Le racisme ronge le cerveau de nos élites.
Que faut-il penser
des accusations portées à l'encontre de CNEWS à la suite des déclarations de
Jean Doridot et de Michel Onfray ?
Reprenons les
faits.
En mars 2026,
élu maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko déclara :
« Ceux qui
veulent travailler avec nous doivent faire allégeance au projet que nous
portons, au peuple que nous représentons. »
Le mot allégeance
a choqué et fait réagir.
Invité sur
CNEWS, Jean Doridot évoqua les grands singes, sans toutefois assimiler
directement le maire à l’un d’eux. Michel Onfray ajouta :
« On n'est
pas dans une tribu primitive (…) c’est très tribal, on fait allégeance au mâle
dominant. »
La réplique
fut immédiate. L’édile dénonça une atteinte à la dignité des habitants. Une
plainte pour propos racistes fut annoncée. Des responsables politiques parlèrent
de propos « insupportables ». L’État s’en mêla. Certains demandent la fermeture
de CNEWS.
L’accusation
de racisme est objectivement mal fondée. Rien, dans les propos cités, n’établit
une hiérarchie entre groupes humains ni une infériorité de nature. Mais les analogies
faites par les deux chroniqueurs sont discutables. Elles jouent sur la
proximité avec le registre animal. Même justifiées elles ne pouvaient que
provoquer cette réaction, surtout que le maire fraichement élu a objectivement
joué d’une rouerie dialectique que LFI maitrise parfaitement.
Il convient d’essayer
de comprendre et de décrypter le piège qui s’est refermé sur CNEWS; tant il est vrai qu'il se renouvelle si souvent.
Doridot et
Onfray expliquèrent leur analyse d’un fait politique à partir de catégories
empruntées au monde animal auquel ils reprochent au maire de s’être référé. Ils
parlent de tribu, de dominance, d’allégeance, c’est-à-dire de ce dont le maire
veut qu’on l’accuse dans une logique de victimisation.
Leur analyse emprunte
le registre sémantique des chantres victimaires de l’antiracisme. Elle prête
objectivement le flanc à l’accusation qui est arrivée en boomerang. Le piège s’est logiquement refermé sur ceux qui avaient raison.
Pourquoi
prendre le risque de réduire le propos de Bally Bagayoko à une logique
animalière, même s’il a choisi un terme qui s’y prête ? Pourquoi entrer dans un
affrontement où l’on est attendu ?
Or la limite
des analogies explicatives animales apparaît clairement. Elles retiennent les
mécanismes visibles — la force, la position, la concurrence — mais laissent de
côté la dimension spécifiquement humaine qui seule permettrait d’éviter le
piège dialectique de l’accusation de racisme.
Claude
Lévi-Strauss a montré qu’une société humaine ne se comprend pas comme un groupe
animal même évolué. Dans les relations humaines la force et la position ne
suffisent pas. Il y a aussi des règles, des lois, des institutions.
Nos deux
éditorialistes dénoncent l’« allégeance ». Cette dernière relève
effectivement de comportements humains régis par la domination, la hiérarchie,
la force — comme chez les animaux. Dénonçant la confusion entre l’origine et la
nature ils ramènent leur interlocuteur à ce que ce dernier voulait sans doute faire
dire au camp des blancs racistes et colonisateurs qu’il a choisi d’affronter.
Lorsque le
maire de Saint-Denis fait appel à l’allégeance, le renvoyer à la logique
animalière de son propos revient à l’en accuser et à tomber dans son piège.
Il aurait été
sans doute moins polémique mais plus ajusté de répondre en se situant au niveau
de l’humain et pas du grand singe.
Claude
Tresmontant insista de manière magistrale sur le fait que l’évolution peut
expliquer comment l’homme apparaît mais qu’elle ne dit pas ce qu’il est. Or ce
qui distingue l’homme c’est sa complexité. C’est un animal social, mais il ne
se comprend pas seulement comme tel.
