Notre État offre les deux visages de sa déconfiture. Démuni face au narcotrafic ou à la pédo-criminalité, il retrouve soudain l’illusion de sa toute-puissance lorsqu’il s’agit de nous protéger contre les effets de la canicule. Côté pile et côté face de la même défaillance.
La défaillance systémique de la lutte contre la
pédo-criminalité
Laissons de
côté le narcotrafic pour nous concentrer sur la pédo-criminalité.
Il y a
quelques jours, sur CNEWS, l’un de mes confrères et amis du barreau de
Marseille, Michel Amas — engagé depuis des années avec un courage et une
abnégation exemplaires au service de l’enfance maltraitée — a dressé un constat
sans ambiguïté : « La lutte contre la pédophilie n'existe pas en France
aujourd'hui. »
Il affirme
que les services de l’État disposent des informations et des renseignements
nécessaires sur les réseaux actifs, mais qu’ils n’agissent pas. Il ne s’agit donc pas d’un simple laisser-faire, mais d’une absence - refus ? - d’action dont les
conséquences sont aussi fautives qu’irresponsables.
J’insiste :
lorsqu’un professionnel sérieux, avocat d’expérience, il qui défend quotidiennement des enfants et des parents
dans les contentieux de la protection de l’enfance tient de tels propos, nous
avons le devoir de regarder le réel en face et d’en tirer les conséquences.
Oui, c’est
d’une faillite systémique qu’il s’agit.
Le contraste des zèles
Pendant ce
temps, la canicule surgit et l’État se réveille : omniprésent, suractif,
fébrile.
Principe de
précaution à l’œuvre, tout est mobilisé pour prévenir, soigner, empêcher,
gérer. Les circulaires pleuvent ; les préfets sont mobilisés. La température
des logements, l’ombre des cours d’école, la quantité d’eau à boire, les
climatiseurs à acquérir : chacun est sollicité, avisé, encadré.
Personne ne
contestera que la chaleur puisse tuer ni que la prudence s’impose. Mais le
contraste saute aux yeux : une faiblesse vertigineuse lorsqu’il s’agit de
traquer et d’éradiquer la pédo-criminalité dans les structures accueillant des
enfants ; une surabondance normative dès qu’il s’agit de régenter le quotidien
des citoyens.
Comment
expliquer qu’un État soit incapable de garantir l’inviolabilité des enfants
qu’on lui confie tout en se montrant si zélé lorsqu’il s’agit d’orchestrer
notre hydratation, nos activités physiques ou nos sorties estivales ?
La réalité
est plus grave : nous avons sous les yeux les deux faces d’une même crise de
l’autorité politique.
La métamorphose de l’autorité : du bien commun à la
gestion des risques
Véritable
Janus, notre État n’est pas seulement contradictoire ; il est le symptôme d’un
basculement profond. Défaillant dans ses missions régaliennes, il devient
tentaculaire dans ses missions de précaution. Étrange combinaison d’impuissance
et d’emprise.
À première
vue, rien n’est plus éloigné de l’incapacité à lutter contre la pédo-criminalité que l’hyperactivité administrative déployée à chaque épisode caniculaire.
Pourtant, ces deux réalités procèdent d’une même crise de l’autorité politique.
Gouverner,
au sens classique du terme, consiste à orienter une communauté vers un bien
commun reconnu comme tel. Cela suppose de pouvoir distinguer le juste de
l’injuste, hiérarchiser les priorités, sanctionner les atteintes à l’ordre
public et protéger les plus faibles. Une telle autorité ne peut toutefois
s’exercer durablement que si elle sait au nom de quoi elle agit.
Comme
l’enseignait Pie XII, l’autorité politique ne trouve pas sa légitimité en
elle-même mais dans sa participation à un ordre moral objectif, inscrit dans la
nature humaine et supérieur aux volontés particulières. Tant qu’elle demeure
adossée à cet ordre, elle peut être ferme sans devenir arbitraire. Elle peut
punir sans être oppressive et protéger sans être intrusive.
Mais lorsque
cet horizon moral commun s’efface, l’autorité perd progressivement confiance en
elle-même. Ne sachant plus clairement au nom de quoi elle commande, elle hésite
à juger, à sanctionner et parfois même à nommer le mal. Elle devient prudente
là où elle devrait être résolue et préfère souvent la gestion à la décision.
Or un
pouvoir qui ne sait plus gouverner ne disparaît jamais. Il se transforme.
Pierre de
Lauzun a remarquablement décrit ce phénomène lorsqu’il observe que, lorsque la
fonction spirituelle ou morale s’affaiblit, le pouvoir temporel revient « drapé
dans le manteau de la morale ». Ne pouvant plus gouverner au nom d’un ordre
reconnu, il se met à moraliser. Il sensibilise, accompagne, prévient et
encadre.
https://www.pierredelauzun.com/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun?utm_source=chatgpt.com
Le
déplacement est considérable. Là où l’autorité visait autrefois le bien commun,
elle se concentre désormais sur la réduction des risques. Là où elle protégeait
la cité contre les menaces réelles, elle cherche de plus en plus à prémunir
chacun contre les aléas de l’existence.
C’est ainsi
que prospère l’État thérapeutique.
