lundi 18 novembre 2013

PLUS ANTI-RACISTE QUE MOI TU MEURS!

Plus antiraciste que moi tu meurs ! La question raciale monte en puissance, chaque jour un peu plus. Le racisme est condamné à l’unanimité. Tant mieux et heureusement. Mais il reste des pyromanes, avides de scandale, de manipulation, de ventes …D’où la nécessaire réaction largement partagée dans la population. Dont acte. Mais par-delà cette réaction première nous sentons naître un mouvement d'exaspération dans la mesure où nombre de nos problèmes résultent incontestablement des conséquences de l'impossible épanouissement d'une société multiculturelle et multiraciale. Derrière, veille la question de la race tant décriée et discutée, encombrante et difficile, délicate et complexe, douloureuse, embarrassante. Tout est parti d’une banane brandie lors d’une manifestation avec insouciance et bêtise par une pré-adolescente. On n’a pas de conscience politique à 12 ans, et des parents ne peuvent pas être responsables de tous les faits et gestes de leurs enfants. L’incident est resté anodin, jusqu’au coup de baguette de l’un des chefs de l’orchestre des vigiles officielles. Et nous avons glissé sur cette peau de banane, pour en arriver à un psychodrame qui pourrait faire sourire si le sujet n’était dramatiquement sérieux… Cela en dit long sur le mal français. La société française est blessée, en profondeur, au cœur. On a l'impression de vivre un cauchemar, comme enfermés dans un labyrinthe dont nous ne savons plus trouver l'issue. La bêtise concurrence la méchanceté et l'irresponsabilité. Les attaques insupportables contre Mme Christiane Taubira de même que les récupérations en tous genres dont elles sont l'objet en sont l'illustration. L’escalade à laquelle nous assistons interdit progressivement et rend chaque jour plus difficile, le traitement de la question identitaire et plus généralement des problèmes sociaux. Le débat public devient un défouloir de haines dont Internet est l'écho. La critique laisse la place à l’injure. L'incompréhension règne. La violence gagne du terrain. Le racisme nous hante et nous préoccupe car il est le talon d'Achille de la société multiculturelle dans laquelle nous vivons. Les français le sentent et le comprennent. Au risque de faire mentir la majorité qui considère que la France n'est pas raciste, notre société objectivement multiraciale serait-elle en train de devenir multi-raciste pour reprendre le mot d'Alain Finkielkraut? Pourquoi ? Dans l'interview qu'il vient de donner à Philippe Bilger Alain Finkielkraut déclare que nous avons besoin d'une politique de civilisation et que la civilisation a besoin d'une politique. De la même manière que l'identité est suspect d’être le lit du racisme, la civilisation est frappée d'ostracisme et d'interdit idéologique par la bien-pensance. Rappelons-nous le tollé général provoqué par le discours du Président N. Sarkozy sur ce thème… Et pourtant la civilisation n'est-elle pas ce qui fait le plus défaut dans la France d'aujourd'hui ? Nous ne pourrions pas tomber dans cette hystérie collective si nous avions encore entre nous ce lien subtil et riche, multiple et divers, de ce qui la constitue. Non qu'il faille considérer que le racisme soit acceptable ou qu'il ne constitue pas un risque réel, mais parce qu'il serait tout simplement collectivement impossible et naturellement rejeté. Et c'est là que le piège se referme. Car ceux qui dénoncent l'identité comme la civilisation sont les mêmes qui brandissent le risque du racisme, et au nom de ce dernier pratiquent l'exclusion, interdisent le débat et nous plongent dans la crise. La notion même de multiculturalisme, faussement érigée en idéal par le laïcisme est antinomique avec toute notion de civilisation. Le sens des mots et des choses, encore et toujours… Mais il est vrai que nous nous sommes volontairement privés de toutes références historiques et culturelles, à la seule exception de la profession de foi idéologique dictée par la doxa régnante. Alain Finkielkraut déclare encore qu'on ne peut plus penser l'histoire en termes de progrès mais qu'on a à l'inverse plus le droit de regarder en arrière. Le présent nous enferme. Ceci est lié à l'individualisme caractérisé de notre époque où chacun veut être le créateur de soi-même, ce pourquoi il doit nécessairement être affranchi de toute notion d'héritage et de ses racines, c'est-à-dire de toute civilisation. Péguy a écrit que le monde moderne contraint la réalité à entrer dans un système intellectuel abstrait à des fins mesurables et utilitaires. C'est cette abstraction qui nous enferme, nous mine et va nous détruire. Le racisme est le contraire de la civilisation. Mais l'antiracisme ne lui est qu'un antidote idéologique et artificiel. Le seul remède, car il n'y en a qu'un, c'est d'éradiquer la prétention moderne en vertu de laquelle, au nom du relativisme, tout se vaut, tout est égal, rien ne doit être exclu ou écarté parce que tout est idéal, rêvé, fantasmé. Au contraire tout est concret, incarné, moral et formé par la culture et l’histoire, relatif et soumis à la transcendance. Nous avons un impérieux besoin de retrouver le sens de notre être collectif dans lequel chacun d'entre nous plonge ses racines, que l'on cesse de nous en empêcher au nom de la tolérance et du libéralisme, d'un faux respect de l'autre qui n'est en réalité qu'une trahison et une démission qui sont précisément le lit de cette fausse alternative entre le racisme et l'antiracisme officiel.

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