Le catastrophisme est à la
Une ! Chacun y va de sa prédiction. Les plus encourageantes se font rares
et discrètes. Où est le temps de la construction européenne et des campagnes
sur le traité de Maastricht à l'occasion desquelles on nous promettait le
bonheur, la prospérité et la réussite ? Pourquoi ? Quelles sont les causes ?
Quelques-uns tentent d'analyser froidement le tableau d'un Occident atteint au cœur
de son optimisme idéologique... Il est temps de les écouter.
Dans une interview au
Figaro-Magazine Rémi Brague, répondant à la question « où va notre histoire ?
» s'interroge sur le point de savoir si nous serons capables de redevenir fiers
de ce que nous sommes et réticents envers ce que nous ne sommes pas, ou si nous
continuerons à baisser les bras pour finalement cesser d'exister. Et il cite
Albert Camus « il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est
le suicide ». Pour lui le suicide est collectif. J’ajouterai personnellement
qu'il est politique. Dois-je citer une fois encore le grand auteur russe
dissident Chaffarevitch qui dans son livre « Le phénomène socialiste »
le décortique pour mettre en évidence son caractère ... « suicidaire » ! Un
suicide résultat de la disparition consciente ou inconsciente, mais volontaire,
de toutes les structures qui donnent à l'homme sa stabilité et les moyens
d'atteindre au bonheur, de réussir sa vie. La France nous donne le spectacle
caricatural de la destruction de ces structures et de ces corps intermédiaires,
la famille, l'école, l'entreprise, les syndicats ( !), la nation et plus
encore la civilisation. Œuvre collective des libéraux et des socialistes qui
nous ont entraînés dans cette voie en nous faisant croire qu'elle était celle
du progrès...
Rémi Brague fait référence à
Pierre Manent et son analyse d'un État qui s'est défait de la majeure partie de
ses pouvoirs pour devenir une sorte « d'autorisateur universel »,
sans rien exiger d'autre de la part des citoyens que les impôts qui lui
assurent son existence… Défection de l'État, globale, totale, entière… Dont la
France est encore une fois une illustration caricaturale.
Dans le même temps Roland Gauchet
pour sa part dans la revue le 1 « la France qui craque » explique que nous nous
battons sur le défi de l'utopie démocratique, confondus par l'illusion des
principes démocratiques et des procédures dont on a fait un idéal qui s'avère
impossible à mettre en pratique ; d'où il résulte la faillite du politique
et les révoltes en tous genres auxquelles nous assistons.
Michel Onfray évoque un
système libéral qui donne des jeux sans le pain à un peuple qui veut du pain
sans les jeux. On pourrait pousser l'argument au-delà de la seule attente du
pain…
Chantal Delsol toujours dans
cette revue dénonce les entreprises démiurgiques qui se caractérisent selon
elle par la haine du monde qui est en fait le résultat de notre refus
d'accepter que nous sommes des êtres imparfaits, tiraillés entre le besoin
d'enracinement et le désir d'émancipation qui a été dévoyé par le libéralisme
philosophique. Enracinement qui fait un licitement référence à la thèse de
Simone Weil et émancipation déréglée qui n'est au fond rien d'autre qu'une manifestation
de notre suicide collectif et politique ?
Voilà quelques clés
d'analyse de cette crise qui nous hante et dont nos politiques sont les
spectateurs impuissants en même temps que les acteurs irresponsables mais
intéressés.
On peut pousser l'analyse plus
loin. Parmi les manifestations de cette crise il en est une majeure, l'immigration
et de communautarisme ; la confrontation entre les résidus de notre civilisation
judéo-chrétienne et le monde musulman. Rémy Brague toujours dans cette même
interview explique que l'Islam est avant tout un système de lois, édictées par
Dieu, pesant d'un poids autrement plus lourd dans cette confrontation que notre
positivisme juridique privé de toute dimension éthique et spirituelle. L'Occident
s'est défait de l'idée du caractère divin de la conscience humaine en ne nous
proposons pour nous défendre qu'un positivisme juridique impuissant, berceau de
toutes nos illusions. Et, il conclut en indiquant que quand bien même concèderions-nous
aux musulmans français et plus généralement occidentaux le droit à la pratique
de leur religion avec ses prières, ses pèlerinages, ses jeûnes et ses exercices
de piété, si nous leur refusons la charia cela revient à nous moquer d’eux
parce que nous leur refuserions ce qui constitue l'essentiel de leur croyance.
Ce qu'il qualifie de hiatus fondamental. Il y a là un exemple concret de notre
démission collective et suicidaire. Sans aucun doute l'une des plus importantes
car elle est au cœur d'une confrontation qui prend un tour violent dont
l'actualité nous donne des exemples dramatiques à un rythme terrifiant.
Jusqu'à quand
baisserons-nous les bras ? Jusqu'à quand continuerons-nous de rêver en nous
imaginant que nos principes et nos procédures seront capables de nous soutenir
dans une lutte qui ne peut qu'être frontale ?
Notre époque nous oblige à
beaucoup de lucidité, de clairvoyance et de courage dans un nécessaire retour
sur nous-mêmes et ce que nous sommes, si nous ne voulons pas que les oiseaux de
mauvais augure aient raison ou que le prince des ténèbres ne continue
d'installer son pouvoir... Pour cela, il faut être capable comme le dit Alain
de Benoist dans le dernier tirage de la revue Eléments de cesser de montrer du
doigt des abstractions plutôt que de désigner les ennemis et le mal qui nous
ronge…
La lâcheté n'est la voie ni
du salut ni de la renaissance…
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