mardi 7 juillet 2026

PELERIN POUR TROIS JOURS EN DIRECTION DE COTIGNAC AVEC LES "PERES ET PELERINS"

Cette fin de semaine j'ai à nouveau et enfin...,   arpenté les chemins du Var avec un groupe de pèlerins raphaëlois en direction du sanctuaire de Cotignac à l'occasion du pèlerinage annuel des pères de famille.


C'est pour moi l'occasion de témoigner à nouveau d'une aventure exceptionnelle tant par sa qualité que par son anachronisme, ... ou son avant-gardisme!!! Voir mon blog d'il y a douze ans: https://www.blogger.com/blog/post/edit/4030142411036119731/3248586595752025795

Pourquoi marcher ?

Pourquoi marcher en priant ?

Pourquoi marcher en priant avec les autres, ces frères de quelques jours ?

Pourquoi se confier à la providence à une époque ou tout semble pouvoir être résolu par la technique ?

Pourquoi se considérer humblement comme un simple pêcheur mendiant le pardon de Dieu et le sollicitant pour que vous savez qu’il va vous ouvrir la voie de la sagesse ?

Toutes questions qui demeurent totalement énigmatiques pour les esprits cartésiens, matérialistes et hédonistes du 21e siècle.

On ne peut pas avoir l'idée de la réponse à ces multiples interrogations si l'on n'a pas vécu la marche du pèlerin, au cœur de son chapitre, en mouvement vers la consécration de ses vœux à St Joseph vers qui se dirige ce mendiant des grâces divines de Cotignac.

Cette année, le pèlerinage avait une dimension exceptionnelle puisqu'il s'agissait du 50e depuis son initiation par quelques amis que l'on a eu la joie de retrouver sur la photo de l'inauguration de la statue qui a été érigée en mémoire de leur première marche. Hommage soit rendu à ces quelques amis poussés par leur foi, leur dévotion, leur humilité et leur confiance en Dieu, qui ont tracé la voie aux milliers de pèlerins qui dimanche ont suivi leur exemple et sont arrivés de tous bords au sanctuaire de Cotignac.


Cette démarche individuelle et collective, est faite de petites choses, de « rien ». Elle est à la portée de tous, riches et pauvres, de toutes classes sociales, de tous univers, marqués plus ou moins lourdement par les joies et les blessures de la vie pour lesquelles ils viennent rendre grâce tant ils sont conscients et convaincus de ce que l'offrande de leur propre vie en est le cœur et le sens. Le pèlerin marche-t-il égoïstement ? Certains le penseront. Certes y-a-il à la base une démarche purement individuelle mais elle est profondément animée, dirigée, par la volonté de se mettre dans la posture de celui qui quémande, qui implore et qui prie pour les autres plus que pour lui-même. Non pas nécessairement pour demander, mais pour se placer dans la logique ineffable de l'offrande. Par amour. Par cet amour oblatif dont NSJC nous montré l’exemple. Un mot revient en permanence dans la bouche des uns et des autres : rendre grâce ; remercier du plus profond du cœur et accepter, tout accepter de la Providence.

S'il suffit de mettre un pied devant l'autre après avoir préparé son sac et s’être organisé pour tenir pendant trois jours, sans oublier son chapelet, si les paysages de notre chère Provence sont beaux, si l'amitié fraternelle aide à franchir les petites souffrances et obstacles du quotidien de cette marche, celle-ci ne trouve sa justification que dans son but, son orientation, offrir pour essayer d’aimer comme notre Seigneur nous a aimés sur le bois de la croix.

Tous les moments de ces trois journées sont faits de partage, de bonne humeur, de gestes simples toujours ajustés, de communion fraternelle. On échange les boissons, les victuailles, les pansements, les anecdotes, les prières, les réflexions. Il est extraordinaire de voir combien les membres d'un même groupe qui ne se connaissent pas tous avant le départ finissent très vite par constituer une union solidaire capable d'emmener tous ses membres jusqu'à son terme avec un esprit de partage d'amitié fraternelle toujours grandissante au fil des heures.

Il y a aussi la chaleur des rencontres faites ou provoquées sur le passage ; ainsi d’une maitresse de maison qui dans son hameau attend le passage des « pères et pèlerins » pour leur offrir un gâteau qu’elle a cuisiné pour eux et des boissons fraiches !

Cette magie est bien sûr rendue possible par la messe matinale avant le départ, par le chant des complies, par les enseignements du prêtre accompagnant et par la prière in petto de chacun tout au long des heures de cette marche qui n’en finit pas sous la chaleur.

