dimanche 11 octobre 2026

DE LA LEGITIMITE OU DE L'ILLEGITIMITE DE LA VIOLENCE

Il existe un réel risque de dérapage du mouvement lycéen. Dans des esprits inquiets et enflammés, privés des repères qu’apportent une éducation solide et une formation philosophique et politique, la violence peut vite apparaître comme un moyen légitime d’obtenir satisfaction.


Ce risque tient-il aux tentatives de récupération politique, notamment par LFI ? À notre incapacité collective à expliquer clairement à nos jeunes le rôle et les limites de la violence dans les rapports sociaux ? Sans doute faut-il s’interroger sur ces deux responsabilités.

Car nous assistons à une revendication du droit à la violence, présentée comme la réponse légitime à des injustices sociales, tandis que la dénonciation systématique des interventions policières tend à délégitimer ceux qui sont chargés de maintenir l’ordre.

Il faut répondre à cette illusion révolutionnaire : une injustice, réelle ou supposée, peut-elle légitimer la violence de ceux qui s’en estiment victimes ?

Une confusion nourrie par l’actualité

L’actualité donne à cette question une singulière acuité : les déclarations de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, sur la légitimité possible de la violence ; les dégradations commises dans les locaux de l’université de Nantes ; les agressions et menaces contre les enseignants et les proviseurs ; enfin, les accusations de violences policières qui accompagnent certaines interventions des forces de l’ordre.

Certains discours justifient l’usage de la violence par une « violence sociale » ou « institutionnelle » que subiraient les manifestants, voire par l’impossibilité de se faire entendre autrement.

Mon propos n’est pas de juger ici les revendications du mouvement lycéen. Il ne porte volontairement que sur les moyens employés pour les défendre.

Le sentiment d’être minoritaire, dominé ou victime d’une injustice donne-t-il le droit d’imposer ses revendications par la force ? Une cause juste autorise-t-elle n’importe quelle action ?

Une injustice ne donne pas tous les droits

La pensée classique, notamment celle de saint Thomas d’Aquin, fournit des distinctions simples et éclairantes auxquels il faut revenir.

La légitime défense peut justifier le recours à la force pour protéger sa propre vie, mais non une violence qui dépasserait la mesure nécessaire à cette protection.  Les moyens employés doivent être nécessaires et proportionnés à la menace : autant que nécessaire, jamais davantage. 

À plus forte raison, le sentiment d’une injustice ne saurait constituer un permis d’agresser ou de détruire. Une injustice peut expliquer la colère ; elle ne rend pas juste une riposte violente, destructrice.

Certes, la tradition philosophique reconnaît que certaines situations extrêmes, notamment la tyrannie, peuvent justifier une résistance allant au-delà de la simple protestation. Mais une contestation sociale, même fondée, ne saurait être assimilée à la défense face à une oppression qui ne laisserait aucune autre issue.

Et puis, allons au bout de cette logique, si la conviction d’avoir raison suffisait à autoriser la violence, quel principe permettrait de la limiter ?

Quand l’idéologie transforme la colère en droit de détruire

Comment passe-t-on de la dénonciation d’une injustice sociale à l’usage de la violence physique, puis à sa légitimation ?

La pensée révolutionnaire marxiste apporte un éclairage essentiel sur ce mécanisme dont elle est le moteur.

Pour Marx, l’histoire des sociétés est traversée par la lutte des classes. Les institutions politiques, juridiques et économiques participent à la reproduction des rapports de domination. La transformation de la société résulte d’un affrontement entre des classes aux intérêts antagonistes.

La violence révolutionnaire peut alors apparaître comme l’instrument d'une rupture nécessaire avec l'ordre établi. Marx la présente comme « l'accoucheuse » d'une société nouvelle. La violence n'est plus seulement une réaction à une injustice particulière : elle devient un moyen de transformation de l'histoire.

Cette conception sera radicalisée par certains héritiers révolutionnaires du marxisme, notamment Lénine, pour qui la conquête et la conservation du pouvoir supposent un affrontement avec l'État bourgeois. On la retrouve aujourd’hui chez LFI. Dans cette logique, la légitimité des moyens tend à être appréciée à l'aune de la révolution qu'ils doivent permettre. Pour le révolutionnaire la révolution est tout!

Le danger de ce raisonnement est de légitimer les actes violents par la justice des buts poursuivis. Dès lors, la violence peut cesser d'être considérée comme un mal pour devenir un instrument politique revendiqué et assumé.

