Il existe un réel risque de dérapage du mouvement lycéen. Dans des esprits inquiets et enflammés, privés des repères qu’apportent une éducation solide et une formation philosophique et politique, la violence peut vite apparaître comme un moyen légitime d’obtenir satisfaction.
Ce risque
tient-il aux tentatives de récupération politique, notamment par LFI ? À notre
incapacité collective à expliquer clairement à nos jeunes le rôle et les
limites de la violence dans les rapports sociaux ? Sans doute faut-il
s’interroger sur ces deux responsabilités.
Car nous
assistons à une revendication du droit à la violence, présentée comme la
réponse légitime à des injustices sociales, tandis que la dénonciation
systématique des interventions policières tend à délégitimer ceux qui sont
chargés de maintenir l’ordre.
Il faut répondre à cette illusion révolutionnaire : une injustice, réelle ou supposée, peut-elle légitimer
la violence de ceux qui s’en estiment victimes ?
Une confusion nourrie par l’actualité
L’actualité
donne à cette question une singulière acuité : les déclarations de Bally
Bagayoko, maire de Saint-Denis, sur la légitimité possible de la violence ; les
dégradations commises dans les locaux de l’université de Nantes ; les
agressions et menaces contre les enseignants et les proviseurs ; enfin, les
accusations de violences policières qui accompagnent certaines interventions
des forces de l’ordre.
Certains
discours justifient l’usage de la violence par une « violence sociale » ou «
institutionnelle » que subiraient les manifestants, voire par l’impossibilité
de se faire entendre autrement.
Mon propos
n’est pas de juger ici les revendications du mouvement lycéen. Il ne porte
volontairement que sur les moyens employés pour les défendre.
Le sentiment
d’être minoritaire, dominé ou victime d’une injustice donne-t-il le droit
d’imposer ses revendications par la force ? Une cause juste autorise-t-elle
n’importe quelle action ?
Une injustice ne donne pas tous les droits
La pensée
classique, notamment celle de saint Thomas d’Aquin, fournit des distinctions
simples et éclairantes auxquels il faut revenir.
La légitime défense peut justifier le recours à la force pour protéger sa propre vie, mais non une violence qui dépasserait la mesure nécessaire à cette protection. Les moyens employés doivent être nécessaires et proportionnés à la menace : autant que nécessaire, jamais davantage.
À plus forte
raison, le sentiment d’une injustice ne saurait constituer un permis d’agresser
ou de détruire. Une injustice peut expliquer la colère ; elle ne rend pas juste
une riposte violente, destructrice.
Certes, la
tradition philosophique reconnaît que certaines situations extrêmes, notamment
la tyrannie, peuvent justifier une résistance allant au-delà de la simple
protestation. Mais une contestation sociale, même fondée, ne saurait être
assimilée à la défense face à une oppression qui ne laisserait aucune autre issue.
Et puis, allons au bout de cette logique, si la
conviction d’avoir raison suffisait à autoriser la violence, quel principe
permettrait de la limiter ?
Quand l’idéologie transforme la colère en droit de
détruire
Comment
passe-t-on de la dénonciation d’une injustice sociale à l’usage de la violence
physique, puis à sa légitimation ?
La pensée
révolutionnaire marxiste apporte un éclairage essentiel sur ce mécanisme dont
elle est le moteur.
Pour Marx,
l’histoire des sociétés est traversée par la lutte des classes. Les
institutions politiques, juridiques et économiques participent à la
reproduction des rapports de domination. La transformation de la société résulte
d’un affrontement entre des classes aux intérêts antagonistes.
La violence
révolutionnaire peut alors apparaître comme l’instrument d'une rupture
nécessaire avec l'ordre établi. Marx la présente comme « l'accoucheuse » d'une
société nouvelle. La violence n'est plus seulement une réaction à une injustice
particulière : elle devient un moyen de transformation de l'histoire.
Cette
conception sera radicalisée par certains héritiers révolutionnaires du
marxisme, notamment Lénine, pour qui la conquête et la conservation du pouvoir
supposent un affrontement avec l'État bourgeois. On la retrouve aujourd’hui
chez LFI. Dans cette logique, la légitimité des moyens tend à être appréciée à
l'aune de la révolution qu'ils doivent permettre. Pour le révolutionnaire la révolution est tout!
Le danger de
ce raisonnement est de légitimer les actes violents par la
justice des buts poursuivis. Dès lors, la violence peut
cesser d'être considérée comme un mal pour devenir un instrument politique
revendiqué et assumé.