Une image s’impose tant elle est significative et révélatrice, celle de ces pèlerins qui l’un après l’autre se mettent à l’arrière du « peloton » pour se confesser et échanger spirituellement avec le prêtre. Moment de vérité, de grâce répandue, homme après homme, pêcheur après pêcheur, pardonné après pardonné, grâce à cet échange unique et salvateur dans lequel l’un confie ce qui par sa faute a sali son âme et l’autre distribue l’inépuisable et infini pardon de Dieu. Grandeur de l’homme qui se reconnait pêcheur et merveille de cet autre homme investi par Dieu dans son Eglise du pouvoir de distribuer ses grâces.

On partage, on s'éblouit, on se réjouit de la beauté du paysage traversé, on s’émerveille de la création à travers tel champ de vigne dont les grappes de raisin vont prendre leur couleur de maturité, devant cette cascade inattendue et rafraichissante, devant cette forêt dont l’ombre apporte une ombre bienvenue, dans cette chapelle dont la précieuse clé nous a été confiée sans esprit de retour et qui abritera le recueillement de notre prière des complies, devant cette vue sur une plaine aussi diverse que rayonnante sous les feux du soleil de juillet. Chacun se laisse prendre par cet étourdissement de cette beauté offerte et donnée qu’il a trop tendance à négliger le reste du temps.

Le recueillement, l’ouverture aux bienfaits de la nature, l’esprit d’humilité, le retour sur soi au rythme de la marche scandée par des dizaines d’un chapelet méditées grâce à des lectures mûrement choisies, font naître cette exceptionnelle alchimie du pèlerinage. Là s’enracinent la dynamique et la force de ce chapitre tourné vers son but : l’arrivée au sanctuaire.

Au terme de plus de 50 kilomètres, alors que ses pas se font plus lourds, que ses muscles crient leur fatigue, que son esprit n’est plus à même d’avoir la lucidité d’une journée normale, se présentent à notre père de famille les rudes marches de la montée finale vers Notre Dame de Grâces. Arrivé au bout de son effort, il n’a plus qu’à chanter l’Alléluia en canon qui a été répété tant de fois (pour notre chapitre raphaëlois), avec une voix essoufflée mais ragaillardie, soutenue et dynamisée par sa foi, tendue par son espérance et soutenue par sa charité. Avant de tomber à genoux souvent la larme à l’œil.

Un nouveau temps de prière advient. Celui de l’adoration eucharistique en plein air de ces hommes fatigués mais à genoux devant Dieu présent et offert. Un silence insondable entoure toutes ces prières comme un écrin jusqu’au lendemain matin. Vient aussi le temps pour ceux qui ne l’ont pas encore pris, de se confesser à l’un de ces prêtres qui donneront le sacrement de la pénitence sans désemparer, toute la nuit jusqu’à la fin de la messe du lendemain dimanche.

Et puis, après cette nuit passée dans les restanques du sanctuaire, vient la dernière montée vers le sanctuaire St Joseph. Encore une marche. Encore une montée vers la dernière et ultime étape au pied de la statue du mari de Marie, du père adoptif de Jésus, pour y déposer les intentions des « pauvres types » que nous sommes, sur un petit bout de papier, écrit à l’encre souvent altérée par la sueur de cet ultime effort. Mais St Joseph lit dans les cœurs tout ce que nous formalisons. Le caractère dérisoire et fragile de cette démarche lui donne toute sa grandeur. Celle d’un homme fatigué et sale qui a troqué son apparence citadine pour celle du pécheur tendant la main vers le saint qu’il a choisi comme intercesseur ; un pèlerin qui pendant ces quelques instants a l’impression que son cœur goutte à la joie du Ciel. Geste dérisoire. Dimension éternelle. Moment de grâce ineffable.

Le dernier acte est la participation à la messe dominicale présidée par l’évêque sous un soleil resplendissant aussi chaud que les prières y sont intenses.

Vient enfin l’heure de la séparation. A Dieu mes frères. Merci. Je rends grâce et peut-être à l’année prochaine !


2 commentaires:

  1. Et pendant de temps là, d’autres « priaient » pour la victoire de leur équipe de foot…et quel que soit le résultat, qu’ils soient « exaucés » ou non, se livraient à des attaques en règle, à des destructions matérielles et des pillages… Terreur sur la ville : autres prières, autre monde…

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