dimanche 13 septembre 2026

PRESIDENTIELLE 2027: LE JOUR D'APRES.

Les pistes se brouillent à la veille de l’élection présidentielle. La France pourrait en effet être très vite - avant avril prochain? - confrontée simultanément à plusieurs crises qui se nourrissent mutuellement : une crise de légitimité, une crise de solvabilité, une crise d'autorité et une crise idéologique et de représentation du réel.


L'endettement réduit les possibilités d'action. L'impuissance nourrit la défiance. La défiance favorise l'abstention et les votes de rupture. La montée des oppositions radicales conduit le système institutionnel à renforcer ses mécanismes de protection. Ceux-ci renforcent à leur tour le sentiment que l'alternance ne permet plus de changer de politique. 

Et pendant ce temps, les élites, c'est à dire selon la formule de Michel Maffesoli ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire, continuent de monopoliser la parole, voire d’essayer de la confisquer, en utilisant des schémas idéologiques éculés, au risque de perdre le sens du réel et de ne plus être compris par le peuple focalisé sur les réalités de la vie.

Le danger ne réside pas nécessairement dans chacun de ces phénomènes, mais dans leur convergence et surtout dans l'écart croissant entre ce que l'élection promet de pouvoir changer et ce que le pouvoir qui en sera issu pourra effectivement accomplir.

Dominique Reynié souligne ce hiatus : « L'élection présidentielle, pour les Français, n'est plus une solution. Elle est devenue un problème, et même une menace. » Si l'élection principale ne permet plus à la démocratie de « dénouer ses problèmes », affirme-t-il, « il ne lui reste aucun outil ». Et il conclut : « La solidité de notre pays est menacée. » https://www.youtube.com/watch?v=Tb77DDuDKk4

Le propos est d'autant plus troublant qu'il émane non d'un théoricien de l'effondrement mais d'un professeur des universités à Sciences Po et directeur général de la Fondapol.

Il met en évidence le fait que le vote ne permet plus de changer véritablement de politique. 

Olivier Babeau vient d'illustrer également ceci dans Valeurs Actuelles. Reprenant les projections d'un rapport remis à Bercy, il évoque un effort de 126 milliards d'euros d'ici à 2032 pour stabiliser la dette publique. À politique inchangée, le déficit atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027 puis près de 7 % en 2030, tandis que la dette dépasserait 130 % du PIB.

Le prochain président pourrait découvrir que son premier acte ne consistera pas à distribuer « les fruits de son programme », mais, selon la formule de Babeau, à « présenter la facture des décennies précédentes ». C'est selon lui le « piège démocratique ».

Et les mâchoires du  piège pourraient être encore plus larges. Car le vainqueur de 2027 n'héritera pas seulement d'une situation budgétaire dégradée. S'il entend gouverner dans le cadre actuel, il devra composer avec l'État de droit scandaleusement idéologisé par le Conseil Constitutionnel et les juridictions internationales, le droit et les institutions européennes, les engagements financiers de la France et les marchés qui financent sa dette.

Le prochain pouvoir pourrait ainsi se trouver pris entre rigueur et immobilisme : rigueur pour retrouver des marges financières ; immobilisme lorsque les réformes promises se heurteront aux limites juridiques, européennes, politiques ou sociales du système. Et si les marchés venaient à douter de la capacité de la France à maîtriser ses finances, la hausse du coût de la dette réduirait encore sa liberté d’action.

Dès lors se pose la question suivante : à partir de quel moment l’impuissance politique chronique peut-elle muer en une crise de régime ?

Or plusieurs facteurs sociaux pourraient précipiter les événements et bouleverser le calendrier avant comme après l'échéance.

L'insécurité, la question migratoire et la confrontation avec l'islamisme touchent directement à la fonction première de l'État : protéger et maintenir la paix civile. Les « faits divers » ou « faits de société » s'accumulent : le jour viendra-t-il où la goutte d'eau fera déborder le vase ?

