Au-delà de la ferveur impressionnante suscitée par sa visite à Paris et à Lourdes, Léon XIV nous a adressé avec douceur et simplicité des paroles d’une rare force et d’une grande exigence.
Les sermons aux croyants.
Aux jeunes réunis au Stade de France, il a parlé du
Christ sans détour. Il les a appelés à le suivre, à prier, à servir et à
discerner leur vocation. Il n’a pas ignoré leur anxiété, la précarité de leurs
projets ou la fatigue liée aux écrans ; il les a pris au sérieux pour les
inviter à ne pas s’y laisser enfermer. Son message était exigeant et
encourageant. Il les a simplement appelés à devenir des saints, sans rien
cacher des exigences de la voie à emprunter.
Comme encore ce matin à Lourdes, samedi lors de cette messe monumentale célébrée Place de la Concorde, sans brusquerie, notre Saint Père a appelé les fidèles à la pénitence et à la prière. A Lourdes : « Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5) ... Cette promesse, proclamée ici même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines ». Pas de cellule psychologique ! Pas de complications pédagogiques, pas d’évangélisation alambiquée ! Rien que la pratique des sacrements. La conversion et la pénitence ! Et : Tu dis ton chapelet ! Car les bien-être matériels ne te combleront jamais sur terre ! « Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ? ». Et la foule applaudit !... Elle est dans la joie, cette joie chrétienne dont tous ont relevé l’expression dont on n’a plus l’habitude dans nos rues.
Les discours officiels.
Venons-en aux discours « officiels ». Certains
y ont entendu des messages politiques. Il s’est en réalité simplement agi d’un enseignement.
Le Pape ne fait pas de politique. Il nous enseigne. Dans un temps
d’incertitude, de violence et d’inquiétude pour l’avenir, il a analysé nos
difficultés avec son autorité naturelle, sans détours, grâce à des analyses
structurées, profondes et ancrées dans l’histoire, la philosophie, la raison et
l’expérience de l’Eglise. Il le fit avec cette autorité bienveillante de chef d’une
Eglise dont il nous rappelle ainsi qu’elle est experte
en humanité. Les discours qu’il a prononcés à Paris sont le fruit et l’illustration
de cette expertise cohérente et exigeante qui traverse les siècles depuis 2 000
ans.
Les ressources françaises.
SS Léon XIV interpella la France de manière ferme, subtile
et constructive ouvrant son discours de l’Elysée par l’évocation de la
reconstruction de Notre-Dame dont il souligna qu’elle a mobilisé des artisans,
des institutions et des volontés d’une richesse exceptionnelle ; le pape qui n’oublia
pas de remercier le président de la République pour l’attention qu’il porta à
ce chantier a vu là le signe qu’une œuvre commune française demeure possible saluant ce « savoir-faire français synonyme d’excellence dans de nombreux
domaines ». Il nous dit ainsi explicitement que si nous avons su
reconstruire ensemble une cathédrale, c’est que nous disposons de ressources qu’il
suffit de mobiliser pour résoudre les difficultés de notre pays.
Pour cela Léon XIV nous invita à regarder notre
histoire. Il rappela nos racines chrétiennes, du baptême de Clovis, des saint
Irénée, Blandine, Pothin, Irénée, Martin, François de Sales, Vincent de Paul,
Frédéric Ozanam et Jeanne Jugan et la continuité du message français transcendant
les ruptures. Il répondit ainsi à l’interpellation de Saint Jean-Paul II au
Bourget, en 1980 : « France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux
promesses de ton baptême ? ». Ce même Jean Paul II qui le lendemain, à
l’UNESCO, plaçait la culture au cœur de la formation de l’homme. Léon XIV a
repris explicitement ce discours quarante-six ans plus tard. « Par l’œuvre insigne d’hommes et de femmes demeurés fidèles à leur humanité
et aux valeurs de l’Évangile, l’Église catholique en France n’a cessé d’œuvrer
pour le bien des plus démunis, se faisant le visage vivant de la tendresse et
de la compassion de Dieu ». Et devant l’UNESCO il reprit
le flambeau de son illustre prédécesseur. Il y livra un diagnostic exhaustif
des raisons de la faillite de nos systèmes éducatifs et remonta à une question
plus fondamentale, adressée à tous les peuples : que signifie être humain ?
