récit du Vieillard de Crète.
Dante reprend l'image de
la statue vue en songe par Nabuchodonosor dans le livre de Daniel : une immense
figure dont les différentes parties sont faites d’or, d’argent, de bronze, de
fer et d’argile.
Mais Dante transforme le
symbole. La statue est fissurée. De ses blessures coulent des larmes. Ces
larmes forment les fleuves de l’Enfer.
Quelle image !
Le mal n’est pas une
création concurrente de celle de Dieu. Il est une blessure introduite dans un
ordre qui était bon.
Cette idée permet de
comprendre pourquoi Dante associe ici la violence contre Dieu, contre la nature
et contre « l’art ».
La nature procède de Dieu.
L’activité humaine prolonge la nature. Attenter délibérément à cet ordre, c’est
donc, selon la logique médiévale de Dante, remonter jusqu’à sa source.
Le désert est alors un
symbole d’une puissance inouïe : ce qui se coupe de l’ordre créateur devient
stérile.
Nous retrouvons
finalement, sous une autre forme, la question posée dès le chant X.
L’intelligence peut-elle
se donner à elle-même sa propre vérité ? La volonté peut-elle devenir sa propre
loi ? L’homme peut-il décider qu’aucune limite ne le précède ?
Capanée répond oui.
Et Dante nous montre le
résultat : un homme qui proclame encore sa souveraineté alors qu’il est
incapable de se libérer de quelques centimètres de sable brûlant.
Voilà peut-être la grande
ironie du chant XIV : celui qui revendique une autonomie absolue est devenu
l’être le moins libre de tous.
Dante nous fait
progressivement découvrir le lien de l’hérésie à la violence.
Ces cinq chants dessinent
finalement une progression beaucoup plus cohérente qu’il n’y paraît. Au chant
X, l’intelligence se ferme. Au chant XI, Dante nous donne la clé permettant de
comprendre ce qui va suivre : plus la raison et la volonté sont engagées dans
le mal, plus celui-ci est grave. Au chant XII, la volonté se tourne contre
autrui. Au chant XIII, elle se retourne contre soi-même. Au chant XIV, elle
finit par se dresser contre l’ordre même du réel et contre Dieu.
Nous descendons moins dans
une galerie de fautes que dans les profondeurs et les affres de la liberté
humaine.
Et l’intuition de Dante
déjà évoquée prendra forme ; elle trouvera toute sa force dans la suite de
l’Enfer : le châtiment n’est pas seulement quelque chose qui arrive au pécheur
après sa faute. Le pécheur commence déjà à fabriquer son propre châtiment,
parce que nos choix répétés finissent par nous transformer.
Capanée demeure enfermé
dans son orgueil ; Pierre des Vignes dans son désespoir ; Farinata dans son
horizon politique et intellectuel.
L’Enfer de Dante est moins
le lieu où Dieu inflige arbitrairement des peines que celui où devient visible,
dans toute sa vérité, ce que l’homme a progressivement choisi de devenir.
Et c’est sans doute pour
cela que cette œuvre vieille de sept siècles continue de nous atteindre :
derrière ses monstres, ses fleuves de sang et ses pluies de feu, Dante ne cesse
en réalité de nous poser une seule question : que sommes-nous en train de
devenir par les choix que nous faisons ?
Ce billet a été construit et écrit avec l’aide d’une intelligence artificielle.
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