Le vote pour François Fillon
pose une équation nouvelle et intéressante dans l’analyse des schémas
politiques français. Peut-on être libéral en économie et conservateur, voire
traditionnaliste, sur le plan sociétal ? Ce cumul singulier est-il cohérent en
plus d’être transgressif?
Le tout est d’abord de
savoir de quel libéralisme et de quel conservatisme on parle….
Si par libéralisme on entend
la libération des forces vives du pays de toutes les lourdeurs et contraintes
imposées par un système qui se transforme en un étouffoir, nous sommes d’accord.
Mais s’il s’agit de
renforcer le système économique international du capitalisme financier soutenu
par la politique européenne actuelle et par le projet de traité
transatlantique, nous ne sommes pas d’accord.
Le premier n’est pas
nécessairement lié au second et peut-être même vice versa…. Entre Juppé et
Fillon lequel est adepte du premier ou du second ?
Quant au conservatisme
sociétal consistant par exemple à mettre en œuvre une vraie politique familiale
et de la vie, comme F. Fillon semble prétendre vouloir le faire au moins en
partie, il est compatible avec le premier alors qu’il ne l’est pas avec le
second… dont la filiation est la même que celle du libéralisme
libertaire bourreau des structures vives de la société.
Cette dualité des ambitions
affichées par le candidat Fillon serait-elle annonciatrice d’une révolution
douce en vue d’une remise en cause des poncifs du système démocrate-libéral
commun à Juppé, Valls et Macron ?
Telle est la vraie question
que pose la poussée de celui que l’on n’attendait pas et en qui beaucoup voudraient
trouver un homme capable de transgresser le système de manière plus élégante mais pas moins effective que D. Trump....
C’est là que le champ de l’analyse
s’élargit et que la question peut devenir aussi cruciale que cruelle, tant la
situation est grave.
Le XXe et le XXIe siècle sont
marqués par la confrontation entre démocraties et totalitarismes. Après le
marxisme-léninisme et le communisme, après le nazisme, voici le tour de
l’islamisme dont F. Fillon a su dénoncer le caractère totalitaire.
Dans son dernier livre « les
vrais ennemis de l’Occident » Alexandre Del Valle l’affirme sans détour ;
l’islamisme est un système totalitaire qui a des origines « exogènes » dans les
totalitarismes nazis et communistes.
Nos démocraties occidentales
sont caractérisées par le rejet de l’identité et de la civilisation, ces gros
mots rangés par le politiquement correct au rang de vieilles lunes du passé. Ce
rejet se fait au profit de ce que dans son dernier livre « les droits de
l’homme contre le peuple » Jean-Louis Harouel qualifie de millénarismes ;
le mondialisme économique, la course éperdue pour la construction d’un paradis
sur terre et la réduction du politique à une police moralisatrice des droits de
l’homme. Construire une société où tout soit possible, sans limites si ce n’est
celles imposées de manière trompeuse par la religion des droits de l’homme.
Il est temps d’arrêter de se
payer de mots. Les droits de l’homme sont le cheval de Troie des
totalitarismes. Le marxisme-léninisme l’a démontré. Il en est de même
aujourd’hui de l’islamisme. Preuves en sont nos querelles autour du droit de porter
le voile, de pratiquer cette religion comme s’il s’agissait d’une religion au
sens du christianisme ; alors que l’Islam veut instaurer un système
politique ayant pour objet de transformer des Nations mécréantes en des terres
d’islam.
Car en même temps que nous proclamons notre soi-disant tolérance
religieuse, dans ses terres d’origine, comme dans ses centres de réflexion,
l’Islam ne renonce pas à son orthodoxie d’origine que nous qualifions
d’intégrisme comme pour essayer de nous rassurer (cf A Del Valle)…
Notre impuissance résulte de
la réduction du politique à la gestion du développement économique et de la
police du politiquement correct avec son principe de non-discrimination et ses
phobies. Régis Debray et Élie Wiesel ont
notamment souligné que « les droits de l’homme sont devenus notre dernière
religion séculière ». Religion séculière pour laquelle l’identité serait
contraire au droit illusoire pour chacun de s’épanouir comme il l’entend dont
A. Juppé fait l’un de ses chevaux de bataille face à F. Fillon….
En devenant des sociétés de
bisounours, en abandonnant la défense de nos identités nationales, nos
démocraties occidentales ont privé le politique de son essence. La preuve en
est : chacun constate pour le vivre que nos Etats ne nous protègent plus. Tout
ceci s’est fait sous couvert du mondialisme, de l’idée que les Nations n’ont
plus de raison d’être dans un monde ouvert et sans frontières. Dogme entretenu
par la puissance de l’argent et la fausse idée que le développement économique nécessite
une économie mondiale ouverte. Tel est le lit de notre affaiblissement et de
notre vulnérabilité.
Le développement économique,
le respect des valeurs qui ont toujours permis à l’homme de s’épanouir
n’excluent pas la défense de l’identité et de la civilisation que F. Fillon
prétend vouloir mettre au cœur de son projet politique.
Nous sommes à la fin d’une
époque. Le monde doit changer. L’enjeu de demain est de retrouver la voie de
politiques du bien commun assumées. Pour cela il faut renoncer aux illusions et
aux rêves.
L’identité n’est ni heureuse
ni malheureuse ! Elle est ce dont nous avons besoin pour être pleinement
hommes et femmes face à notre destin. C’est d’un retour au politique dont nous
avons besoin.
La synthèse inédite proposée
par François Fillon entre le libéralisme et le conservatisme peut-elle
transgresser cette Doxa d’un libéralisme nihiliste nous exposant aux
folies des totalitarismes? Le libéralisme est un caméléon en politique comme en
économie. Il ne pourra redevenir la structure d’un redressement national que si
l’économique est mis au service du destin et du roman national, qu’à la
condition pour l’Etat de revenir aux sources de l’art politique français.
Politique d’abord !
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