On comprend comment la dénonciation d'une « violence sociale » peut servir à justifier des violences physiques. Si les institutions sont présentées comme intrinsèquement violentes, toute action dirigée contre elles risque d'être regardée comme une forme de légitime défense.

Mais ce raisonnement repose sur une confusion fondamentale et une erreur conceptuelle sur laquelle on ne doit faire aucune concession. La théorie marxiste est une idéologie. Son invention de la violence légitime est une fiction qui n’a pas d’autre but que de justifier la révolution dont on sait aujourd’hui qu’elle ne donne jamais rien de bon et qu’elle est un mal en soi.

Une jeunesse vulnérable aux entrepreneurs de révolte

La responsabilité de ceux qui cherchent à orienter politiquement le mouvement lycéen est évidente.

L'adolescence est l'âge des idéaux, de l'aspiration à la justice, mais aussi de l'impatience devant les contradictions du monde adulte. Cette générosité peut nourrir des engagements admirables. Elle peut également être exploitée.

Le mécanisme est assez simple : convaincre les jeunes que leurs difficultés résultent d'un système injuste, que les institutions sont incapables de les entendre et que la contestation radicale constitue leur seul moyen d'action. La colère cesse alors d'être un sentiment à éclairer pour devenir une énergie politique à mobiliser.

Ce discours est d'autant plus séduisant qu'il dispense de distinguer les injustices réelles des injustices supposées, les responsabilités individuelles des responsabilités collectives, et surtout la légitimité d'une revendication de celle des moyens employés.

La nature révolutionnaire des actes posés et du processus d’entraînement sont cachés derrière les revendications en partie légitimes mises en avant et au nom desquelles la masse est convaincue de la nécessité d’agir et d’agir violemment s’il le faut.

Il serait excessif de considérer que toute mobilisation lycéenne procède d'une manipulation. Les jeunes ont leurs propres inquiétudes, leurs convictions et leurs raisons de protester. Mais les tentatives de récupération politique sont claires, notamment lorsque des responsables ou militants présentent les violences comme la conséquence inévitable d'un ordre social injuste.

Le risque est que des lycéens, persuadés de défendre librement leur avenir, deviennent les instruments de stratégies politiques qui les dépassent. Ceux qui encouragent la radicalisation ne sont pas nécessairement ceux qui en subiront les conséquences : sanctions scolaires, poursuites judiciaires, blessures ou avenir compromis.

La responsabilité des adultes est ici considérable. On ne peut pas à la fois encourager la colère des jeunes, relativiser leurs débordements et s'exonérer des conséquences de cette radicalisation. Les parents doivent garder la tête froide et les idées claires!

Apprendre à distinguer la justice de la violence

Comprendre une colère n'est pas excuser les violences. Reconnaître une injustice n'est pas approuver tous les moyens employés pour la combattre.

Notre responsabilité éducative et politique consiste à transmettre ces distinctions élémentaires.

Il faut apprendre aux jeunes qu'une cause estimée juste ne dispense jamais de juger les moyens employés pour la défendre. Que le dialogue, la contradiction et le débat ne sont pas des signes de faiblesse, mais les conditions d'une société libre.

Il faut aussi leur apprendre à exercer leur propre jugement, à se méfier de ceux qui prétendent détenir seuls la vérité et à refuser que leur indignation soit mise au service d'ambitions qui ne sont pas les leurs.

Lorsque le sentiment d'avoir raison suffit à justifier la violence, ce n'est plus la justice qui commande à la force : c'est la force qui prétend faire justice.

2 commentaires:

  1. Les "inquiétudes" de la jeunesse ne sont pas nouvelles
    Chaque génération a eu les siennes...et y a survécu
    Mais la jeunesse ,aujourd'hui ,est ,effectivement, victime non pas de ces fameuses inquiétudes ,mais du parti TROTSKYSTE LFI qui l'utilise pour installer un chaos ,qui ,croit il ,l'amènera au pouvoir ,ou ,du moins , empêchera Mme Le Pen d'appliquer le programme pour lequel elle aura été élue

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  2. « Les adultes se demandent anxieusement quel monde ils vont laisser à leurs enfants. Mais la vraie question est : à quels enfants allons-nous laisser le monde ? » (Alain Finkielkraut)
    CR

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