Cette période vœux, et en
particulier le discours présidentiel, nous renvoient l’image d’un débat public
monotone, insipide, dérisoire et dépassé. Rien ne change. C’est toujours la
même tambouille. Nous attendons tout et trop de la politique, de l’homme providentiel
ou des réformes à venir. La confusion et l’erreur règnent, à cause de notre
volonté de construire la société selon nos propres vues, en fonction de nos
idées, de nos idéologies, de la dernière recette du plus imaginatif ou du plus
fin démagogue. Prométhée est aux commandes ! Changer, toujours changer !
Construire la société de demain ! Réformer, encore réformer. Des lois,
toujours des lois !... Promettre contre vents et marées ! Dans tous
les domaines. Notre volonté de maîtrise de la vie et de la mort qui est au cœur
du projet socialiste est la quintessence de notre fuite en avant. Les métastases
de ce cancer se répandent de manière inexorable.
La société humaine constituée
d'individualités diverses, libres et indépendantes a ceci de particulier que
son ordre, les principes de son équilibre, lui sont extérieurs. Sauf à tomber
dans l’anarchie l’extériorité de la norme est le corollaire de cette cohabitation
d’êtres libres, différents et égaux qui
en fait en même temps toute la richesse. A l’inverse du corps humain qui a ses
lois propres, internes. En médecine le bien est facilement identifiable ;
il s'agit tout simplement de la santé, alors que le mal est complexe à
diagnostiquer et à soigner. La marche de la science médicale nous le montre
tous les jours. S'agissant du corps
social c’est l’identification du bien qui est complexe, alors que les maux dont
il souffre nous apparaissent aisément.
Alain Supiot l’explique: « tandis que la norme de fonctionnement de
l'organisme s'identifie à son existence même, une société doit poser cette
norme en dehors d'elle-même pour exister et se maintenir »[1].
Telle est la gageure ! La gestion de la chose
commune, qui est l'objet de la politique, passe par l’école de l'humilité. Celle-ci consiste à admettre que l'ordre
social dépend de règles qui lui sont extérieures, qu’il faut rechercher
modestement et respecter au lieu de les inventer ou e les imposer. Elle repose
sur la seule vraie réforme, celle de chacun des membres qui la constituent.
Mère Theresa l'avait parfaitement répondu à un journaliste qui lui demandait ce
qu'il fallait changer dans le monde: « Vous et moi ».
C’est précisément ce que le
monde moderne n’accepte pas ! Lui qui veut toujours réformer la société,
la changer et qui se retranche avec hypocrisie derrière un respect humain fait
de tolérance mal comprise et de libéralisme intégral. Flatter l’humain pour
mieux le soumettre est bien la maxime de nos politiques modernes.
Face à l'erreur
anthropologique que nous commettons en n’admettant pas cette double exigence,
par rejet de l’humilité, par orgueil, nous devons nous rendre à l'évidence qu’au
point de prétention et d’aveuglement que nous avons atteint seuls des
événements extérieurs nous amèneront à revoir notre mode de fonctionnement
social et politique, à nous remettre en cause, par nécessité, par la force des
choses.
Car la réalité, et avec elle
ces lois extérieures dont nous voulons nous affranchir, sont irréductibles et
rebelles.
Le défi « écologique », la
crise systémique de notre économie, ou encore la confrontation identitaire seront
ces éléments sur lesquels nos illusions vont se briser, sans doute pour notre
plus grand bien. Ce jour-là les apprentis sorciers qui nous gouvernent disparaîtront
comme les feuilles dans le vent d’automne …
Bonne année !
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