dimanche 10 mai 2015

10 MAI 1981, 10 MAI 2015, L'UTOPIE ET LA POLITIQUE

Fidèle à la doxa déjà acceptée par ses prédécesseurs notre Président de la République vient une nouvelle fois à l’occasion de son voyage aux Antilles de sacrifier au dogme du progrès, de l’humanité en marche vers le nirvana.

« La seule dette qui doit être réglée aux descendants d'esclaves est de faire avancer l'humanité ».
« En ces temps troublés, où ceux qui ne voient pas l'avenir veulent trouver refuge dans le repli, le rejet, la haine de l'autre ».
D’après le Figaro François Hollande devrait à nouveau bientôt livrer sa conception de l'histoire, «non une nostalgie mais une force pour se projeter vers l'avenir».

Avancer. Se projeter vers l’avenir. Faire avancer l’humanité, mais vers où ?
Le rêve toujours le rêve ! Le même que celui proclamé il y a 24 ans par François Mitterrand lors de son élection.

Au même moment Jean-François Kahn tenant une conférence devant le Grand Orient se désolait que l’utopie soit devenue un mot tabou. Tout se tient. L’utopie selon Kahn est le mirage qui dirige les pas de l’humanité en marche selon Hollande.

Or selon son inventeur-Thomas More-l’utopie n’a rien à voir avec les idéologies modernes qui ont soumis des multitudes à un totalitarisme intellectuel imposé de force par l’Etat. Elle se nourrissait de sa filiation dans des principes fondamentaux, non pas abstraits et issus du dernier intellectuel ou bureaucrate venu, mais déterminés à partir de la loi naturelle. Cette loi  fondée sur la nature universelle de la personne humaine douée de raison – différente de l’homme sacralisé- dont le fruit est la liberté inamissible de l’esprit de l’homme. Voilà qui nous éloigne des droits de l’homme érigés en absolu à partir du néant…. 

Le même Thomas More qui incarnera la conscience de l’homme politique dans ce qu’elle a de plus fort, le conduisant au sacrifice de sa propre vie pour ne pas transiger avec ses exigences.

La force de son œuvre se trouve dans le dynamisme spirituel qui la porte. C'est en lui que réside la fonction utopique elle-même, qui est de transcender le temps. Et non pas de voir dans le temps un facteur de progrès systématique sous le prétexte fallacieux, trompeur et destructeur que demain sera meilleur qu’hier, et qu’il suffirait en politique de faire avancer l’humanité ! A force de sortir des soi-disant ténèbres de la  préhistoire nous ne cessons de semer le malheur….

Cette marche forcée, à coups de repentance, d’idéologie, de bons sentiments, de fausse générosité, de condamnations sentencieuses est le lit des totalitarismes modernes. Sacrifier la réalité au rêve d’une utopie révolutionnaire.

Elle est révolutionnaire au plus mauvais sens du terme en ce qu’elle soumet l’homme, et donc l’humanité pourtant mise en avant, à une abstraction fruit de la réflexion fantasmée de ceux qui plongent dans l’ivresse du pouvoir leur seule raison d’être….

C’est une autre révolution qu’il nous faut ; celle du bon sens, du réalisme, de la soumission à ces lois fondamentales de l’humanité seules capables de la libérer de la servitude, par la transcendance et la modestie plutôt que par le déni et la prétention.

Je rêve d’un Président modeste et pragmatique….






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