Cette fin de semaine j'ai à nouveau et enfin..., arpenté les chemins du Var avec un groupe de pèlerins raphaëlois en direction du sanctuaire de Cotignac à l'occasion du pèlerinage annuel des pères de famille.
C'est pour moi l'occasion de témoigner à nouveau d'une aventure exceptionnelle tant par sa qualité que par son anachronisme, ... ou son avant-gardisme!!! Voir mon blog d'il y a douze ans: https://www.blogger.com/blog/post/edit/4030142411036119731/3248586595752025795
Pourquoi marcher ?
Pourquoi marcher en priant ?
Pourquoi marcher en priant avec les autres, ces frères de
quelques jours ?
Pourquoi se confier à la providence à une époque ou tout
semble pouvoir être résolu par la technique ?
Pourquoi se considérer humblement comme un simple pêcheur
mendiant le pardon de Dieu et le sollicitant pour que vous savez qu’il va vous
ouvrir la voie de la sagesse ?
Toutes questions qui demeurent totalement énigmatiques pour
les esprits cartésiens, matérialistes et hédonistes du 21e siècle.
On ne peut pas avoir l'idée de la réponse à ces multiples
interrogations si l'on n'a pas vécu la marche du pèlerin, au cœur de son
chapitre, en mouvement vers la consécration de ses vœux à St Joseph vers qui se
dirige ce mendiant des grâces divines de Cotignac.
Cette année, le pèlerinage avait une dimension
exceptionnelle puisqu'il s'agissait du 50e depuis son initiation par quelques
amis que l'on a eu la joie de retrouver sur la photo de l'inauguration de la
statue qui a été érigée en mémoire de leur première marche. Hommage soit rendu
à ces quelques amis poussés par leur foi, leur dévotion, leur humilité et leur
confiance en Dieu, qui ont tracé la voie aux milliers de pèlerins qui dimanche
ont suivi leur exemple et sont arrivés de tous bords au sanctuaire de Cotignac.
S'il suffit de mettre un pied devant l'autre après avoir
préparé son sac et s’être organisé pour tenir pendant trois jours, sans oublier son chapelet, si les
paysages de notre chère Provence sont beaux, si l'amitié fraternelle aide à
franchir les petites souffrances et obstacles du quotidien de cette marche, celle-ci
ne trouve sa justification que dans son but, son orientation, offrir pour
essayer d’aimer comme notre Seigneur nous a aimés sur le bois de la croix.
Tous les moments de ces trois journées sont faits de partage,
de bonne humeur, de gestes simples toujours ajustés, de communion fraternelle. On
échange les boissons, les victuailles, les pansements, les anecdotes, les prières,
les réflexions. Il est extraordinaire de voir combien les membres d'un même
groupe qui ne se connaissent pas tous avant le départ finissent très vite par
constituer une union solidaire capable d'emmener tous ses membres jusqu'à son
terme avec un esprit de partage d'amitié fraternelle toujours grandissante au
fil des heures.
Il y a aussi la chaleur des rencontres faites ou provoquées
sur le passage ; ainsi d’une maitresse de maison qui dans son hameau
attend le passage des « pères et pèlerins » pour leur offrir un gâteau
qu’elle a cuisiné pour eux et des boissons fraiches !
Cette magie est bien sûr rendue possible par la messe
matinale avant le départ, par le chant des complies, par les enseignements du
prêtre accompagnant et par la prière in petto de chacun tout au long des heures
de cette marche qui n’en finit pas sous la chaleur.
Une image s’impose tant elle est significative et révélatrice,
celle de ces pèlerins qui l’un après l’autre se mettent à l’arrière du « peloton »
pour se confesser et échanger spirituellement avec le prêtre. Moment de vérité,
de grâce répandue, homme après homme, pêcheur après pêcheur, pardonné après
pardonné, grâce à cet échange unique et salvateur dans lequel l’un confie ce qui
par sa faute a sali son âme et l’autre distribue l’inépuisable et infini pardon
de Dieu. Grandeur de l’homme qui se reconnait pêcheur et merveille de cet autre
homme investi par Dieu dans son Eglise du pouvoir de distribuer ses grâces.