Le pouvoir d'achat, notamment sa remise en cause par le prix de l'essence, constitue un autre facteur. Il serait absurde d'assimiler la France contemporaine à celle de 1789, mais l'analogie des mécanismes mérite attention. À la veille de la Révolution, crise des finances de l'État, crise politique et crise des subsistances se conjuguent ; le prix du pain explose. Dans notre société fondée sur la mobilité, l'essence pourrait jouer, toutes proportions gardées, une fonction comparable de révélateur. Les Gilets jaunes ont déjà montré comment quelques centimes à la pompe pouvaient cristalliser des frustrations qui dépassaient très largement le prix du carburant. Et les appels à un réveil de ce mouvement commencent d'ailleurs à circuler sur les réseaux sociaux.

À cette convergence s’ajoute, outre les événements climatiques...,  un autre parallèle possible avec la fin de l’Ancien Régime : la crise de légitimité de la minorité dirigeante. La classe politique, administrative, juridictionnelle et médiatique contemporaine n’est évidemment pas une noblesse au sens historique. Mais elle constitue une forme d’aristocratie dévoyée, non plus fondée sur le sang, les armes, la terre ou l’office, mais sur l’appartenance à une minorité qui détermine largement les règles du jeu, les catégories du débat et les limites de ce qui peut être décidé, tandis qu’une partie croissante du pays ne se reconnaît plus en elle.

Les menaces sont nombreuses qui pèsent sur l'élection à venir dans ce contexte de blocage tel que décrit par nos deux analystes.

Et face à cela les stratégies des candidats divergent.

La plupart d'entre eux, y compris Marine Le Pen avec sa "dédiabolisation" !, continuent à jouer la partie institutionnelle : gagner l'élection, obtenir une majorité puis transformer le pays à l'intérieur du cadre existant. Ils pourraient découvrir, une fois élus, que la rupture promise se transforme en gestion contrainte.

Deux forces se positionnent en rupture avec cette logique.

LFI, tout d'abord, qui prépare le jour d'après. Sa stratégie ne repose pas sur la seule élection : elle accorde une place essentielle à la mobilisation populaire, à la rue, au conflit social et au rapport de forces politique.

Les souverainistes ensuite dont le RN ne fait plus partie. En clair, ceux qui, contre vents et marées, plaident pour une sortie du carcan européen tel qu'il a été édifié à partir du traité de Maastricht. 

Il y a donc trois stratégies à l'œuvre : conquérir le pouvoir dans le système ; chercher à sortir du système pour retrouver des marges de souveraineté ; ou déplacer le rapport de forces au-delà du seul terrain électoral.

Et voilà que Philippe de Villiers, après Populicide et Mémoricide, annonce la parution de Résurrection ! La succession des titres est assez suggestive pour être relevée. Simple intervention intellectuelle dans la campagne ? Volonté de peser davantage ? Candidature supplémentaire ? Volonté de fédérer et de dynamiser le camp souverainiste ? Il est trop tôt pour le dire mais force est de constater que le souverainisme se cherche un leader.

Ainsi l'élection risque d'être en trompe l'œil.

Supposons que nous arrivions à 2027 sans rupture majeure et que l'élection se déroule normalement. Le nouveau président - qui ne sera ni révolutionnaire ni souverainiste - aura été élu pour changer le cours des choses. Il risque de découvrir très vite combien ses marges de manœuvre sont étroites : dette et rigueur budgétaire, marchés financiers, contraintes européennes, État de droit et juridictions, résistances administratives, politiques et sociales. Un président doté d'une légitimité toute neuve, mais déjà pieds et poings liés.

C'est le piège décrit par Dominique Reynié. 

L'élection présidentielle est censée permettre au pays de trancher et de « dénouer ses problèmes ». Mais que se passe-t-il si les événements la prennent de vitesse ? Et que se passe-t-il si, lorsqu'elle a finalement lieu, elle porte au pouvoir un président qui ne dispose pas des moyens suffisants pour accomplir ce pour quoi il a été élu ?

C'est précisément là que ceux qui pensent déjà le jour d'après trouveraient un terrain ouvert. Que reste-t-il à une démocratie lorsque son élection principale ne parvient plus à résoudre par le haut les conflits qu'elle devait arbitrer ?

C'est peut-être là, le jour d'après, que commencerait véritablement l'alternance nécessaire et que les stratégies alternatives révolutionnaires et souverainistes seraient validées.

L'avenir nous le dira…

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