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M
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orale et politique. Toute politique doit-elle être morale ?
Une politique peut-elle être immorale ? Machiavel et Kant ont essayé de
répondre à ces interrogations vieilles comme le gouvernement des hommes et de
leur cité ; ils ont cherché à définir, dans l’ordre des moyens, en quoi et
pourquoi la morale ne pouvait pas être le critère d’une bonne politique. Nous
avons perdu la capacité d’abstraction que nécessitent de telles analyses –
distinguer la fin et les moyens par exemple…- pour tomber dans l’énoncé de jugements de
valeur sur les propositions des uns et des autres en même temps que nous avons
laissé se dégrader le niveau de moralité de nos élus et gouvernants dans l’exercice
de leurs mandats.
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P
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aradoxe et confusion. Alors que la morale individuelle se
dissout chaque jour un peu plus dans le relativisme, nous attendons de nos élus
et de nos gouvernants qu’ils soient moralement irréprochables. De même
considérons-nous que notre époque est « avancée », supérieure et
meilleure que les précédentes, au nom de nos valeurs républicaines érigées en
absolu indépassable et même inégalable. Nous créons des comités d’éthique auxquels
nous enjoignons de nous affranchir des contraintes de la loi naturelle et des
notions simples de bien et de mal. Enfin les leaders des grandes formations
politiques dites républicaines prétendent exclure un autre parti et son
programme au nom de considérations morales, au nom des valeurs de la République
et de la démocratie ; Manuel Vals n’ayant
pas hésité à évoquer la morale de manière explicite et répétée avec emphase,
morgue et intolérance.
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J
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ugement de
valeur. Avec ce type de sentences nous refusons de juger une politique au
nom de sa gestion du bien commun, qui devrait pourtant être son seul critère,
afin d'exclure certaines propositions en vertu de préceptes soi-disant moraux. C’est
ainsi que, malgré la sacralisation – de façade… - de notre liberté de pensée et
d’opinion, nous sommes confrontés à des interdictions, des exclusions, des anathèmes,
souvent sous couvert de « phobies », comme si nous étions malades de
notre propre pensée… Il ne s’agit plus de condamner certains moyens en vertu de
la morale comme Machiavel ou Kant le faisaient, mais d’exclure, par des
procédés à l’opposé des principes qui sont prônés par ailleurs. Que faut-il penser de cette immixtion
de la morale, du jugement de valeur, sur les gouvernants et leur
politique ? Que cache-t-elle ?
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O
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pinion. Henri Hude explique que nous sommes naturellement
soumis à des « pouvoirs d’opinions »[1]. Les autorités constituées
au sein des communautés spirituelles, religieuses, sapientielles ou
philosophiques, les journaux, médias, écoles et universités sont les principaux
« pouvoirs spirituels ». Or notre système politique et idéologique est bâti sur
la liberté d’opinion de chacun. Le stratagème des autorités qui exercent leur
pouvoir spirituel et leur autorité d’opinion consiste à faire croire qu’elles
nous laissent libres d’adhérer, de penser, de forger nos convictions.
Comment ? Tout d’abord en entretenant cette illusion que l’on peut se
faire seul son opinion, avoir une pensée propre. Comme c’est impossible –nous ne
sommes que des héritiers et des débiteurs - croire en ce préjugé revient à
suivre les pouvoirs spirituels les plus démagogiques, qui font de la démocratie
une machine à faire obéir le peuple et se servent de l’idée de liberté pour
tenir en laisse les esprits.
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E
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xclusion. Voilà comment et pourquoi les mêmes
qui prônent la liberté en viennent à exercer un pouvoir moral d'exclusion. Ce qui est le
cas aujourd’hui avec le FN dont la politique n’est pas vraiment attaquée,
analysée ou critiquée en dehors de quelques mesures, comme si il fallait l’exclure, ... par peur ; à cet égard le refus du débat par certains leaders à l'instar de Nicolas Sarkhozy est
significatif. Derrière ce phénomène ponctuel et conjoncturel, nous retrouvons
la marque fondamentale d’un pouvoir, un pouvoir d’opinion, qui entend exercer une
autorité idéologique au cœur d’un système fondé sur la proclamation de
principes; un pouvoir qui s’est auto-octroyé une autorité morale pour pallier l’artificialité,
l’abstraction de ces principes, et disons-le pour tenter de faire l'impasse sur ses échecs patents.
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F
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in du politique. Dans cette démocratie d’opinion le pouvoir n’est plus politique. La morale, la morale
dévoyée, fossoyée, détournée parce que ce n’est ni son rôle ni sa fonction, a écarté le politique au sens noble
et légitime. D’où la confusion sur la morale et sur l’éthique. D’où cet
insupportable magistère moral exercé par des gouvernants qui n’ont plus de
morale, ou dont la morale est de donner au pays la chance de bénéficier de leur
politique ! D’où cet autre magistère des médias, manipulés, aux ordres de
leurs précepteurs ou de leurs donneurs d'ordre, qui font l’opinion publique.
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I
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njustice. Oui il y a vraiment des leçons de
morale qui se perdent en politique… Non décidément notre pouvoir républicain n’en
est plus un ; il n’a gardé que les prérogatives, en particulier la force ;
il a perdu la légitimité et l’authenticité. Comme il est admis de parler de la
force injuste de la loi, un jour viendra où l’on pourra dénoncer et récuser la
force injuste de l’Etat. Et notre système s’effondrera comme un château de
cartes à l’image de la disparition du système communiste dans les années 90. Le
tout est de savoir quand…. Et de s’y préparer !
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