jeudi 29 décembre 2016

ET FRANCOIS HOLLANDE DONNA SON COUP DE GRACE A LA JUSTICE!

La récente décision du Président de la République en faveur de Jacqueline Sauvage est un coup d’une extrême gravité  porté à notre Justice!
Pour bien le comprendre quelques rappels s’imposent ; la France n’a pas la Justice dont elle a besoin ; pire elle la méprise, la discrédite et la dévalue.

Son budget est notoirement insuffisant ; très inférieur à celui de ses voisins. Elle l’a sacrifiée au profit du développement d’une politique sociale et d’un appareil d’Etat inefficaces. Les inégalités en sont le résultat à l’opposé des ambitions affichées. Le développement de ce Léviathan  moderne et de cette politique aussi aveugle que démagogique et prétentieuse se sont conjugués avec l’absence chronique de moyens financiers mis à la disposition de l’institution judiciaire. La Justice est privée des moyens nécessaires pour rattraper les effets de cette politique sociale désastreuse ; elle ne parvient pas à faire face à l’injustice grandissante de notre société.

Ce processus pervers qui conjugue privation de moyens matériels et mise en œuvre d’une politique technocratique et mégalomaniaque se traduit par de nombreux effets pervers en cascade dont tous les professionnels de la Justice sont aujourd’hui les témoins impuissants.

La justice n’est plus rendue dans des délais raisonnables, adaptés et acceptables. Les exemples abondent, à la pelle. Cette lenteur confine au déni de justice !

Nos juges sont astreints à des obligations administratives, de gestion statistiques de leurs "stocks d’affaires en cours" qui les éloignent de leur mission et les conduisent à des pratiques tournant le dos aux pratiques vertueuses d’un procès orienté vers la seule recherche des réponses à la soif de justice des justiciables.

Dès lors notre honorable institution en vient elle-même, impuissante, à proposer des modes de règlement alternatifs qui ne sont qu’un pis-aller et procèdent d’un renoncement désastreux vis-à-vis des justiciables envahis par un sentiment d’abandon. Le recours à la médiation, lourde, délicate à mettre en œuvre et incomprise présente toutes les caractéristiques d’une désertion des juges.

L’Etat cherche lui-même les moyens de la désengager dans des domaines constituant ses terres d’élection, comme celle du divorce par consentement mutuel, privé de tout contrôle du juge par une récente réforme qui entrera en application le 1er janvier prochain, livrant des époux et des enfants à la jungle d’une contractualisation qui n’a jamais eu sa place en matière d’état des personnes et dont nous ne tarderons pas à constater les effets désastreux.

Confrontée à la complexité croissante de nos législations, à leur modification permanente et à une surrèglementation,  la justice rendue est de plus en plus éloignée des attentes de nos concitoyens et de leur besoin de justice ; celui-ci ne correspondant pas, et loin s’en faut…, à la stricte application des textes à laquelle sont tenus les juges. Le droit n’est plus le lieu privilégié de recherche de la Justice.

Concurrencée par certain médias – je pense par exemple à RTL avec Julien Courbet- elle est ridiculisée en termes d’efficacité !

Que dire de la presse qui organise de véritables mises en accusation dans certaines affaires, au prix d’enquêtes parallèles et de mises au banc de présumés innocents sur un autre terrain que celui du Tribunal, mais là encore autrement plus efficaces… ; à tel point que la décision de justice qui intervient beaucoup plus tard n’a aucun échos ou est ensuite critiquée et remise en cause par les mêmes médias et une opinion publique manipulée !

La justice est en crise, attaquée et remise en cause de toutes parts.

Or ce discrédit vient d’être aggravé par l’exercice inique de son droit de grâce par le Président de la République au profit de Madame Jacqueline Sauvage, et les applaudissements qu’il reçoit de manière quasi unanime.

Sous prétexte d’exercer son droit de grâce François Hollande s’est mué en un nouveau degré de juridiction, allant à l’encontre des décisions répétées de nos Tribunaux et Cours d’Appel. Le droit de grâce est un droit régalien d’un autre ordre que celui de l’institution judiciaire, fruit de l’expression d’un pouvoir se situant au-dessus du pouvoir judiciaire. Il ne peut pas s’exercer de la sorte, pour corriger ou rectifier les décisions de justice ; qui plus est à deux reprises comme s’il s’agissait d’une arme à double détente. Ce droit est une arme à un coup qui frappe avec la clémence de l’au-delà une fois que la justice est passée. Il ne peut pas consister à défaire, à deux reprises – cas unique dans l’histoire du droit de grâce !- ce qui aurait été mal fait par l’institution judiciaire. Philippe Bilger souligne à juste titre qu’elle est une mise en accusation des juges[1]. Sa décision est perçue comme un démenti des décisions répétées de nos juges. Il s’agit d’une provocation d’autant plus critiquable qu’elle consiste à surfer sur la vague facile des médias et de groupes d’influence ; elle relève du registre désastreux de la dégradation de l’image, de la pertinence et de l’infaillibilité dont la Justice a besoin pour "passer". 

Cette décision est un coup de grâce à une Justice qui ne passe plus !

Pauvre Justice !




[1] http://www.bvoltaire.fr/philippebilger/f-hollande-porte-le-coup-de-grace-a-une-justice-qui-a-bien-fonctionne,302810

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