Au sortir du 1er
tour des élections départementales, si nous ne savons pas quel est le « premier
parti de France » tant la lecture des résultats annoncés par les uns et les autres est déconcertante, nous
avons au moins une certitude : le FN et le populisme resteront au cœur du débat
politique.
Y a-t-il danger ? Quel est
le problème ? Que faire ?
M. Vals a engagé le fer ;
avec une rage inhabituelle pour un premier ministre, il dénonce le risque pour
notre pays de « se fracasser sur le FN ». La droite parlementaire, gênée
aux entournures, mais unie, entonne mezzo voce le même discours. De quoi
parlent-ils ? De quoi ont-ils peur ?
En filigrane le peuple est
accusé de se tromper, de faire un mauvais choix. Une remarque s’impose au
préalable ; si la capacité à venir du FN à gouverner reste en question, les
résultats obtenus dans les villes qu’il dirige manifeste un inattendu taux de
satisfaction des électeurs. Mais plus intéressante est la question de savoir s’il
faut se défier du peuple et de ses choix et quel est ce risque populiste auquel
on nous dit être exposés.
Le peuple n’a pas
nécessairement raison. L’Allemagne en a fait la preuve en portant Hitler au
pouvoir. Il peut se tromper ; il peut être abusé. La démocratie, la vérité
et le bien commun ne font pas nécessairement bon ménage. N’y a-t-il pas dès
lors une contradiction entre la démocratie-mania environnante et la remise en
cause permanente de la légitimité du vote FN ? Ce serait le rôle des veilleurs,
de ces gardiens du temple politique, des élites-les vraies- d’analyser ce
risque et à notre Etat d’en tirer courageusement les conséquences…. Où sont-ils ?
Qui sont-ils ? Que font-ils ?
Mais le peuple n’a pas
toujours tort…. Il sait mieux que personne ce dont il est menacé ou ce qui le
met en péril… Il lui est néanmoins reproché de porter ses préférences sur une
formation politique accusée de populisme.
Deux analyses du populisme se
croisent ces derniers temps, celle de Chantal Delsol et celle de Dominique
Reynié. Pour le second le populisme est le résultat d’opérateurs qui
instrumentalisent le peuple et ses peurs. Pour la première le populisme est dénoncé
par les tenants de la légitimité républicaine afin de stigmatiser un réveil
populaire motivé par un réflexe d’enracinement d’ordre identitaire. Ces deux
analyses ne se contredisent pas. Je vous invite à écouter l’émission Répliques enregistrée
sur France Culture le 14 mars.
Chantal Delsol souligne que
nous sommes pris collectivement dans un écartèlement entre le besoin d’enracinement
dont Simone Weill avait démontré le caractère essentiel et vital d’un côté, et
la volonté d’émancipation issue de notre filiation des lumières et de la
révolution de 1789 de l’autre. De fait notre société entretient le mythe du
progrès qui soutient l’exigence d’émancipation ; émancipation de toute
contrainte, doctrine, religion pour se réunir derrière les idéaux d’une République
qui porterait ce projet. Mais il y a aussi, et en même temps une réaction
identitaire, de peur, face aux risques auxquels nous expose cette évolution à
marche forcée en direction d’un paradis promis mais jamais atteint…. Nous
sommes dans la même situation qu’Adam et Eve au jardin d’Eden ; allez revoir le regard de nos deux grands aïeux
dans l’admirable fresque de la Chapelle Sixtine qui en dit plus qu’un long
discours sur cet écartèlement !
Voilà qui fait dénoncer par
C Delsol la criminalisation de la pensée identitaire à laquelle on assiste en
réaction au populisme ! L’enracinement, comme la défense de l’identité qui
a valu à Alain Finkielkraut d’être attaqué par les tenants de l’idéologie
dominante, ne doivent pas être stigmatisés et diabolisés.
Dominique Reynié de son côté
ajoute à son analyse la notion de populisme patrimonial, synthèse de la double
défense de notre niveau de vie et de la remise en cause de notre style immatériel
de vie, et des conséquences de la globalisation de nos modes de vie. Il justifie ainsi la légitimité de la
réaction en forme de repli sur soi qui est en partie au cœur du populisme
décrié.
Alain Finkielkraut ajoute
pour sa part en accord avec ses deux invités que le patrimoine identitaire ne
doit pas être abandonné aux « entrepreneurs du populisme » dénoncés
par Dominique Reynié ; tant il est vrai comme le souligne Chantal Delsol
que les peules ont besoin du particulier pour aller à l’universel qu’il ne faut
pas confondre avec le global dans lequel on cherche à nous entraîner….
Voilà quelques clés
intéressantes pour décrypter la situation dans laquelle nous nous embourbons
chaque jour un peu plus, en dehors de toute considération politicienne, dont il
est à se demander si elle trouvera une issue dans les urnes….
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