lundi 11 novembre 2013
LE ZAPPING, LA BIEN-PENSANCE ET LE PURISME NOUS GARDERONT-ILS LONGTEMPS DE TOUTE VELLEITE RELLEMENT PROTESTATAIRE ?
La contestation monte. Certains disent qu'elle gronde. Elle prend un tour violent en Bretagne avec le mouvement des bonnets rouges qui réalise une synthèse entre différentes causes de mécontentement. Il y a encore et toujours les opposants à la loi au mariage pour tous qui persistent dans leur mouvement avec détermination et obstination. Il y a la montée du « ras-le-bol fiscal ». La liste n’est pas exhaustive… J'écrivais avant l’été « ça va péter ». Ivan Rioufol parle «d’insurrection civique». Sur quoi tout cela peut-il déboucher ? Il n’est pas certain que l’on assiste à la naissance d’un mouvement de fond susceptible de déboucher sur des bouleversements sociaux et politiques. Pour cela il faudrait que renaisse une conscience politique populaire. Or plusieurs obstacles existent.
Nous sommes devenus des «zappeurs», sans suite dans les idées. Nous ne lisons plus si ce n'est des articles, des tweets et des SMS. Nous passons du coq à l'âne au gré des impulsions médiatiques qui jouent de nos passions, de nos désirs, de nos colères, de nos haines, de nos envies. Rien ne dure dans ce monde de l'éphémère. Un jour on s'emporte contre telle loi ou tel ministre. Le lendemain on est prêt à faire la révolution pour soutenir telle minorité ou revendication. Le surlendemain on va s'émouvoir de telles affaires dramatiques ou encore d'un accident climatique du type de celui qui vient de frapper dramatiquement les Philippines. Ce phénomène s’accompagne du développement d'une intelligence techniciste de niche, sans idées générales, sans analyse philosophique logique et compréhensible. Nous sommes tous extrêmement intelligents, de plus en plus intelligents, mais chacun dans sa niche, dans sa spécialité. Tout est compartimenté, fragmenté, réduit dans un temps court incompatible avec toute réflexion en profondeur; bref,
immédiat, court, cloisonné, isolé ; à l’image de l’essence individualiste de notre société.
Nous sommes intellectuellement et culturellement anéantis par le conformisme intellectuel, la bien-pensance dénoncée par Alain Finkielkraut; surveillés par une police de la pensée dont les flics sont les journalistes. Je ne prendrai qu'un exemple celui de Jean-Jacques Bourdin qui il y a quelques jours a annoncé sa volonté de priver de parole à l’antenne ceux qui n’étaient pas politiquement correct. Cette police idéologique agit à partir d'une sémantique nihiliste. Je vous renvoie à la lecture de l'article remarquable dans le dernier numéro de Marianne de Gérald Andrieu « Ras-le-bol des polémiques en toc ! ». Il met en exergue le fait que le système médiatique est inconscient du fait qu'il est en train de donner raison à Joseph Goebbels le propagandiste en chef du troisième Reich qui écrivait « le jour où les mots n'ont plus de sens, nous aurons gagné »; ce qui est quand même un comble pour un système de pensée qui prétend faire du combat contre le nazisme un leitmotiv si ce n’est une vertu cardinale; observation ce qui rejoint de manière singulière la guerre des mots dans la Chine communiste parfaitement analysée par Simone Leys, comme celle menée par le socialisme suédois à son époque triomphante.
Nous sommes enfin soumis à la dictature du «purisme» exercée par la secte des parfaits du XXIème siècle. Nous sommes entretenus dans l’illusion que nous sommes dans l'ère du progrès, de l'avènement et de l'accouchement du paradis que l'on nous a promis d'élections en élections, de révolution en révolution, de nouvelle philosophie en nouvelle philosophie, de diatribe d’intellectuels en nouvelle diatribe. La récente proposition de loi visant à pénaliser la prostitution en est une parfaite illustration. Il s'agit de nous débarrasser d'un comportement qui colle aux basques de l'humanité depuis les origines. Mais puisque nous sommes accouchons la nouvelle civilisation, idéale et pure, les prostituées doivent disparaître. Comme le rappelait Élisabeth Lévy lors du dernier débat de l'émission « Ce soir ou jamais » le sexe est le domaine de toutes les dominations, de tous les excès, de toutes les pesanteurs, de toutes les ombres dont la libération sexuelle ne nous a pas débarrassé, bien au contraire… C’est oublier qu’il y a une dictature du camp du«bien», prêt à tout pour réaliser ses fantasmes les plus fous. Je viens de relire «Les Dieux ont soif», Anatole France; met en lumière le lien étroit entre le rêve de pureté, la volonté de rechercher un monde meilleur des
mondes et le pire acharnement révolutionnaire…
Le zapping, la réduction du champ d’investigation de notre réflexion, la confusion des esprits entretenue par une police nihiliste de la pensée, la guerre des mots et l'entretien de l'illusion de la perfection sur le mode puriste par les dictateurs de la bien-pensance, privent notre peuple de toute capacité de réaction, de rébellion pour ne pas dire de révolution. Il est flagorné, manipulé, abusé, trompé, fliqué, adulé… Tout est une fois encore paradoxal
et contradictoire afin de nous détourner du néant qui nous gouverne…. Voilà pourquoi je m'interroge sur notre capacité à développer un mouvement réel, profond, dans le long terme, susceptible d'influer réellement sur le cours des choses. Sommes-nous capables d’avoir de la suite dans les idées ? Il faudrait que nous retrouvions le chemin
des idées dont nous nous sommes laissés détournés… J'entends des idées ancrées dans des convictions, fruit d'une réflexion, animées par une vision prospective. Indépendamment de sa nature coercitive sous ses atours démocratiques et
libéraux, il y a une forme de confort entretenu par ce système zappeur, individualiste et consumériste. La question est donc celle de savoir ce qui sera susceptible de nous sortir de notre train-train. Pour cela, il faudra que
nous finissions par avoir faim, ou alors que nous nous sentions en danger. Pour le moment l'État-providence veille encore. Il n'est toujours pas en cessation de paiement. Au fond, quelques impôts de plus à la fin de l'année nous mettent en colère mais nous rassurent car il nous donne le sentiment que nous entretenons encore ce système dont nous ne savons plus imaginer nous séparer…
A quand la révolte susceptible d’inquiéter vraiment nos élus?
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