mercredi 29 juillet 2026

MON ETE AVEC DANTE (1)

Cet été, j'ai choisi de lire La Divine Comédie de Dante.


Pourquoi entreprendre aujourd'hui la lecture de La Divine Comédie ?

La question mérite d'être posée car cette lecture est, à bien des égards, une provocation.

Elle exige un effort. Non pas parce que Dante serait obscur par goût de la difficulté, mais parce que nous nous sommes éloignés de l'univers intellectuel et spirituel dans lequel est née cette œuvre. Nous avons perdu beaucoup des clés qui permettaient spontanément de la comprendre.

Et pourtant, quel voyage !

Au passage, cette lecture invite aussi à réviser quelques préjugés. Le Moyen Âge n'est pas ce dont on nous a souvent convaincus. Rien de « moyenâgeux », au sens caricatural que nous donnons aujourd'hui à ce mot. Cette époque a produit l'une des plus hautes synthèses de la pensée, de la philosophie, de la théologie et de la poésie occidentales.

J'aime beaucoup ce qu'en dit Emmanuel Godo :

« Notre monde présent, qui se targue d’être à la pointe des sciences et des technologies, est, spirituellement, d’une indigence abyssale. Il produit un homme qui est à la fois surpuissant, et d’un infantilisme ahurissant en matière de vie intérieure. Quand nous parlons d’avenir, nous parlons de catastrophes, de désastres. Allez faire grandir des enfants, notre jeunesse, dans cet environnement délétère ! Nous avons besoin de puissants contre-feux. Dante en est un admirable. Le Moyen Âge qu’on regarde, depuis nos conquêtes spatiales et notre virtuosité informatique, comme un lointain poussiéreux, en savait plus que nous sur la nourriture spirituelle dont l’homme a besoin pour ne pas passer à côté de sa destinée. Avec La Divine Comédie, l’horizon se rouvre : notre voyage terrestre ne se terminera pas dans un paysage désastreux, au milieu des caddies rouillés et des tonnes de déchets dérisoires, mais dans la lumière. L’homme que rêve Dante est quand même plus galvanisant, plus enthousiasmant que celui que peignent les romans de Houellebecq. Il faut à tout prix nous sortir du marasme et de la fête idiote – chansons, romans sans échine, littérature et philosophie low cost – où la société présente voudrait nous condamner à végéter ! »

Cette formule me paraît particulièrement juste : Dante est un contre-feu.

Un contre-feu face à une époque qui maîtrise toujours davantage le monde matériel, mais qui peine souvent à répondre aux grandes questions de l'existence : qu'est-ce qu'une vie réussie ? Qu'est-ce que la liberté ? Qu'est-ce que le bonheur ? Qu'est-ce que la justice ? Qu'est-ce qui fait la dignité de l'homme ?

La Divine Comédie n'est pas seulement un chef-d'œuvre de la littérature universelle. C'est une immense réflexion sur l'homme. Sous la forme d'un voyage à travers l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, Dante construit une véritable anthropologie, où se rencontrent la philosophie d'Aristote, la théologie de saint Thomas d'Aquin, la sagesse biblique et une connaissance étonnamment fine du cœur humain.

On comprend alors pourquoi cette œuvre a accompagné tant de lecteurs dans les moments les plus tragiques de leur existence. Primo Levi lui-même y puisera une force intérieure au cœur de l'univers concentrationnaire, au point d'en faire l'un des fils conducteurs de Si c'est un homme. Dans un monde où tout semblait nier la dignité humaine, Dante continuait à rappeler ce qu'est véritablement l'homme.

Je ne prétends évidemment pas être un spécialiste de Dante. Comme beaucoup, j'aborde cette lecture avec mes lacunes, mes interrogations et mon manque de culture. Mais peut-être est-ce précisément ce qui me rapproche de nombreux lecteurs d'aujourd'hui.

Au fil de cet été, je vous proposerai donc de m'accompagner dans ce voyage extraordinaire. Je partagerai, chant après chant, les découvertes, les questions et les leçons que j'en retire. J'essaierai surtout de fournir quelques clés de lecture pour rendre cette œuvre plus accessible à ceux qui n'ont jamais osé s'y aventurer ou qui l'ont abandonnée en chemin.

Car je suis convaincu d'une chose : La Divine Comédie n'est pas un monument que l'on admire de loin. C'est un compagnon de route. Plus de sept siècles après sa rédaction, Dante continue de nous parler de nous-mêmes, de nos désirs, de nos erreurs, de nos espérances et de notre destinée.

Et si ce vieux poète florentin avait encore quelque chose d'essentiel à nous apprendre sur l'homme du XXI siècle ?

2 commentaires:

  1. Je crois que beaucoup de leçons concernant la « transmission » peuvent nous être données par Dante et son œuvre majeure que j’avoue ne pas avoir lue mais dont je pressens l’apport bénéfique que ses enseignements peuvent apporter à notre société nihiliste : importance d’une mémoire commune ; hiérarchie des (vraies) valeurs ; goût du Beau, du Bon et du Vrai ; Espérance…
    Merci Bernard de nous engager sur ce chemin initiatique.
    CR

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  2. Je me demandais avec qui vous nous feriez passer cet été. Le choix est audacieux mais combien judicieux.
    Urgence vitale de revenir à des questions essentielles,certes exigeantes et tenter de sortir de la médiocrité ambiante, crasseuse. Un bon programme.
    Je serai fidèle à ce rendez-vous hebdomadaire.
    AD

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