Là où l’on
parlait jadis de responsabilité, de prudence, de faute ou de vertu, nous
parlons désormais de prévention, de parcours d’accompagnement, de protocoles et
de dispositifs de sensibilisation. La logique politique cède progressivement la
place à une logique médico-administrative où la question centrale n’est plus :
« Que devons-nous faire pour vivre ensemble ? », mais : « Comment réduire
statistiquement les comportements à risque ? »
L’illusion du pouvoir managérial
Cette
évolution produit une conséquence paradoxale.
À force
d’administrer, l’État ne sait plus gouverner. À force de gérer les risques
ordinaires, il perd de vue les périls essentiels. À force de vouloir protéger
chacun contre tout, il devient incapable de protéger tous contre quelques-uns.
Ne sachant
plus orienter un peuple vers un destin commun, il se reconvertit en
gestionnaire de comportements. On ne gouverne plus une nation ; on administre
des flux, des données, des indicateurs et des procédures. On ne forme plus des
citoyens ; on encadre des usagers.
L’État ne
devient pas plus fort. Il se fait fort là où il est facile de l’être — sur les
comportements ordinaires des honnêtes gens — et faible là où il devrait engager
toute sa souveraineté : face à la criminalité organisée, aux violences les plus
graves et aux atteintes fondamentales à l’ordre public.
C’est
précisément ce que révèle le contraste entre la mobilisation spectaculaire
contre les effets de la chaleur et l’impuissance dénoncée dans la lutte contre
la pédo6criminalité. D’un côté, une administration prolixe, bavarde,
omniprésente ; de l’autre, une incapacité persistante à remplir l’une des
missions les plus élémentaires de toute autorité politique : protéger les
enfants.
La démission du citoyen et l’avènement du majeur
assisté
Cette
transformation de l’État entraîne inévitablement une transformation du citoyen.
Dans la
tradition chrétienne, la liberté n’est pas l’absence de contraintes mais la
capacité de choisir le bien. La prudence est au cœur de la vie morale : il
revient à la personne, à la famille et aux corps intermédiaires de discerner,
d’assumer et, si nécessaire, de réparer. Le principe de subsidiarité repose
précisément sur cette responsabilité.
L’État
tutélaire se méfie de cette liberté. Il ne fait plus confiance aux familles
pour protéger leurs enfants, aux communautés pour prendre soin des plus
fragiles ni aux professionnels pour exercer leur métier en conscience. Il
préfère les protocoles, les formulaires, les contrôles et les injonctions.
Il n’a
confiance qu’en lui-même.
Sous
prétexte de protéger, il déresponsabilise.
Sous
prétexte d’accompagner, il se substitue.
Sous
prétexte de prévenir, il prohibe.
Comme
l’avait pressenti Gustave Thibon, le recul des vertus intérieures appelle
inévitablement la multiplication des contraintes extérieures. À mesure que les
hommes deviennent moins capables de se gouverner eux-mêmes, ils réclament
davantage de règlements pour suppléer ce que la conscience n’assure plus.
La question
politique fondamentale n’est alors plus :
« Comment
former des hommes libres capables de se gouverner eux-mêmes selon le bien ? »
Elle devient
:
« Comment
réduire statistiquement les comportements à risque ? »
La personne
humaine est progressivement ravalée au rang de variable d’ajustement dans un
système de gestion des risques. L’adulte responsable s’efface peu à peu
derrière la figure du majeur assisté : informé, encadré, conseillé, protégé,
mais de moins en moins libre.
Voilà
pourquoi ce même État devient incapable d’exercer pleinement ses fonctions
régaliennes : face à un citoyen qu’il materne en permanence, il a désappris
l’art de sanctionner et de réprimer les véritables barbares.
Conclusion : quel ordre voulons-nous ?
La vraie
question n’est pas de savoir si l’État est quantitativement trop fort ou trop
faible.
Elle est de
savoir quel type d’autorité nous voulons servir et transmettre.
Voulons-nous
persévérer dans l’illusion d’un pouvoir thérapeutique qui administre des
risques parce qu’il ne sait plus gouverner des hommes ? Acceptons nous de
demeurer un peuple sommé d’obéir à des consignes sanitaires ou météorologiques
tandis que l’ordre public se délite et que la nation se fragmente ? Ou
sommes-nous prêts à réaffirmer que la politique n’est pas d’abord un dispositif
de protection hygiéniste, mais une vocation au service du bien commun ?
Il ne s’agit
pas nécessairement de réclamer moins d’État au sens libéral du terme, mais de
remettre l’État à sa juste place : ni Léviathan, ni nounou intrusive, mais
serviteur d’un bien commun qu’il ne crée pas, qu’il ne possède pas, mais qu’il
a le devoir de faire régner.
Et cela
commence par le rétablissement d’une hiérarchie claire des priorités : protéger
les plus faibles, garantir la sécurité, faire respecter la loi et restaurer les
conditions d’une véritable liberté politique. C’est à cette condition seulement
que l’État cessera d’être Janus pour redevenir pleinement ce qu’il doit être
: le gardien du bien commun.

Quand l'Etat n'agit pas est ce volontaire ,ou de l'incompétence ?
RépondreSupprimerQuand il veut faire la "nounou" ,n'est ce pas juste de la gestion de communication ?
La nullité ,et l'hypocrisie de ceux qui sont en place aujourd'hui est flagrante
Vivement des personnes volontaires et decidées à servir uniquement la France et les Français, et pas leur minables égos ou des puissances étrangères !