dimanche 22 mars 2015

POPULISME, ENRACINEMENT ET EMANCIPATION

Au sortir du 1er tour des élections départementales, si nous ne savons pas quel est le « premier parti de France » tant la lecture des résultats annoncés par les  uns et les autres est déconcertante, nous avons au moins une certitude : le FN et le populisme resteront au cœur du débat politique.

Y a-t-il danger ? Quel est le problème ? Que faire ?

M. Vals a engagé le fer ; avec une rage inhabituelle pour un premier ministre, il dénonce le risque pour notre pays de « se fracasser sur le FN ». La droite parlementaire, gênée aux entournures, mais unie, entonne mezzo voce le même discours. De quoi parlent-ils ? De quoi ont-ils peur ?

En filigrane le peuple est accusé de se tromper, de faire un mauvais choix. Une remarque s’impose au préalable ; si la capacité à venir du FN à gouverner reste en question, les résultats obtenus dans les villes qu’il dirige manifeste un inattendu taux de satisfaction des électeurs. Mais plus intéressante est la question de savoir s’il faut se défier du peuple et de ses choix et quel est ce risque populiste auquel on nous dit être exposés.

Le peuple n’a pas nécessairement raison. L’Allemagne en a fait la preuve en portant Hitler au pouvoir. Il peut se tromper ; il peut être abusé. La démocratie, la vérité et le bien commun ne font pas nécessairement bon ménage. N’y a-t-il pas dès lors une contradiction entre la démocratie-mania environnante et la remise en cause permanente de la légitimité du vote FN ? Ce serait le rôle des veilleurs, de ces gardiens du temple politique, des élites-les vraies- d’analyser ce risque et à notre Etat d’en tirer courageusement les conséquences…. Où sont-ils ? Qui sont-ils ? Que font-ils ?

Mais le peuple n’a pas toujours tort…. Il sait mieux que personne ce dont il est menacé ou ce qui le met en péril… Il lui est néanmoins reproché de porter ses préférences sur une formation politique accusée de populisme.
Deux analyses du populisme se croisent ces derniers temps, celle de Chantal Delsol et celle de Dominique Reynié. Pour le second le populisme est le résultat d’opérateurs qui instrumentalisent le peuple et ses peurs. Pour la première le populisme est dénoncé par les tenants de la légitimité républicaine afin de stigmatiser un réveil populaire motivé par un réflexe d’enracinement d’ordre identitaire. Ces deux analyses ne se contredisent pas. Je vous invite à écouter l’émission Répliques enregistrée sur France Culture le 14 mars.

Chantal Delsol souligne que nous sommes pris collectivement dans un écartèlement entre le besoin d’enracinement dont Simone Weill avait démontré le caractère essentiel et vital d’un côté, et la volonté d’émancipation issue de notre filiation des lumières et de la révolution de 1789 de l’autre. De fait notre société entretient le mythe du progrès qui soutient l’exigence d’émancipation ; émancipation de toute contrainte, doctrine, religion pour se réunir derrière les idéaux d’une République qui porterait ce projet. Mais il y a aussi, et en même temps une réaction identitaire, de peur, face aux risques auxquels nous expose cette évolution à marche forcée en direction d’un paradis promis mais jamais atteint…. Nous sommes dans la même situation qu’Adam et Eve au jardin d’Eden ;  allez revoir le regard de nos deux grands aïeux dans l’admirable fresque de la Chapelle Sixtine qui en dit plus qu’un long discours sur cet écartèlement !

Voilà qui fait dénoncer par C Delsol la criminalisation de la pensée identitaire à laquelle on assiste en réaction au populisme ! L’enracinement, comme la défense de l’identité qui a valu à Alain Finkielkraut d’être attaqué par les tenants de l’idéologie dominante, ne doivent pas être stigmatisés et diabolisés.

Dominique Reynié de son côté ajoute à son analyse la notion de populisme patrimonial, synthèse de la double défense de notre niveau de vie et de la remise en cause de notre style immatériel de vie, et des conséquences de la globalisation de nos modes de vie.  Il justifie ainsi la légitimité de la réaction en forme de repli sur soi qui est en partie au cœur du populisme décrié.

Alain Finkielkraut ajoute pour sa part en accord avec ses deux invités que le patrimoine identitaire ne doit pas être abandonné aux « entrepreneurs du populisme » dénoncés par Dominique Reynié ; tant il est vrai comme le souligne Chantal Delsol que les peules ont besoin du particulier pour aller à l’universel qu’il ne faut pas confondre avec le global dans lequel on cherche à nous entraîner….

Voilà quelques clés intéressantes pour décrypter la situation dans laquelle nous nous embourbons chaque jour un peu plus, en dehors de toute considération politicienne, dont il est à se demander si elle trouvera une issue dans les urnes….




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