Nous avons tous commencé notre vie comme des enfants dépendants des autres.
Notre dignité ne vient donc ni de notre autonomie ni de notre efficacité ; la
maladie, la souffrance et la perte de capacités ne l’abolissent pas. Cette
réflexion donne toute sa portée à son appel à éduquer et à discerner. À
l’Élysée, Bernanos l’aida à nommer le danger d’un « Paradis des Machines » :
face à l’intelligence artificielle, il faut former des personnes libres et
responsables, capables de juger ce qui sert réellement l’homme.
L’humanisme.
Il évoqua ensuite l’humanisme, les Lumières, les
droits de l’homme affirmant que la déclaration universelle des droits de l’homme
que l’on doit à René Cassin trouve dans l’Évangile une source d’inspiration et
d’accomplissement, soulignant : notre « attention permanente à la
dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise
nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots
gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences
éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source
inépuisable d’inspiration et d’accomplissement ».
La défense de la vie.
Devant un président qui a soutenu l’inscription de la
liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution et la loi sur l’aide à mourir
sous prétexte de fraternité, Léon XIV réaffirma avec clarté que « la
protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout
autre droit humain ». La dignité humaine ne peut rester une proclamation
sans conséquences, soulignant ainsi une première fois la contradiction de ce
pouvoir entre les notions qu’il invoque et les actes qu’il pose. Il exprima dans
la foulée sa préoccupation devant la gestation pour autrui, l’achat d’organes
et l’offre d’une mort programmée. Il a repris ces affirmations à Lourdes devant
les malades : « Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de
pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut
apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous
faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette
dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort
sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée ». Au risque
de provoquer immédiatement sa condamnation sur la quasi-totalité des médias
selon une antienne bien connue : Comment peut-il s’opposer à une loi votée
par la République ? Et le Pape d’enfoncer le clou : « ce qui
est légal n’est pas nécessairement moral ». Nous renvoyant sans le
dire expressément au combat d’Antigone.
La laïcité.
Le Pape fut aussi net sur la laïcité qu’il l’avait été
sur la liberté et les droits fondamentaux. « Une juste laïcité ne
consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation,
mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent
ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde
ait la vie. À cet égard, je salue le travail effectué dans le cadre de
l’Instance de dialogue entre le Saint-Siège, l’Église catholique en France et
le Gouvernement français ». Selon lui, une juste laïcité laisse aux
convictions religieuses leur place dans la discussion publique et permet à
l’État et aux institutions religieuses de coopérer pour le bien commun. Il ne
demande pas que leurs différences disparaissent : il appelle au dialogue. Mais
il y a eu plus que cela.
La place de l’Eglise.
L’aide aux plus démunis.
La Maison Bakhita donna à cette idée un visage
concret. Léon XIV y salua ceux qui « font de la place » aux autres, avant
de formuler cette conviction : « Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à
donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. » Accueillir
quelqu’un suppose donc de reconnaître ce qu’il peut nous apporter. Cette
réciprocité change notre manière de comprendre l’aide, mais aussi le dialogue. Ce
qui ne signifie pas non plus que le Pape nous demande d’accueillir sans limites
sur notre sol les populations des autres continents.
La paix.
Enfin, ces discours débouchèrent sur l’appel à la
paix. À l’Élysée, Léon XIV appela la France à refuser l’idée d’une guerre
inévitable et à servir la diplomatie et le multilatéralisme. À l’UNESCO, il exposa
que les traités ont besoin, pour tenir, d’une culture de justice et de paix. Il
adressa ainsi à notre pays une responsabilité particulière, tout en fondant son
appel sur une exigence qui concerne chaque être humain. La paix ne peut venir
sans que les hommes la veuillent…
Que conclure ?
J’ignore si, à court terme, il y aura un réveil
chrétien en France et en Europe.
Je sais toutefois que les leçons de cette visite
apostolique seront une source à laquelle nous pourrons aller puiser pour
chercher les solutions aux problèmes français qui ne disparaitront pas après cette
visite de lumière.
Voici le lien pour accéder à toutes les interventions publiques du Saint Père:
https://www.vatican.va/content/vatican/fr.html


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