L’actualité de ces dernières
semaines a été nourrie. À ce point, que je me suis imposé le silence. Il y a
des moments où il faut savoir regarder, se taire, essayer de réfléchir afin de
tenter de comprendre.
L'Europe est l'épicentre d'une
lame de fond ; comme d'habitude dans l'histoire. Et la France en
particulier ; comme d'habitude !…
Entre autre exemple le « brexit ».
Notre grande rivale de toujours, la Grande-Bretagne, vient de prendre une
décision que l'on nous a volée il y a quelques années. La vérité du référendum
n'est pas la même d'un côté et de l'autre de la Manche… Quelles seront les
conséquences de ce choix ? À cette heure nul ne le sait. Mais nos voisins
d'outre-Manche ont d'ores et déjà pris leurs dispositions. Ils vont s'adapter, dans
le calme malgré la passion de leur débat. Comme si chez eux, l'idéologie
n'avait pas de prise. Pragmatisme ! Et priorité à la voix du peuple.
Alors que chez nous, on s'en
est donné à coeur joie dans le déni du peuple et de ses choix. Je ne prendrai
qu'un exemple celui de notre inimitable Bernard Henri Lévy égal à lui-même,
pire que jamais !
Ce Brexit, c’est la
victoire, non du peuple, mais du populisme.
Non de la démocratie,
mais de la démagogie.
C’est la victoire de
la droite dure sur la droite modérée, et de la gauche radicale sur la gauche
libérale.
C’est la victoire,
dans les deux camps, de la xénophobie, de la haine longtemps recuite de
l’immigré et de l’obsession de l’ennemi intérieur.
C’est, dans tout le
Royaume Uni, la revanche de ceux qui n’ont pas supporté de voir les Obama,
Hollande et autres Merkel donner leur avis sur ce qu’ils s’apprêtaient à
décider.
C’est la victoire,
autrement dit, du souverainisme le plus rance et du nationalisme le plus bête.
C’est la victoire de
l’Angleterre moisie sur l’Angleterre ouverte sur le monde et à l’écoute de son
glorieux passé.
L'intelligence
française a parlé. Tous ces Anglais sont des imbéciles, des idiots ! Attention
danger ! Le populisme nous menace ...
Tout un chacun, moi le
premier, je m'en aperçois à la relecture de certains de mes billets, s'accorde
à dire que le populisme est un danger. La lecture de ces lignes affligeantes
m'a conduit à celle beaucoup plus édifiante et enrichissante du livre de
Chantal Delsol consacré au Populisme et sous-titré « les demeurés de l'histoire
».
Elle y décortique ce phénomène
qui voit les intellectuels s'indigner, mettre en garde, sans rien démontrer, au
prix de leur seule affirmation, de leur autorité. L'élite se raidit dans ses
positions. Elle invective.
Et face à eux, le peuple. Ce
peuple qu'il faut éduquer pour le mettre à l'abri des démagogues et des
populistes en le faisant renoncer à tout ce qui l’enracine et le protège. On
est dans le sens de l'histoire, guidé par le mythe du progrès, dans une course
effrénée à l'émancipation, à l'affranchissement. On ostracise, on dénonce.
Celui qui s'oppose est à la fois dangereux et imbécile. Il n'a rien compris.
C'est un idiot. Et comme on ne peut l’interdire – sauf à se renier- on l’injurie,
on le marginalise.
Chantal Delsol affirme que
l'époque moderne, démocratique, fille des Lumières est marquée par « la métamorphose
de l'idiot ».
La raison qui fut le moteur
des Lumières, au nom de laquelle on a proclamé l'émancipation et la liberté,
est devenue une idéologie, l'idéologie émancipatrice. « L'idiotes »
des Grecs qui était caractérisé par son refus d'utiliser sa raison pour
chercher la vérité et le bien commun, est devenu l'idiot montré du doigt parce
que refusant d'adhérer à la Doxa moderniste. Le saut qualitatif qui nous fait
passer de l'un à l'autre, de l'idiotes ancien à l'idiot moderne, s'est fait à
travers la métamorphose de la figure de
l'idiot. Du premier qui se livre et se lie au particulier par opposition à
l'universel, au second qui se restreint dans son intelligence par son refus de
se soumettre à l'idéologie émancipatrice.
L’universel refusé par
l'idiotes grec a été profondément modifié par l’idéologie moderne qui
s'affirme, s'auto légitime et exclut tout ce qui n'est pas elle. La rupture de
la modernité est le passage de l'universel comme transcendance à l'universel
comme concept, bras armé d'une idéologie castratrice de la réalité.
L’idiotes grec était
caractérisé par son attachement au particulier (idios), son refus d'accéder à
l'universel par son intelligence. L'idiot moderne est cet imbécile qui ne veut
pas s’ouvrir à un universel qu'on lui impose et qu'on ne lui propose même plus
à travers le canal de son intelligence. Le tout sur fond de moralisation des
droits de l'homme, émotive et compassionnelle. Contre les valeurs de fidélité,
de solidarité, d'honnêteté du particulier, au nom des valeurs d'égalité et
d'ouverture de l’universalisme émancipateur! C'est ainsi que l'ancienne morale
de l'héroïsme fait place à la morale de la victimisation et à la repentance. La
tendance moderne est de refuser de faire des différences, d'effacer les
caractéristiques particulières, propres à chacun.
Voilà comment la référence à
tout ce qui enracine, par opposition à tout ce qui émancipe, est galvaudée,
discréditée, attaquée, exclue et brocardée sous l'accusation de populisme et de
remise en cause de la démocratie. La pensée de l'émancipation se solidifie, se
momifie en dogme, niant les principes fondateurs du débat d'opinion et de la
liberté de penser.
On est passé du démagogue,
celui qui écoute avec complaisance l'individu sorti de sa particularité
restreinte, au populiste qui écoute avec complaisance l'individu incapable de
vouloir l’universel idéologique et donc d'y accéder. Le populiste s'est
substitué au démagogue. C'est l’idiot
qui reste attaché, à sa région, à sa nation, à sa famille à son identité
sexuelle etc. Celui qu’il faut éduquer –Cf Madame Najat Valaud Belkacem- ou
condamner...
Le populisme est donc la
révolte des idiots. Au fond, je veux bien en être ! Car, de manière définitive,
je ne me reconnais pas dans Bernard Henri Lévy et tous ceux qui lui ressemblent…
Et si ce n’était que je crois encore au triomphe de la véritable intelligence
française, je me sentirais plus britannique que français, au risque de laisser
pantois ceux qui savent mon irréductible aversion pour la perfide Albion !
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