dimanche 12 avril 2015

ET JEAN-MARIE LE PEN SE TUT...

Le retrait forcé de Jean-Marie Le Pen de la scène politique marque la fin d'une époque. S'il convient de se féliciter de cette sortie d’un homme politique qui a fait son temps, l’événement mérite qu’on y réfléchisse d’un autre point de vue que celui proposé par les médias.

L’itinéraire de Jean-Marie Le Pen aura été marqué par la percée de l'extrême droite sur l'échiquier politique français en même temps que par une volonté forcenée de rester fidèle à ce que l’establishment a stigmatisé comme ses vieux démons voire sa perversité. À savoir l'ambiguïté par rapport au nazisme, un antisémitisme larvé ou avéré, le refus de diaboliser le maréchal Pétain et la volonté farouche de rester fidèle aux combats perdus par la France en Indochine puis en Algérie, pour des raisons idéologiques avant que d'être militaires.
Si Jean-Marie Le Pen a soutenu ses positions de manière aussi provocatrice est-ce parce qu'il s'y croyait obligé pour tenir son cap? Sa référence répétitive au pétainisme révèle-t-elle la volonté de dénoncer l’amalgame entre les valeurs de la « révolution nationale » de 1940 à jamais liées au nazisme pour cause de haute trahison? Se positionnant sur des points de rupture particulièrement sensibles et refusant la Doxa de l'idéologie dominante, il choisit la provocation au risque de choquer ceux-là mêmes dont il aurait pu incarner l'espérance politique. Il tint une position en rupture idéologique et politique, intellectuelle et culturelle avec le système qu’il dénonçait. Et il n'a pas hésité à se positionner sur la ligne de rupture la plus explosive, celle du nazisme et de l'antisémitisme.

On ne peut pas adhérer à ses propos provocateurs sur le nazisme. Mais son positionnement politique, car c’en fut un, pose une double question. Tout d’abord celle de savoir si la défense d'une politique de droite fondamentalement opposée au socialisme sous toutes ses formes nécessitait ces provocations ; mais aussi celle de savoir s’il existe un lien entre les valeurs de cette politique et l’idéologie fasciste et nazie qui faillit emporter le XXème siècle.

Nous savons pourtant, si l’on est honnête, qu’on n’est ni fasciste, ni antisémite, ni nazi parce qu’on est convaincu de la nécessité de défendre ces valeurs traditionnelles comme un trésor national impossible à brader. Affirmer le contraire est un mensonge intellectuel, philosophique et politique qui va bien au-delà du seul combat des dites valeurs que chacun a le droit de vouloir mener…

Les provocations de Jean-Marie Le Pen ont renforcé cette falsification en même temps qu’elles avaient pour objet affiché de la dénoncer. La falsification l’a emporté sur la dénonciation qu’elle a malheureusement discréditée. De ce point de vue, le retrait de la vie politique de Jean-Marie Le Pen est une bonne nouvelle car ses provocations apportaient du crédit à la diabolisation des valeurs sur lesquelles son programme s’appuyait en partie. Le problème est que son départ est accompagné d'une dédiabolisation qui s’accompagne de l'abandon des valeurs en même temps que de la provocation.

Malgré sa fidélité affirmée aux origines du mouvement l’évolution du FN sous la férule de sa fille accrédite la thèse de l’amalgame. En même temps qu’elle mène sa dédiabolisation Marine Le Pen abandonne l’ancrage doctrinal dans les valeurs caractéristiques d'une politique authentiquement française et chrétienne. Je pense notamment à la défense des valeurs inspirées du christianisme sur les questions éthiques, familiales et culturelles. Comme le remarque Bernard Antony « Qu’elle ait mis à la tête du « secteur de la culture » (sic !) du Front National Mr Sébastien Chenu en dit significativement très long sur le renversement total des valeurs à la tête du parti ».

Fin d'une époque donc. Mais aussi et en même temps disparition politique d'une droite traditionnelle, forte et intransigeante qui fut prise aux pièges tendus par le nazisme, le communisme, le colonialisme, le débat sur les races, et enfin la dialectique marxiste dont nous ne mesurons pas combien elle reste aujourd'hui le moteur de la vie politique française. Les victimes en ont été nombreuses ; je ne citerai pour mémoire que le grand témoin que fut Hélie de Saint Marc…
Si nous ne pouvons pas être nostalgiques de prises de position qui n'avaient rien de bienveillant, ni de conforme à l’inspiration chrétienne, ni rien de commun avec l’éternel français devant l’histoire, nous devons par contre regretter l’abandon d'une politique fondée sur ces valeurs ; car elles sont les seules réellement contraires au socialisme, les seules porteuses de solutions aux problèmes dans lesquels nous nous enfonçons de manière inexorable depuis des décennies.

Le lien entre l’apologie de l’horreur et l’affirmation d’une politique de droite traditionnelle est la confirmation de ce piège idéologique qui s’est refermé sur la maison France à force d’exclusions, d’anathèmes et de condamnations depuis deux siècles.

Non  nous ne pouvons pas regretter les dérapages insupportables de Jean-Marie Le Pen. En même temps force est de constater que son retrait s’accompagne de l’abandon définitif par le FN de ce qui en dehors de l’emblématique souci de rendre la France aux français, faisait sa spécificité française et son authentique combat contre le socialisme qui a envahi la vie politique française….Et le piège est en train de se refermer à son tour sur le FN incapable de trier le bon grain et l’Ivrée…

Après la disparition politique de Philippe de Villiers et la marginalisation de tous ceux qui avaient essayé de se positionner autrement que dans la provocation lepéniste, la politique française serait-elle définitivement orpheline des valeurs dont les français souhaitent encore majoritairement la restauration ? Cela est impossible…. Parce qu’impossible n’est pas français !


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