dimanche 12 avril 2026

LE RACISME RONGE LE CERVEAU DE NOS ELITES !

Le racisme ronge le cerveau de nos élites.


Que faut-il penser des accusations portées à l'encontre de CNEWS à la suite des déclarations de Jean Doridot et de Michel Onfray ?

Reprenons les faits.

En mars 2026, élu maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko déclara :

« Ceux qui veulent travailler avec nous doivent faire allégeance au projet que nous portons, au peuple que nous représentons. »

Le mot allégeance a choqué et fait réagir.

Invité sur CNEWS, Jean Doridot évoqua les grands singes, sans toutefois assimiler directement le maire à l’un d’eux. Michel Onfray ajouta :

« On n'est pas dans une tribu primitive (…) c’est très tribal, on fait allégeance au mâle dominant. »

La réplique fut immédiate. L’édile dénonça une atteinte à la dignité des habitants. Une plainte pour propos racistes fut annoncée. Des responsables politiques parlèrent de propos « insupportables ». L’État s’en mêla. Certains demandent la fermeture de CNEWS.

L’accusation de racisme est objectivement mal fondée. Rien, dans les propos cités, n’établit une hiérarchie entre groupes humains ni une infériorité de nature. Mais les analogies faites par les deux chroniqueurs sont discutables. Elles jouent sur la proximité avec le registre animal. Même justifiées elles ne pouvaient que provoquer cette réaction, surtout que le maire fraichement élu a objectivement joué d’une rouerie dialectique que LFI maitrise parfaitement.

Il convient d’essayer de comprendre et de décrypter le piège qui s’est refermé sur CNEWS; tant il est vrai qu'il se renouvelle si souvent.

Doridot et Onfray expliquèrent leur analyse d’un fait politique à partir de catégories empruntées au monde animal auquel ils reprochent au maire de s’être référé. Ils parlent de tribu, de dominance, d’allégeance, c’est-à-dire de ce dont le maire veut qu’on l’accuse dans une logique de victimisation.

Leur analyse emprunte le registre sémantique des chantres victimaires de l’antiracisme. Elle prête objectivement le flanc à l’accusation qui est arrivée en boomerang. Le piège s’est logiquement refermé sur ceux qui avaient raison.

Pourquoi prendre le risque de réduire le propos de Bally Bagayoko à une logique animalière, même s’il a choisi un terme qui s’y prête ? Pourquoi entrer dans un affrontement où l’on est attendu ?

Or la limite des analogies explicatives animales apparaît clairement. Elles retiennent les mécanismes visibles — la force, la position, la concurrence — mais laissent de côté la dimension spécifiquement humaine qui seule permettrait d’éviter le piège dialectique de l’accusation de racisme.

Claude Lévi-Strauss a montré qu’une société humaine ne se comprend pas comme un groupe animal même évolué. Dans les relations humaines la force et la position ne suffisent pas. Il y a aussi des règles, des lois, des institutions.

Nos deux éditorialistes dénoncent l’« allégeance ». Cette dernière relève effectivement de comportements humains régis par la domination, la hiérarchie, la force — comme chez les animaux. Dénonçant la confusion entre l’origine et la nature ils ramènent leur interlocuteur à ce que ce dernier voulait sans doute faire dire au camp des blancs racistes et colonisateurs qu’il a choisi d’affronter.

Lorsque le maire de Saint-Denis fait appel à l’allégeance, le renvoyer à la logique animalière de son propos revient à l’en accuser et à tomber dans son piège.

Il aurait été sans doute moins polémique mais plus ajusté de répondre en se situant au niveau de l’humain et pas du grand singe.

Claude Tresmontant insista de manière magistrale sur le fait que l’évolution peut expliquer comment l’homme apparaît mais qu’elle ne dit pas ce qu’il est. Or ce qui distingue l’homme c’est sa complexité. C’est un animal social, mais il ne se comprend pas seulement comme tel.

