dimanche 22 février 2026

LE MENSONGE ET LA VIOLENCE

Le meurtre du jeune Quentin menaçait d’être l’étincelle mettant le feu à l’édifice républicain. Mais le mensonge savamment orchestré est en passe de prendre le dessus.


Ce drame a déclenché un « sauve qui peut » politique et médiatique. Il ne faut pas se fier aux apparences : les uns et les autres feignent de condamner et s’emploient déjà à rendre possible la réhabilitation. Car ce crime discrédite l’un des fondamentaux de l’édifice républicain : l’antifascisme appliqué à tous ceux qui s’opposent au socialisme et à ses succédanés.

Tel est le théâtre des ombres dans lequel s’inscrit la mort de Quentin.

Dès que la nouvelle fut connue, le bruit médiatique a cultivé le soupçon.

Non plus : qui a frappé ?
Mais : qui était la victime ?

Mécanisme marxiste bien rodé.

LFI a fait front. Rien de surprenant pour qui connaît les ressorts du marxisme et du trotskisme que Jean-Luc Mélenchon maîtrise dans les règles de l’art.

Récusant toute violence, LFI profère le mensonge de son irresponsabilité, se lavant les mains de ce qu’ont fait les membres de la « jeune garde » tout en affirmant sa fierté de compter Raphaël Arnault dans ses rangs. Jean-Luc Mélenchon entretient depuis des années la radicalisation verbale tout en récusant la responsabilité lorsqu’elle déborde dans le réel, s’arrogeant le droit de condamner cette violence après l’avoir rendue possible.

Or il faut inlassablement rappeler que la violence politique moderne en France ne naît pas dans les milieux conservateurs ou catholiques. Ce fut la Terreur qui légitima l’élimination de l’ennemi, le marxisme qui la systématisa ; le XXᵉ siècle en compta les morts par millions. On se souvient de Paul Quilès demandant qu’on nomme les têtes qui devaient tomber.

L’antifascisme envahit le langage politique afin de donner sa légitimité à cette entreprise dont le mensonge est le moteur. Grâce à la dialectique, la violence change de statut selon sa cible. Lorsqu’elle frappe ceux réputés appartenir au « mauvais camp », elle cesse d’être criminelle. Elle devient explicable. Contextualisable. Presque intelligible. Le mensonge et la négation du réel deviennent possibles.

La violence politique ne se juge plus selon l’acte commis, mais selon la conformité idéologique de celui qui la subit ou de celui qui l’assène. Si la victime peut être rattachée à une sensibilité dite « identitaire », le crime cesse d’être un scandale absolu. S’il est commis au nom de l’antifascisme, il devient moralement et politiquement compréhensible.

La machine antifasciste est en route. Depuis des décennies, l’antifascisme est devenu un dogme civil. Il ne relève plus de la vigilance historique : il fonctionne comme une religion politique. L’histoire n’est convoquée que comme caution. Le Bien affronte le Mal. La discussion disparaît ; demeure l’excommunication.

Ce combat a ses idiots utiles.

Ségolène Royal affirme avec aplomb que la victime serait un militant néo-nazi antisémite. Il faut un sacré culot! Elle introduit le soupçon. La victime devient un problème.

Dominique de Villepin prolonge le raisonnement plus subtilement en dénonçant un risque « identitaire » dans les manifestations d’hommage. Après le fascisme, l’identité devient inquiétante. Identitaire, ultra-droite, fasciste, catholique traditionaliste : même registre du dénigrement et de l'assignation à résidence idéologique injurieuse.

Le président de la République et son ministre des Affaires étrangères condamnent les prises de position de Madame Meloni ou de l’ambassadeur des États-Unis en France ; Jean-Luc Mélenchon les en félicite !

Et Jordan Bardella, persuadé d’avoir acquis sa respectabilité, entonne son refrain contre l’extrême droite, sans voir qu’il devient le jouet du système qu’il prétend dénoncer.

La boucle est bouclée. Le meurtre de Quentin devient l’équivalent des violences de l’ultra-droite. Ils sont d’accord. Il faut nazifier pour neutraliser et sauver l'état profond.

Les raccourcis font florès:

  • Royaliste ? donc suspect.
  • Catholique traditionaliste ? donc extrémiste.
  • Attaché à une continuité historique ou nationale ? donc menace potentielle, car contre l’ordre républicain et pourquoi pas l’état de droit.
  • On a même entendu une éditorialiste de LCI expliquer que le chrisme inscrit sur une banderole de la marche en mémoire de Quentin serait un symbole fasciste, alors qu’il marque depuis des siècles les correspondances privées des chrétiens et en particulier de nos moines !

Comme l’ont souligné Marcel Gauchet et Pierre Manent, nous assistons à un anéantissement de la politique au profit du jugement moral de la moraline. Le débat s’atrophie. Chacun rejoue des rôles pré assignés : antifascistes d’un côté, suspects permanents de l’autre. La pensée s’efface derrière le réflexe. La dialectique peut opérer.

La politique disparaît derrière la moralisation permanente du débat public. On ne discute plus des orientations collectives ; on classe les citoyens selon leur conformité morale supposée. La démocratie n’arbitre plus. Elle stigmatise.

Le drame du jeune Quentin révèle la marque d'une époque où la politique s’efface, remplacée par la moraline et la peur d’un mal érigé en absolu — au point d’en effacer un autre alors qu'en réalité ce jeune garçon que l'on stigmatise pourrait bien incarner un idéal vertueux par opposition aux errements de ceux qui nous gouvernent érigés en fausses vertus.

Il y a une autre conséquence à ce manège.

Au moment même où le peuple mesure la nécessité d’une politique ancrée dans la réalité de ses véritables intérêts, ce drame, une fois retourné, risque d’anesthésier ceux qui veulent remettre en cause le système — ou de les marginaliser à nouveau.

Que deviendrait par exemple le RN après l’achèvement de sa mue républicano-démocratique ?

Rien n’est innocent dans ce mécanisme révolutionnaire. Au nom de la religion antifasciste, Jean-Luc Mélenchon et les siens poussent à la radicalisation verbale tout en niant en porter la responsabilité. Ils savent qu’ils sont soutenus par une classe politique paralysée et ficelée par l’État profond. Ce sont eux qui donnent le « la ». Tout finira par rentrer dans l’ordre républicain. À moins que le martyre de Quentin ne soit un véritable électrochoc.

Il demeure qu’une société qui ne sait plus faire de politique finit toujours par produire davantage de violence parce qu’elle refuse d’en penser les causes réelles.

Attendons la suite…

2 commentaires:

  1. AD,
    Pour ma part, au milieu de tous ces gens qui péroraient et commentaient ce drame, gauche et droite confondues, je comptais ceux qui faisaient ne serait-ce qu'une allusion à la douleur de la famille, des parents. Tâche aisée tant ils ont été rarissimes, rajoutant une dose de violence là où elle débordait déjà.

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  2. Bernard Jean-Marie Pillaud23 février 2026 à 10:10

    "Remplacer la pensée par des réflexes" a été le but de l'éducation nationale pendant les 50 dernières années... dans le but officiel de ne pas traumatiser les cancres. Le but réel étant que sans pensée dans le peuple, la gouvernance est plus aisée. On ne va pas maintenant jouer la surprise.

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