Le retrait forcé de
Jean-Marie Le Pen de la scène politique marque la fin d'une époque. S'il convient
de se féliciter de cette sortie d’un homme politique qui a fait son temps, l’événement
mérite qu’on y réfléchisse d’un autre point de vue que celui proposé par les médias.
L’itinéraire de Jean-Marie
Le Pen aura été marqué par la percée de l'extrême droite sur l'échiquier
politique français en même temps que par une volonté forcenée de rester fidèle
à ce que l’establishment a stigmatisé comme ses vieux démons voire sa
perversité. À savoir l'ambiguïté par rapport au nazisme, un antisémitisme larvé
ou avéré, le refus de diaboliser le maréchal Pétain et la volonté farouche de
rester fidèle aux combats perdus par la France en Indochine puis en Algérie,
pour des raisons idéologiques avant que d'être militaires.
Si Jean-Marie Le Pen a
soutenu ses positions de manière aussi provocatrice est-ce parce qu'il s'y
croyait obligé pour tenir son cap? Sa référence répétitive au pétainisme
révèle-t-elle la volonté de dénoncer l’amalgame entre les valeurs de la « révolution
nationale » de 1940 à jamais liées au nazisme pour cause de haute
trahison? Se positionnant sur des points de rupture particulièrement sensibles
et refusant la Doxa de l'idéologie dominante, il choisit la provocation au
risque de choquer ceux-là mêmes dont il aurait pu incarner l'espérance
politique. Il tint une position en rupture idéologique et politique,
intellectuelle et culturelle avec le système qu’il dénonçait. Et il n'a pas
hésité à se positionner sur la ligne de rupture la plus explosive, celle du nazisme
et de l'antisémitisme.
On ne peut pas adhérer à ses
propos provocateurs sur le nazisme. Mais son positionnement politique, car c’en
fut un, pose une double question. Tout d’abord celle de savoir si la défense
d'une politique de droite fondamentalement opposée au socialisme sous toutes
ses formes nécessitait ces provocations ; mais aussi celle de savoir s’il
existe un lien entre les valeurs de cette politique et l’idéologie fasciste et
nazie qui faillit emporter le XXème siècle.
Nous savons pourtant, si
l’on est honnête, qu’on n’est ni fasciste, ni antisémite, ni nazi parce qu’on
est convaincu de la nécessité de défendre ces valeurs traditionnelles comme un
trésor national impossible à brader. Affirmer le contraire est un mensonge
intellectuel, philosophique et politique qui va bien au-delà du seul combat des
dites valeurs que chacun a le droit de vouloir mener…
Les provocations de
Jean-Marie Le Pen ont renforcé cette falsification en même temps qu’elles
avaient pour objet affiché de la dénoncer. La falsification l’a emporté sur la
dénonciation qu’elle a malheureusement discréditée. De ce point de vue, le
retrait de la vie politique de Jean-Marie Le Pen est une bonne nouvelle car ses
provocations apportaient du crédit à la diabolisation des valeurs sur
lesquelles son programme s’appuyait en partie. Le problème est que son départ
est accompagné d'une dédiabolisation qui s’accompagne de l'abandon des valeurs
en même temps que de la provocation.
Malgré sa fidélité affirmée
aux origines du mouvement l’évolution du FN sous la férule de sa fille
accrédite la thèse de l’amalgame. En même temps qu’elle mène sa dédiabolisation
Marine Le Pen abandonne l’ancrage doctrinal dans les valeurs caractéristiques
d'une politique authentiquement française et chrétienne. Je pense notamment à
la défense des valeurs inspirées du christianisme sur les questions éthiques,
familiales et culturelles. Comme le remarque Bernard Antony « Qu’elle ait
mis à la tête du « secteur de la culture » (sic !) du Front National Mr
Sébastien Chenu en dit significativement très long sur le renversement total
des valeurs à la tête du parti ».
Fin d'une époque donc. Mais
aussi et en même temps disparition politique d'une droite traditionnelle, forte
et intransigeante qui fut prise aux pièges tendus par le nazisme, le
communisme, le colonialisme, le débat sur les races, et enfin la dialectique
marxiste dont nous ne mesurons pas combien elle reste aujourd'hui le moteur de
la vie politique française. Les victimes en ont été nombreuses ; je ne
citerai pour mémoire que le grand témoin que fut Hélie de Saint Marc…
Si nous ne pouvons pas être
nostalgiques de prises de position qui n'avaient rien de bienveillant, ni de
conforme à l’inspiration chrétienne, ni rien de commun avec l’éternel français
devant l’histoire, nous devons par contre regretter l’abandon d'une politique
fondée sur ces valeurs ; car elles sont les seules réellement contraires
au socialisme, les seules porteuses de solutions aux problèmes dans lesquels
nous nous enfonçons de manière inexorable depuis des décennies.
Le lien entre l’apologie de
l’horreur et l’affirmation d’une politique de droite traditionnelle est la
confirmation de ce piège idéologique qui s’est refermé sur la maison France à
force d’exclusions, d’anathèmes et de condamnations depuis deux siècles.
Non nous ne pouvons pas regretter les dérapages
insupportables de Jean-Marie Le Pen. En même temps force est de constater que
son retrait s’accompagne de l’abandon définitif par le FN de ce qui en dehors
de l’emblématique souci de rendre la France aux français, faisait sa
spécificité française et son authentique combat contre le socialisme qui a
envahi la vie politique française….Et le piège est en train de se refermer à
son tour sur le FN incapable de trier le bon grain et l’Ivrée…
Après la disparition politique
de Philippe de Villiers et la marginalisation de tous ceux qui avaient essayé
de se positionner autrement que dans la provocation lepéniste, la politique
française serait-elle définitivement orpheline des valeurs dont les français
souhaitent encore majoritairement la restauration ? Cela est impossible…. Parce qu’impossible
n’est pas français !
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