L’affaire Epstein qui nous donne la nausée apporte la preuve brutale que le mal existe et que l’homme n’est pas naturellement bon. Mais nous ne semblons pas prêts à l'accepter et à en tirer les conséquences. Que cache-t-elle?
Constater les effets du mal, s'en horrifier, ne suffit pas. Il faut en identifier les causes et en tirer les conséquences, car, comme l’écrivait Bossuet : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. »
Comment expliquer la tiédeur, l’étrange réserve, voire la passivité des autorités françaises comme celle des médias, face à des faits dont il est établi qu’ils ont, au moins pour partie, été commis sur notre territoire ? L’appartement parisien de Jeffrey Epstein constituait en effet un lieu central de ses activités. Il s’agissait d’un véritable lupanar ! Il ne s’y trouvait jamais seul; il y était toujours entouré d'invités triés sur le volet. Son avion, le « Lolita Express », effectuait de très fréquents allers-retours vers Paris.
Le garde des Sceaux qui vient à l'inverse courageusement de dénoncer la responsabilité de l'extrême gauche dans la mort du jeune Quentin, déclara de manière alambiquée sur France Info : « Il n’y a pas à être favorable ou défavorable à l’ouverture d’une enquête (…) Si les gens déposent plainte en France, en général le parquet ouvre une enquête (…) Notre pays est un pays de droit et la justice enquêtera. » Formulation frileuse laissant entendre qu’il faudrait des plaintes pour qu’une enquête soit ouverte.
Or le ministre de la Justice est le chef des parquets. Il conduit la politique pénale. Nulle part le Code de procédure pénale n’exige une plainte pour ouvrir une enquête. L’action publique peut être déclenchée d’initiative. Pour sa part le président de la République invita la justice américaine à faire son travail. Soit. Mais pourquoi ne pas appeler avec la même clarté la justice française à faire le sien ? N'a-t-on pas vu le PNF se saisir de faits beaucoup moins graves sans attendre la moindre plainte? Il n'est pas vrai qu'il faille attendre une plainte formelle pour rechercher d’éventuelles responsabilités ou complicités.
Ce paradoxe et cette célérité sélective sont surprenants.
Face à ce scandale chacun s’étonne, se scandalise et prononce des paroles fortes mais vides. Les mots. Toujours les mots. Que des mots. Sans céder au complotisme, une hypothèse s’impose : cette prudence n’est pas seulement juridique. Elle est politique. Car une enquête pourrait mettre en lumière des compromissions transversales, des réseaux d’influence, des responsabilités diffuses au sein des élites économiques, culturelles ou institutionnelles.
Jeffrey Epstein fut l’un des acteurs emblématiques de l’ «
État profond » dont son "œuvre" illustre les pratiques. Ce système se défend; les enjeux sont considérables autant financiers que politiques. Le «
suicide » de cet acteur criminel dont Xavier Raufer affirme qu’il n’en fut pas un le montre. L’Etat profond
temporise. Il s’organise. Il cherche l'esquive, la parade.
Il ne s’agit pas ici d’accuser personnellement qui que ce
soit, mais d’interroger une asymétrie. Pourquoi sommes-nous capables d’une
extrême sévérité dans certains dossiers et d’une prudence paralysante dans
d’autres ?
La question n’est plus seulement juridique. Elle est
morale et politique.
N’oublions pas que dans les années 1970, certains
discours publics ont cherché à banaliser, voire à théoriser, des relations
sexuelles entre adultes et mineurs. Des pétitions furent signées. Des tribunes
publiées sous des signatures célèbres dont celle de Jack Lang. Des
justifications furent avancées au nom de la liberté. Beaucoup ont depuis renié
ces positions ; c’est trop facile. Cette histoire existe. Elle témoigne de
pratiques malheureusement courantes, qui n’étaient pas le seul apanage de
Jeffrey Epstein.
Dans le même temps, les crimes pédophiles commis par
des prêtres — crimes abominables et impardonnables — ont donné lieu à une
dénonciation violente mettant en cause l’Église comme institution. Or, à
l’inverse du système qui a couvert Epstein pendant des années et a banalisé ces
crimes, l’Église a toujours proclamé une doctrine qui les condamne. L’Évangile
comme le Décalogue les interdisent en effet de manière catégorique.
Cette incohérence interroge.
Ma comparaison ne vise pas à minimiser les crimes
commis par des hommes d’Eglise. Elle souligne une asymétrie éclairante. Allons plus loin.
