lundi 13 juin 2016

NOTRE GRANDE LÄCHETÉ...

Le catastrophisme est à la Une ! Chacun y va de sa prédiction. Les plus encourageantes se font rares et discrètes. Où est le temps de la construction européenne et des campagnes sur le traité de Maastricht à l'occasion desquelles on nous promettait le bonheur, la prospérité et la réussite ? Pourquoi ? Quelles sont les causes ? Quelques-uns tentent d'analyser froidement le tableau d'un Occident atteint au cœur de son optimisme idéologique... Il est temps de les écouter.

Dans une interview au Figaro-Magazine Rémi Brague, répondant à la question « où va notre histoire ? » s'interroge sur le point de savoir si nous serons capables de redevenir fiers de ce que nous sommes et réticents envers ce que nous ne sommes pas, ou si nous continuerons à baisser les bras pour finalement cesser d'exister. Et il cite Albert Camus « il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide ». Pour lui le suicide est collectif. J’ajouterai personnellement qu'il est politique. Dois-je citer une fois encore le grand auteur russe dissident Chaffarevitch qui dans son livre « Le phénomène socialiste » le décortique pour mettre en évidence son caractère ... « suicidaire » ! Un suicide résultat de la disparition consciente ou inconsciente, mais volontaire, de toutes les structures qui donnent à l'homme sa stabilité et les moyens d'atteindre au bonheur, de réussir sa vie. La France nous donne le spectacle caricatural de la destruction de ces structures et de ces corps intermédiaires, la famille, l'école, l'entreprise, les syndicats ( !), la nation et plus encore la civilisation. Œuvre collective des libéraux et des socialistes qui nous ont entraînés dans cette voie en nous faisant croire qu'elle était celle du progrès...

Rémi Brague fait référence à Pierre Manent et son analyse d'un État qui s'est défait de la majeure partie de ses pouvoirs pour devenir une sorte « d'autorisateur universel », sans rien exiger d'autre de la part des citoyens que les impôts qui lui assurent son existence… Défection de l'État, globale, totale, entière… Dont la France est encore une fois une illustration caricaturale.
Dans le même temps Roland Gauchet pour sa part dans la revue le 1 « la France qui craque » explique que nous nous battons sur le défi de l'utopie démocratique, confondus par l'illusion des principes démocratiques et des procédures dont on a fait un idéal qui s'avère impossible à mettre en pratique ; d'où il résulte la faillite du politique et les révoltes en tous genres auxquelles nous assistons.

Michel Onfray évoque un système libéral qui donne des jeux sans le pain à un peuple qui veut du pain sans les jeux. On pourrait pousser l'argument au-delà de la seule attente du pain…

Chantal Delsol toujours dans cette revue dénonce les entreprises démiurgiques qui se caractérisent selon elle par la haine du monde qui est en fait le résultat de notre refus d'accepter que nous sommes des êtres imparfaits, tiraillés entre le besoin d'enracinement et le désir d'émancipation qui a été dévoyé par le libéralisme philosophique. Enracinement qui fait un licitement référence à la thèse de Simone Weil et émancipation déréglée qui n'est au fond rien d'autre qu'une manifestation de notre suicide collectif et politique ?

Voilà quelques clés d'analyse de cette crise qui nous hante et dont nos politiques sont les spectateurs impuissants en même temps que les acteurs irresponsables mais intéressés.

On peut pousser l'analyse plus loin. Parmi les manifestations de cette crise il en est une majeure, l'immigration et de communautarisme ; la confrontation entre  les résidus de notre civilisation judéo-chrétienne et le monde musulman. Rémy Brague toujours dans cette même interview explique que l'Islam est avant tout un système de lois, édictées par Dieu, pesant d'un poids autrement plus lourd dans cette confrontation que notre positivisme juridique privé de toute dimension éthique et spirituelle. L'Occident s'est défait de l'idée du caractère divin de la conscience humaine en ne nous proposons pour nous défendre qu'un positivisme juridique impuissant, berceau de toutes nos illusions. Et, il conclut en indiquant que quand bien même concèderions-nous aux musulmans français et plus généralement occidentaux le droit à la pratique de leur religion avec ses prières, ses pèlerinages, ses jeûnes et ses exercices de piété, si nous leur refusons la charia cela revient à nous moquer d’eux parce que nous leur refuserions ce qui constitue l'essentiel de leur croyance. Ce qu'il qualifie de hiatus fondamental. Il y a là un exemple concret de notre démission collective et suicidaire. Sans aucun doute l'une des plus importantes car elle est au cœur d'une confrontation qui prend un tour violent dont l'actualité nous donne des exemples dramatiques à un rythme terrifiant.

Jusqu'à quand baisserons-nous les bras ? Jusqu'à quand continuerons-nous de rêver en nous imaginant que nos principes et nos procédures seront capables de nous soutenir dans une lutte qui ne peut qu'être frontale ?

Notre époque nous oblige à beaucoup de lucidité, de clairvoyance et de courage dans un nécessaire retour sur nous-mêmes et ce que nous sommes, si nous ne voulons pas que les oiseaux de mauvais augure aient raison ou que le prince des ténèbres ne continue d'installer son pouvoir... Pour cela, il faut être capable comme le dit Alain de Benoist dans le dernier tirage de la revue Eléments de cesser de montrer du doigt des abstractions plutôt que de désigner les ennemis et le mal qui nous ronge…

La lâcheté n'est la voie ni du salut ni de la renaissance…

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