S'extraire du monde pour marcher, pour prier, pour chercher à atteindre des objectifs humainement inaccessibles, et en confier la réalisation
à la providence divine. Tel est le sens du pèlerinage de pères de famille
auquel j’ai enfin participé de vendredi à dimanche derniers.
Aller à la source de vie !
Dans notre cas, la source
a jailli en 1660 à Cotignac, improbable à vue humaine, sur l’insistance de
Saint-Joseph auprès de Gaspard Ricard. Tout d'abord incrédule puis confiant en
une force qui ne venait pas de lui, celui-ci a soulevé ce rocher trop lourd
pour lui et a fait jaillir l’eau, en un lieu où les grâces pleuvent depuis l’exaucement
du vœu de royale naissance dont Fiacre fut le messager ! Des grâces pour
tous ceux qui prient humblement le Ciel, en acceptant de renoncer à ce que leur
volonté soit faite pour pouvoir dire à leur Seigneur « que votre volonté
soit faite ».
Je suis parti avec l'un de
mes fils aux côtés d’un ami, à qui nous devons d'avoir emprunté la route, et d’un
certain nombre d'autres pèlerins, inconnus, avec qui se sont noués aussi vite
que simplement, les liens de la fraternité dans le Christ. Chacun était venu avec
son paquetage, au sens propre comme au figuré. Nous portions dans nos sacs à
dos notre clos, notre couvert et notre nourriture, en même temps que notre fragile
destin, nos joies, nos peines, et celles de nos familles.
Nos deux journées furent jalonnées
par la récitation méditée du rosaire, la lecture de l'Évangile, la messe,
l'écoute du père qui nous accompagnait, les confessions discrètes « en
queue de peloton » pour un grand bain de jouvence, la découverte sans
masque et sans retenue des compagnons de route, les repas frugaux mais
conviviaux au cours desquels chacun se délecte du petit rien qu’il n’avait
pensé à emmener et qu’un autre lui offre ; sans oublier les pastis et
verres de rosé providentiels de Marc qui nous rejoint avec sa voiture. Nous
avons ainsi été conduits jusqu'au rassemblement de l’ensemble des pèlerins venus
des quatre coins de notre chère Provence. Le souffle initié par MISTRAL ne s'est pas éteint... « prouvençau e catouli » toujours... Après les retrouvailles, nous avons été réunis pour la messe, l'émouvante adoration nocturne
du Saint-Sacrement, puis le lendemain, la non moins émouvante procession
derrière ce même Saint-Sacrement en direction du sanctuaire de Saint-Joseph au
pied duquel nous avons déposé nos intentions, nos supplications, nos action de
grâces, nos actes de contrition, nos actes de foi, nos actes d'espérance, nos
larmes et nos joies. Les larmes de joie et d’émotion d’un homme qui se confie à
la Providence sont de fécondes rosées...
De telles expériences
révèlent l'homme dans sa fragilité et sa vérité ; elles le rendent à sa nature. Elles
éliminent le mensonge, les prétentions et les faux-fuyants. Elles brisent les glaces du monde;
elles font s'effondrer les barrières sociales et psychologiques, construites au
fil des jours, par nos égoïsmes, nos mensonges, nos conquêtes, nos courses épuisantes derrière nous-même et ce que nous croyons être notre bonheur. Elles
nous révèlent la profondeur de l'être et l'ineffable vanité de l'avoir.
Le médecin, l'avocat,
l'officier, le sous-officier, le charpentier, le commercial, le cadre, le salarié,
le commerçant, l’ostéopathe, le chômeur, chacun, laisse de côté tous ses
fardeaux, s'allège, se débarrassant du futile et de l'inutile, pour mieux
retrouver l'essentiel, la trame véritable de sa vie : Dieu, sa famille, et son
prochain ; pour mieux fleurir le quotidien et savoir ensuite le magnifier.
La prière de chaque
pèlerin soutient celle de l'autre sans qu'ils aient besoin de se le demander. Simplement ;
ils l’éprouvent. Un regard suffit. Un souffle...Deux pieds qui se posent sur le
sol au même rythme ; des corps qui s’agenouillent ensemble sur le même banc.
Des mains qui se joignent ensemble devant Notre Dame, comme des enfants.
Ils ont déjà touché leur
Graal. Marchant derrière leur seigneur et leur Roi, aussi invisible que présent
dans l'hostie immaculée sur le chemin ultime de leur pèlerinage, ils ont
retrouvé le sens profond de leur humanité. Ils savent que tout ce qui pourra
leur arriver sans dépendre d’eux, ne pourra qu'être la volonté de la
providence, que tout ne pourra qu'être grâce dans leur vie. Ils sont maintenant
prêts à tout accepter, à tout transformer, à tout porter. Ils pourront planter
l’arbre de la joie dans leurs vies et dans le cœur des leurs.
Ils savent aussi que
demain, après-demain ou le surlendemain ou un jour plus lointain peut-être, ils
fléchiront à nouveau, ils auront encore l'impression de ne plus pouvoir dire
oui, de vouloir « reprendre la main »; parce que l’homme reste l’homme.
Alors ils puiseront dans leur mémoire, au fond de leur cœur et de leur âme, à
la recherche de la douceur et de la sérénité dont leur cœur avait été embaumé ;
et ils retrouveront le parfum, le goût et la musique de cette marche. Ils
rediront une dizaine de ce chapelet tant de fois récité. Ils iront encore et
encore à la source des sacrements dont le sens leur a été magnifié. Et puis,
parce qu'ils savent dorénavant que le renoncement est impossible, et que tout
ne peut être que joie lorsqu'on se sait enfants de Dieu, ils attendront de
reprendre la route dans un perpétuel recommencement jusqu’au moment de l’éternel commencement.
Chemin du pèlerin, chemin
d’humilité, chemin de foi et d’espérance. Voie du salut dans un monde
incrédule, impatient et prétentieux. Chemin de conversion dans une société qui doute...
Pélerin, si tu détenais la clé de la compréhension du monde?
tres beau ,tout simplement ,comme le bruit de l'eau
RépondreSupprimerjacques tremolet de villers
Très belle expérience, très beau texte, merci de nous faire partager ce moment "d'éternité" .
RépondreSupprimerMagnifique et si vrai
RépondreSupprimerComme tout cela est vrai. Tu as trouvé toute la profondeur intérieure du pèlerin. En te lisant on a qu'une seule envie, repartir et revivre toutes ces sensations que le monde dans lequel nous baignons nous fait oublié. Merci Bernard d'avoir si bien décrit le ressenti du vrai pèlerin.
RépondreSupprimerFrancis