Pourquoi une institution qui affirme l’existence du mal et le condamne sans réserve est-elle frappée d’opprobre lorsque certains de ses membres défaillent, tandis que ceux qui ont toléré la banalisation de ces crimes s’avèrent si timorés lorsqu’il s’agit de dénoncer la culpabilité des figures iconiques de leur propre système ?
Pourquoi vouer à l’opprobre définitif une institution
qui dénonce le mal, mais à l'inverse épargner ceux qui ont contribué,
intellectuellement ou moralement, à sa banalisation et ont fréquenté assidument les
milieux de ceux dont on a la preuve qu’ils le commettaient avec une ampleur et une cadence sidérantes ?
Nous touchons ici au cœur du problème de la déliquescence morale de notre époque à laquelle aucun de nous n'est étranger.
Le mal n’est pas seulement l’acte criminel.
Il est sa banalisation.
Il est sa justification théorique.
Il est sa protection institutionnelle.
Il est cette capacité à dénoncer violemment chez l’autre ce que l’on excuse
pour soi et ses semblables.
Notre passivité collective et institutionnelle n’est ni neutre ni innocente. Que signifie cette inertie ?
Elle révèle qu'en réalité nous tolérons le mal auquel nous nous sommes habitués et que nous avons banalisé en même temps que nous avons refusé de l'incarner dans le diable comme de l'identifier au cœur de chacun de nous.
Nous préférons condamner l’Église catholique — qui
affirme l’existence du mal et finit par sanctionner les siens lorsqu’ils le
commettent— plutôt que d’affronter le mal lorsqu’il se pare des habits de la
modernité, de la liberté, du progressisme, ou lorsqu’il émane d’élites
culturelles qui ont contribué à en atténuer la gravité.
Ce paradoxe est cruel. Nous ne voulons pas
admettre l’existence du mal. Nous peinons à le nommer pour ce qu’il est. Nous sommes complaisants à son égard.
Voilà qui est dérangeant et inquiétant.
Car ne pas vouloir voir, ne pas vouloir enquêter, ne
pas vouloir mettre au jour certaines responsabilités, c’est déjà, d’une
certaine manière, protéger. Refuser comme la Présidente de l'Assemblée Nationale de créer une commission d'enquête, avoir "recasé" un diplomate pris "la main dans le sac", sont des comportements qui témoignent de cette complaisance collective, sourde, silencieuse et lâche.
L’affaire Epstein révèle donc l’existence du mal, notre incapacité à le nommer et à l’identifier au cœur de chacun de nous. Elle révèle notre indulgence sélective. Elle révèle notre aveuglement volontaire. Elle révèle notre complicité systémique avec le mal. Saint Jean Paul II avait identifié les structures de péché du monde moderne; il avait raison; personne n'a voulu l'entendre.
Et c’est cela, au fond, le plus inquiétant. Il ne
suffit pas de s’horrifier des crimes commis et d'avoir une nausée légitime ; encore faut-il en identifier
la cause et ne pas la tolérer par lâcheté, par manque de courage et de lucidité.
Le pire n’est-il pas que nous ayons accepté cette banalisation du mal par l'élite qui nous gouverne et que nous ne nous insurgions pas contre l'état profond dont elle est le pantin nocif à l'image de sa coqueluche devenue un bouc émissaire ?
Et c’est cette tolérance là — plus que l’affaire
elle-même — qui ajoute à la nausée car ce n’est pas ainsi que nous combattrons le Mal.

Epstin au lieu Epstein, ça vous surprend que l'élite culturelle tente par tous moyens de détourner le sujet : "ce que l'on ne nomme pas n'existe pas"
RépondreSupprimerJe crois - je suis même certain - que les Américains prononcent « Epstin »…
RépondreSupprimerMais ceci est accessoire…
Il n’a a que les rousseauistes et leurs coreligionnaires pour croire que l’homme est bon : le Mal existe bien, et la puissance, notamment celle de l’or, permet à ceux qui en sont cousus de se croire au-dessus de la morale universelle.
Espérons que Bernanos ait raison : « Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore ».
Même une simple enquête parlementaire a été refusée ! Pourquoi ? Que et qui veut on protéger ?
RépondreSupprimerLa république dans sa déliquescence ...
Encore plus glauque que les affaires Stravinsky ,Canal de Panama ou autre Mme Claude...
Qui viendra en 2027 nettoyer à grandes eaux ces écuries puantes ?
AD
RépondreSupprimerNotons en attendant, que les échos de l'affaire sont déjà de plus en plus rares dans les médias. En lieu et place la question "amuse-gueule" essentiel (il faut bien occuper les esprits..... au cas où ils se mettraient à penser...) du remplacement du "virginal" Jack Lang.
ET LA NAVE VA!