dimanche 11 décembre 2016

L'ENSEIGNANT ET LE JUGE AU COEUR DE LA FAILLITE DE L'ETAT PROVIDENCE

L’enseignant chargé de fournir au petit d’homme le bagage nécessaire pour affronter la vie, et le juge qui a pour mission de satisfaire le besoin de justice du citoyen sont au cœur de la crise de notre Etat. Le parallèle entre les maux de l’enseignement et ceux de la justice est d’un grand intérêt.

L’enseignant ne doit plus apprendre à l’élève mais l’aider à découvrir le savoir. Il est devenu une sorte d’éveilleur, d’animateur. Au bout du compte, son travail est un échec. On n’apprend plus. On ne sait plus. Nos pédagogues ont progressivement développé le renoncement à apprendre. C’est la seule explication à la débandade progressive de l’Education Nationale depuis quelques décennies. Le problème n’est pas celui des effectifs, du nombre des élèves dans les classes, de la mixité scolaire, de la carte scolaire ou de je ne sais quoi d’autre encore. Il vient de ce renoncement. L’enseignant ne doit plus apprendre aux élèves. Il doit les aider à s’éveiller au savoir. Toutes les contraintes doivent progressivement être éliminées comme autant de facteurs d’aliénations. Le savoir étant lui-même considéré au fond comme aliénant. La priorité est d’accompagner ce petit Dieu que l’homme est devenu afin d’en entretenir le mythe qui est au coeur de toute la pédagogie de la démocratie moderne. L’enseignant est par ailleurs soumis aux contraintes de fonctionnement de son institution de plus en plus lourdes et formalistes. Il participe de l’administration d’un système. Je n’en veux pour preuve que le nombre d’enseignants qui n’enseignent plus…

La mission du juge a quant à elle aussi été touchée par un double phénomène similaire. Le développement considérable des lois et des règlements qui ont fait de lui un applicateur de textes au lieu d’un juge. La justice est devenue une technique d’administration et d’application du droit.  L’institution judiciaire arbitre entre des justiciables cherchant à utiliser des textes pour améliorer leur situation personnelle ou pour régler leurs différends avec leurs concitoyens. Toute l’astuce du plaideur étant dorénavant d’optimiser sa position par l’utilisation des textes. La notion de justice a progressivement été éliminée de l’enceinte judiciaire en ce qu’elle était la réponse à un besoin fondamental de justice ; or celui-ci qui n’a rien à voir avec l’application des textes. On a par ailleurs soumis le juge aux contraintes de la gestion d’une institution pour en faire un gestionnaire doit nous indiquer de stocks de dossiers dont l’efficacité est appréciée non pas au regard de la qualité de ses décisions mais de son efficacité statistique.

Ce double cancer touche deux institutions fondamentales de notre État. Deux institutions qui ont une fonction essentielle dans la cité parce que la transmission du savoir et la justice sont des piliers de la vie sociale.

Alors que nous sommes à la recherche des clés de transformation de la gestion de nos cités par le politique ce double constat indique une piste de réflexion novatrice. Il s’agit de rénover des administrations devenues archaïques dans leur mode de fonctionnement. Il souligne la nécessité de changer de paradigme.

S’agissant de l’enseignement, nous devons rompre avec un système sclérosé qui entretient une administration d’une lourdeur extrême, tourne le dos aux innovations pédagogiques, et refuse de se remettre en cause par rapport à un postulat vieux de deux siècles que nous devons à Jean-Jacques Rousseau. François-Xavier Bellamy l’analyse magistralement dans son livre les déshérités. Je rappelle ici la synthèse que j’en faisais il y a quelques mois :
L'enseignant ne doit donc surtout pas transmettre un savoir, il doit se faire l'organisateur des situations dans lesquelles Emile construira son propre savoir. Rousseau conseille de laisser venir l'enfant. Il s'agit de ne rien lui imposer afin qu'il croie toujours être le maître. En croyant être le maître l'élève apprend à ne pas être sujet. C'est ainsi que le projet éducatif rejoint le projet politique de l'édification d'un citoyen libre à l'intérieur d'une société ordonnée par des lois. L'enfant ne doit rien faire malgré lui. Les interdits s’inversent dans la relation éducative, ils pèsent désormais sur l'adulte. L'éducateur doit se mettre au même niveau que l'enfant et éviter de se montrer plus savant que lui. L'éducation ne devra pas passer par le langage, ou le moins possible, mais par l'expérience. Il faut enseigner les choses. Ne pas donner trop de pouvoir aux mots. Les leçons ne passent pas par le mot mais par la chose ; elles n'instruisent pas l'enfant par l'intelligence mais par l'expérience. CQFD!

S’agissant de la justice le lien avec l’enseignement et la philosophie qui le guide est évident. Les lois sont devenues le droit et l’ont éliminé de sa vocation. Elles lui ont fait perdre sa nature fondamentale, sa vocation au service de la justice fondamentale, première, primaire. Le besoin de justice n’est plus satisfait parce que les réponses sont apportées non pas à des hommes et des femmes confrontées à l’injustice, mais à des situations juridiques de plus en plus artificielles que nos gouvernants complexifient en permanence sous l'impulsion d'une administration toute puissante; la même qui régente l'Education Nationale....

L’enseignant et le juge ont perdu l’homme et la femme de leur champ de vision et d'action; et donc leurs attentes et leurs besoins. Il faut remettre l’homme au cœur du système. Pour l’enseignant, un enfant qui a besoin d’apprendre des fondamentaux. Pour le juge un être qui attend d’être rétabli dans ses droits par rapport aux injustices dont il est victime. Pour cela, nous devons renoncer à une société de plus en plus technique, mécanisée, constructiviste. admettre la faillite de l'Etat providence. Cela signifie la volonté de sortir de l’administration des citoyens dans leur vie quotidienne pour revenir à la gestion du bien commun et de l’intérêt individuel de chacune des personnes. Remettre l’homme au cœur du système consiste non pas à imaginer en permanence des textes supplémentaires ou des réglementations nouvelles, mais à lui donner les moyens d’être lui-même et de le rétablir dans ses exigences et ses besoins les plus fondamentaux.

Voilà des exigences qui devraient être au cœur des débats politiques qui vont s’ouvrir ces prochaines semaines jusqu’en mai 2017. C’est à nous qu’il revient de les faire remonter à la surface encombrée par des médias et des candidats qui prônent la réforme ou la révolution sans véritablement vouloir les entreprendre…

Semper idem !




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