On comprend
comment la dénonciation d'une « violence sociale » peut servir à justifier des
violences physiques. Si les institutions sont présentées comme intrinsèquement
violentes, toute action dirigée contre elles risque d'être regardée comme une
forme de légitime défense.
Mais ce
raisonnement repose sur une confusion fondamentale et une erreur conceptuelle
sur laquelle on ne doit faire aucune concession. La théorie marxiste est une
idéologie. Son invention de la violence légitime est une fiction qui n’a pas d’autre
but que de justifier la révolution dont on sait aujourd’hui qu’elle ne donne
jamais rien de bon et qu’elle est un mal en soi.
Une jeunesse vulnérable aux entrepreneurs de révolte
La
responsabilité de ceux qui cherchent à orienter politiquement le mouvement
lycéen est évidente.
L'adolescence
est l'âge des idéaux, de l'aspiration à la justice, mais aussi de l'impatience
devant les contradictions du monde adulte. Cette générosité peut nourrir des
engagements admirables. Elle peut également être exploitée.
Le mécanisme
est assez simple : convaincre les jeunes que leurs difficultés résultent d'un
système injuste, que les institutions sont incapables de les entendre et que la
contestation radicale constitue leur seul moyen d'action. La colère cesse alors
d'être un sentiment à éclairer pour devenir une énergie politique à mobiliser.
Ce discours
est d'autant plus séduisant qu'il dispense de distinguer les injustices réelles
des injustices supposées, les responsabilités individuelles des responsabilités
collectives, et surtout la légitimité d'une revendication de celle des moyens
employés.
La nature
révolutionnaire des actes posés et du processus d’entraînement sont cachés
derrière les revendications en partie légitimes mises en avant et au nom
desquelles la masse est convaincue de la nécessité d’agir et d’agir violemment s’il
le faut.
Il serait
excessif de considérer que toute mobilisation lycéenne procède d'une
manipulation. Les jeunes ont leurs propres inquiétudes, leurs convictions et
leurs raisons de protester. Mais les tentatives de récupération politique sont
claires, notamment lorsque des responsables ou militants présentent les
violences comme la conséquence inévitable d'un ordre social injuste.
Le risque
est que des lycéens, persuadés de défendre librement leur avenir,
deviennent les instruments de stratégies politiques qui les dépassent. Ceux qui
encouragent la radicalisation ne sont pas nécessairement ceux qui en subiront
les conséquences : sanctions scolaires, poursuites judiciaires, blessures ou
avenir compromis.
La
responsabilité des adultes est ici considérable. On ne peut pas à la fois
encourager la colère des jeunes, relativiser leurs débordements et s'exonérer
des conséquences de cette radicalisation. Les parents doivent garder la tête froide et les idées claires!
Apprendre à distinguer la justice de la violence
Comprendre
une colère n'est pas excuser les violences. Reconnaître une injustice n'est pas
approuver tous les moyens employés pour la combattre.
Notre
responsabilité éducative et politique consiste à transmettre ces distinctions
élémentaires.
Il faut
apprendre aux jeunes qu'une cause estimée juste ne dispense jamais de juger les
moyens employés pour la défendre. Que le dialogue, la contradiction et le débat
ne sont pas des signes de faiblesse, mais les conditions d'une société libre.
Il faut
aussi leur apprendre à exercer leur propre jugement, à se méfier de ceux qui
prétendent détenir seuls la vérité et à refuser que leur indignation soit mise
au service d'ambitions qui ne sont pas les leurs.
Lorsque le
sentiment d'avoir raison suffit à justifier la violence, ce n'est plus la
justice qui commande à la force : c'est la force qui prétend faire justice.

Les "inquiétudes" de la jeunesse ne sont pas nouvelles
RépondreSupprimerChaque génération a eu les siennes...et y a survécu
Mais la jeunesse ,aujourd'hui ,est ,effectivement, victime non pas de ces fameuses inquiétudes ,mais du parti TROTSKYSTE LFI qui l'utilise pour installer un chaos ,qui ,croit il ,l'amènera au pouvoir ,ou ,du moins , empêchera Mme Le Pen d'appliquer le programme pour lequel elle aura été élue
« Les adultes se demandent anxieusement quel monde ils vont laisser à leurs enfants. Mais la vraie question est : à quels enfants allons-nous laisser le monde ? » (Alain Finkielkraut)
RépondreSupprimerCR