La vie d’une
communauté humaine ne peut être comprise uniquement à partir de la notion
d’allégeance. Combattre cette dernière ne nécessite pas de tomber dans une
logique qui réduit le politique à des schèmes biologiques mais au contraire de
les dépasser au nom de « ce qui fait en l’homme l’humain » (Saint
Jean Paul II). Il fallait renvoyer M. Bally Bagayoko à la dignité humaine de sa
personne comme à celle de ses administrés dont il se prévaut mais qu’il foule
aux pieds et qu’il instrumentalise. Il ne fallait pas évoquer ses origines
animales de grand singe et lui permettre de se victimiser ! Il fallait le renvoyer à ce qu’il est
: un élu, responsable de ses mots, responsable des hommes dont il parle.
Revenons au
point de départ.
Onfray et
Doridot ne tiennent pas un discours raciste. Mais leur manière de répondre
affaiblit leur position. En réduisant ce qui se passe à des schémas
biologiques, ils permettent à leur adversaire de les attaquer au nom de ce
qu’ils dénoncent ; celui-ci leur a fait dire ce qu’il voulait...
C’est là que la
violence s’installe. Non pas parce que les positions seraient irréconciliables,
mais parce que les analystes sont restés au niveau réducteur d’une
contradiction voulue par celui auquel les analystes ont pris le parti de s’opposer
de manière stérile et destructrice pour le débat public.
La séquence
montre aussi un déplacement que Doridot et Onfray n’ont pas vu — ou qu’ils
n’ont pas su éviter.
En
introduisant le terme d’“allégeance”, le maire posait le débat sur un terrain
politique et symbolique chargé idéologiquement. Ce mot appelait une réponse
exigeante, car il engage la légitimité, le lien politique, ce qui fonde
l’adhésion à une communauté humaine. Car si celle-ci a des points communs avec
les grands singes elle s’en différencie de manière essentielle.
Au lieu de
cela, la réponse est restée au niveau des mécanismes sociaux : hiérarchie,
dominance, structuration du groupe ; comme si le darwinisme social expliquait
sérieusement la vie des communautés humaines.
En se plaçant
sur ce terrain, les analyses, même partiellement justes, deviennent
vulnérables. Elles abandonnent ce qui fait la spécificité du politique pour
entrer dans une logique où elles peuvent être immédiatement disqualifiées. Elles
rendent impossible la nécessaire dénonciation d’une instrumentalisation indigne
d’un élu de la république.
Ce type de
blocage ne peut être dépassé qu’à une condition : changer de niveau d’analyse
en laissant celui que l’on combat s’empêtrer dans ses manipulations idéologiques
négatives.
Tant que l’on
reste au niveau des réactions — indignation d’un côté, simplification de
l’autre — rien ne peut être clarifié. Il faut monter d’un cran. Examiner non
seulement ce qui est dit et entrepris, mais à partir de quelle idée de l’homme
et du politique cela est dit et fait. C'est toute la difficulté de la bataille médiatique.
Quand on veut
dénoncer la volonté d’allégeance d’un maire comme celui de Saint Denis il faut refuser
l’image du grand singe comme explication de l’allégeance et le renvoyer à sa
responsabilité politique en tant qu’élu. CQFD
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Sans doute le piège s’est-il refermé sur CNews et ses éditorialistes… et était-il en effet hautement probable que ces analogies animalières somme toute banales, mais imprudentes, allaient faire le jeu de LFI et de ses inféodés.
RépondreSupprimerPourtant, le cœur du sujet pourrait bien ne pas être là. L’allégeance exigée me paraît en effet procéder de la Soumission houellbecquienne, et c’est me semble-t-il bien plus grave….
CR
Sans doute le piège s’est-il refermé sur CNews et ses éditorialistes… et était-il en effet hautement probable que ces analogies animalières somme toute banales, mais imprudentes, allaient faire le jeu de LFI et de ses inféodés.
RépondreSupprimerPourtant, le cœur du sujet pourrait bien ne pas être là. L’allégeance exigée me paraît en effet procéder de la Soumission houellbecquienne, et c’est me semble-t-il bien plus grave….
CR
Tout à fait d'accord avec ce commentaire.
RépondreSupprimerEt être davantage vigilant avec le piège et la manipulation des mots qui, chez LFI, est un art consommé !!!
AD