La vie d’une communauté humaine ne peut être comprise uniquement à partir de la notion d’allégeance. Combattre cette dernière ne nécessite pas de tomber dans une logique qui réduit le politique à des schèmes biologiques mais au contraire de les dépasser au nom de « ce qui fait en l’homme l’humain » (Saint Jean Paul II). Il fallait renvoyer M. Bally Bagayoko à la dignité humaine de sa personne comme à celle de ses administrés dont il se prévaut mais qu’il foule aux pieds et qu’il instrumentalise. Il ne fallait pas évoquer ses origines animales de grand singe et lui permettre de se victimiser ! Il fallait le renvoyer à ce qu’il est : un élu, responsable de ses mots, responsable des hommes dont il parle.

Revenons au point de départ.

Onfray et Doridot ne tiennent pas un discours raciste. Mais leur manière de répondre affaiblit leur position. En réduisant ce qui se passe à des schémas biologiques, ils permettent à leur adversaire de les attaquer au nom de ce qu’ils dénoncent ; celui-ci leur a fait dire ce qu’il voulait...

C’est là que la violence s’installe. Non pas parce que les positions seraient irréconciliables, mais parce que les analystes sont restés au niveau réducteur d’une contradiction voulue par celui auquel les analystes ont pris le parti de s’opposer de manière stérile et destructrice pour le débat public.

La séquence montre aussi un déplacement que Doridot et Onfray n’ont pas vu — ou qu’ils n’ont pas su éviter.

En introduisant le terme d’“allégeance”, le maire posait le débat sur un terrain politique et symbolique chargé idéologiquement. Ce mot appelait une réponse exigeante, car il engage la légitimité, le lien politique, ce qui fonde l’adhésion à une communauté humaine. Car si celle-ci a des points communs avec les grands singes elle s’en différencie de manière essentielle.

Au lieu de cela, la réponse est restée au niveau des mécanismes sociaux : hiérarchie, dominance, structuration du groupe ; comme si le darwinisme social expliquait sérieusement la vie des communautés humaines.

En se plaçant sur ce terrain, les analyses, même partiellement justes, deviennent vulnérables. Elles abandonnent ce qui fait la spécificité du politique pour entrer dans une logique où elles peuvent être immédiatement disqualifiées. Elles rendent impossible la nécessaire dénonciation d’une instrumentalisation indigne d’un élu de la république.

Ce type de blocage ne peut être dépassé qu’à une condition : changer de niveau d’analyse en laissant celui que l’on combat s’empêtrer dans ses manipulations idéologiques négatives.

Tant que l’on reste au niveau des réactions — indignation d’un côté, simplification de l’autre — rien ne peut être clarifié. Il faut monter d’un cran. Examiner non seulement ce qui est dit et entrepris, mais à partir de quelle idée de l’homme et du politique cela est dit et fait. C'est toute la difficulté de la bataille médiatique.

Quand on veut dénoncer la volonté d’allégeance d’un maire comme celui de Saint Denis il faut refuser l’image du grand singe comme explication de l’allégeance et le renvoyer à sa responsabilité politique en tant qu’élu. CQFD

 


3 commentaires:

  1. Sans doute le piège s’est-il refermé sur CNews et ses éditorialistes… et était-il en effet hautement probable que ces analogies animalières somme toute banales, mais imprudentes, allaient faire le jeu de LFI et de ses inféodés.
    Pourtant, le cœur du sujet pourrait bien ne pas être là. L’allégeance exigée me paraît en effet procéder de la Soumission houellbecquienne, et c’est me semble-t-il bien plus grave….
    CR

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  2. Sans doute le piège s’est-il refermé sur CNews et ses éditorialistes… et était-il en effet hautement probable que ces analogies animalières somme toute banales, mais imprudentes, allaient faire le jeu de LFI et de ses inféodés.
    Pourtant, le cœur du sujet pourrait bien ne pas être là. L’allégeance exigée me paraît en effet procéder de la Soumission houellbecquienne, et c’est me semble-t-il bien plus grave….
    CR

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  3. Tout à fait d'accord avec ce commentaire.
    Et être davantage vigilant avec le piège et la manipulation des mots qui, chez LFI, est un art consommé !!!
    AD

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