On partage, on s'éblouit, on se réjouit de la beauté du
paysage traversé, on s’émerveille de la création à travers tel champ de vigne
dont les grappes de raisin vont prendre leur couleur de maturité, devant cette
cascade inattendue et rafraichissante, devant cette forêt dont l’ombre apporte
une ombre bienvenue, dans cette chapelle dont la précieuse clé nous a été
confiée sans esprit de retour et qui abritera le recueillement de notre prière
des complies, devant cette vue sur une plaine aussi diverse que rayonnante sous
les feux du soleil de juillet. Chacun se laisse prendre par cet étourdissement
de cette beauté offerte et donnée qu’il a trop tendance à négliger le reste du
temps.
Le recueillement, l’ouverture aux bienfaits de la nature, l’esprit
d’humilité, le retour sur soi au rythme de la marche scandée par des dizaines d’un
chapelet méditées grâce à des lectures mûrement choisies, font naître cette exceptionnelle
alchimie du pèlerinage. Là s’enracinent la dynamique et la force de ce chapitre
tourné vers son but : l’arrivée au sanctuaire.
Au terme de plus de 50 kilomètres, alors que ses pas se font
plus lourds, que ses muscles crient leur fatigue, que son esprit n’est plus à
même d’avoir la lucidité d’une journée normale, se présentent à notre père de
famille les rudes marches de la montée finale vers Notre Dame de Grâces. Arrivé
au bout de son effort, il n’a plus qu’à chanter l’Alléluia en canon qui a été
répété tant de fois (pour notre chapitre raphaëlois), avec une voix essoufflée mais
ragaillardie, soutenue et dynamisée par sa foi, tendue par son espérance et
soutenue par sa charité. Avant de tomber à genoux souvent la larme à l’œil.
Un nouveau temps de prière advient. Celui de l’adoration eucharistique
en plein air de ces hommes fatigués mais à genoux devant Dieu présent et offert.
Un silence insondable entoure toutes ces prières comme un écrin jusqu’au
lendemain matin. Vient aussi le temps pour ceux qui ne l’ont pas encore pris,
de se confesser à l’un de ces prêtres qui donneront le sacrement de la
pénitence sans désemparer, toute la nuit jusqu’à la fin de la messe du
lendemain dimanche.
Et puis, après cette nuit passée dans les restanques du
sanctuaire, vient la dernière montée vers le sanctuaire St Joseph. Encore une
marche. Encore une montée vers la dernière et ultime étape au pied de la statue
du mari de Marie, du père adoptif de Jésus, pour y déposer les intentions des « pauvres
types » que nous sommes, sur un petit bout de papier, écrit à l’encre
souvent altérée par la sueur de cet ultime effort. Mais St Joseph lit dans les cœurs
tout ce que nous formalisons. Le caractère dérisoire et fragile de cette
démarche lui donne toute sa grandeur. Celle d’un homme fatigué et sale qui a troqué
son apparence citadine pour celle du pécheur tendant la main vers le saint qu’il
a choisi comme intercesseur ; un pèlerin qui pendant ces quelques instants
a l’impression que son cœur goutte à la joie du Ciel. Geste dérisoire. Dimension
éternelle. Moment de grâce ineffable.
Le dernier acte est la participation à la messe dominicale présidée
par l’évêque sous un soleil resplendissant aussi chaud que les prières y sont
intenses.
Vient enfin l’heure de la séparation. A Dieu mes frères.
Merci. Je rends grâce et peut-être à l’année prochaine !


Et pendant de temps là, d’autres « priaient » pour la victoire de leur équipe de foot…et quel que soit le résultat, qu’ils soient « exaucés » ou non, se livraient à des attaques en règle, à des destructions matérielles et des pillages… Terreur sur la ville : autres prières, autre monde…
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