lundi 25 novembre 2013

FAIRE DE LA POLITIQUE COMME ON REMPAILLE DES CHAISES...

L’Etat est impuissant face à notre crise multiforme. Derrière l'échec de notre classe dirigeante se cache une erreur fondamentale. La manie de planifier, d'inventer des systèmes, d'imaginer une nouvelle société, de vouloir toujours tout réformer, refonder, recréer ; comme s’il fallait à tout prix inventer la cité idéale. A force de vouloir trop en faire … Je retrouve dans Péguy une formule éclairante : « il ne faut rien se proposer, il ne faut pas faire de plan, il faut suivre les indications ». Commentant cette phrase Alain Finkielkraut développe : « l'homme qui fait des plans croit pouvoir tirer la vérité de son propre fonds et plier la réalité à ses modèles. L'homme qui suit des indications subordonne sa pensée au visage que présentent les choses et les événements. Celui qui fait des plans trace sa route, celui qui suit les indications demande à la réalité qu'elle lui montre le chemin. Celui qui fait des plans décide de tout, celui qui suit des indications s'attend à tout. Celui qui fait des plans construit une œuvre, celui qui suit des indications travaille par quinzaine, et rédige des cahiers. Esprit de méthode contre esprit d'aventure, le premier produit de belles formes métalliques, tandis que le second, inscrit dans un espace qui le transcende, entretient avec le monde le même rapport que l'artisan avec la pierre ou le bois». Ce qui renvoie à ces vers admirables de Péguy sur sa mère, rempailleuse de chaises, comme à la «petite voie spirituelle» de Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, pourtant docteur de l’Eglise... L'essentiel est dans la modestie et l’humilité. Se soumettre à la réalité et ne pas vouloir la faire plier face à notre volonté. Le drame de la modernité réside dans la prétention inverse. La modernité en politique procède de l'affirmation de la toute-puissance de la raison individuelle, toujours prête à construire des châteaux en Espagne; orgueil délirant de la conscience souveraine. Modernité qui a aussi frappé dans le domaine spirituel. C’est à ce niveau ultime et supérieur que l’on comprend la profondeur de l’erreur commise. La crise dont nous souffrons est également spirituelle… L'homme moderne n'a pas fait disparaître Dieu, il l'a remplacé. Il l'a remplacé par lui-même, sous couvert de la raison. Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas… Nous aurions intérêt à méditer Péguy, grand poète et maître pour notre temps. Cela nous conduirait à l'humilité. Au retournement de l'humilité. Ce retournement que l'auteur des cahoiers de la quinzaine décrit mieux que je ne puis le faire lorsqu'il aborde le lien de l'homme à Dieu : "Voilà la situation que Dieu s'est faite; Celui qui est tombe dans la servitude de celui qui est aimé. Par la même. Celui qui aime tombe sous la servitude de celui qu'il aime. Dieu n'a pas voulu échapper à cette loi commune. Et par son amour il est tombé dans la servitude du pécheur. Effrayant amour, effrayante charité, Effrayante espérance, responsabilité vraiment effrayante, Le créateur a besoin de sa créature,s'est mis à avoir besoin de sa créature. Il ne peut rien faire sans elle. C'est un roi qui aurait indiqué aux mains de chacun de ces sujets Simplement le pouvoir suprême. Quel dépouillement, de soi, de son pouvoir. Quelle imprudence. Quelle imprévision, quelle imprévoyance, Quelle providence De Dieu Nous pouvons faire défaut." Tout est lié. C’est dans ce renversement que tout commence et prend racines. Celui qui admet que la réalité s'impose à lui, accepte qu'il est l’esclave de l'autre, parce qu'il dépend de lui, en vertu de cette loi profonde, réelle, première, cette loi d'airain, la loi d'amour qui est au cœur de la relation humaine, de la société et donc de la politique. Je ne rêve pas; c’est tout le contraire... Il s'agit justement de remettre les pieds sur terre, comme la rempailleuse de chaises, de cesser de s’illusionner et se tromper sur notre pouvoir, sur notre prétention, sur notre illusion. Il faut imposer le seul vrai réalisme. Il est question de ne plus fantasmer sur l'amour principe de la vie en société, mais de le pratiquer. Et à cette fin, de rester à sa place, dans son rôle, de faire son devoir, comme la rempailleuse, à son image…Ah si nos gouvernants pouvaient avoir la modestie de la rempailleuse de chaises. Un peu de modestie Mesdames et Messieurs du pouvoir, Mesdames et Messieurs les professionnels de la politique, comme la rempailleuse de chaises faites-vous serviteurs, soumettez-vous aux lois d'airain, d'évidence, à ces lois naturelles, qui peuvent seules guider votre action de manière féconde; elles vous indiquent les voies à emprunter…En acceptant de vous faire esclaves de vos contemporains, vous aurez la satisfaction de changer la face du monde parce que vous l'aurez servi; vous l'aurez rempli de vérité et de ce dont nos rêves planificateurs l’ont vidé crise après crise!

1 commentaire:

  1. Oui ,l'humilité ne peut se nourrir que de la présence et de l'adoration de Dieu :Créateur et Amour Parfait ,qui" s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu" (St Irénée )..Et Pascal a écrit "L'homme n'est grand qu'à genoux."..Et vous les élus de la Nation ,suivez Mère Térèsa ,qui disait :"Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux !".

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