dimanche 24 mai 2026

L'ELECTION PRESIDENTIELLE EST LANCEE: QUE FAUT-IL ATTENDRE DU TROP PLEIN DE CANDIDATS?

L’élection présidentielle approche et une double impression de trop plein et de grand vide nous envahit : trop plein de candidats ; vide de plus en plus sidéral de leur offre politique. Un décalage apparaît nettement entre la profondeur des transformations et des crises traversées par la société française et la faiblesse de la réponse politique.


Le malaise vient de ce que les inquiétudes collectives — économiques, sociales, culturelles ou géopolitiques — sont reformulées, neutralisées ou contournées sans jamais être réellement affrontées. Pendant ce temps, la crise du pays continue de s’aggraver.

Le retour des conflits internationaux, nos dépendances énergétiques, la fragilité budgétaire, la désindustrialisation partielle, la crise agricole, les tensions autour de l’école, l’affaiblissement des institutions de transmission, l’insécurité ou l’immigration peuvent être interprétés comme les signes d’une transformation historique profonde affectant l’ensemble des démocraties occidentales. Le système fonctionne encore. Jusqu’à quand ?

Le débat politique continue pourtant d’évoluer dans un cadre hérité des décennies d’après-guerre : celui d’une croissance relativement stable, d’un État social consolidé et d’un horizon historique perçu comme sécurisé. Il demeure structuré autour d’ajustements techniques, de redistribution ou de communication électorale alors que monte une inquiétude plus fondamentale : celle de la capacité du pays à maintenir une cohérence collective dans la durée.

Natacha Polony souligne qu’un certain nombre d’orientations majeures — économiques, européennes, industrielles ou migratoires — deviennent de plus en plus difficiles à remettre en discussion politiquement. Le précédent du référendum de 2005 demeure dans tous les esprits. Le débat est bloqué, figé, paralysé. Les acteurs politiques semblent s’interdire certaines questions. Par incapacité ? Par intérêt ? Par idéologie ?

Chacun paraît désormais chercher à consolider son socle électoral minoritaire plutôt qu’à construire une adhésion majoritaire autour d’un projet historique. La démocratie continue de fonctionner institutionnellement, mais de manière de plus en plus artificielle. Les élections deviennent des occasions manquées tandis que le réel, lui, revient avec ses contraintes.

Cette crise du politique ne peut être séparée d’évolutions plus profondes touchant la société elle-même. À cet égard, les analyses d’Emmanuel Todd prennent une importance particulière. Selon lui, la France est entrée dans une phase de décomposition politique caractérisée par l’impuissance de l’État, la perte de souveraineté, l’absence de projet national et l’inertie des élites dirigeantes. Il décrit un pays incapable de penser stratégiquement alors que le monde bascule.

Pour Todd, les débats budgétaires ne sont plus qu’une « comptabilité de survie » sans vision industrielle ni agricole. Mais son analyse va plus loin. Il estime que les sociétés occidentales atteignent progressivement un stade où disparaissent les cadres anthropologiques hérités du religieux qui permettaient encore de maintenir du commun dans le social et le politique. La démocratie ne fonctionne alors plus que par procédures juridiques et électorales, sans véritable substance collective.

Les travaux de Christophe Guilluy et de Jérôme Fourquet prolongent ce diagnostic sous un autre angle.

Guilluy décrit une fracture croissante entre des métropoles intégrées à la mondialisation et une France périphérique confrontée à des formes de relégation économique, culturelle et symbolique. Une partie importante des catégories populaires et moyennes a désormais le sentiment que les centres de décision politique, économique et culturel ne partagent plus leurs références ni leurs priorités concrètes.

Fourquet parle quant à lui d’« archipélisation » : les groupes sociaux, culturels, générationnels ou territoriaux partagent de moins en moins de références communes. Ce n’est plus seulement le débat politique qui se fragmente ; c’est l’existence même d’un imaginaire collectif partagé qui devient incertaine.

Jean-Claude Michéa prolonge cette lecture. Selon lui, le libéralisme contemporain ne transforme pas seulement les mécanismes économiques ; il modifie aussi les conditions culturelles de la vie collective. L’individualisation généralisée, la logique marchande et la mobilité permanente fragilisent les appartenances stables qui structuraient autrefois la démocratie sociale.

Les réflexions de Marcel Gauchet, Pierre Manent ou Chantal Delsol conduisent à des conclusions voisines. Gauchet souligne la difficulté des démocraties modernes à produire une nouvelle forme de transcendance collective après la sortie du cadre religieux. Manent rappelle qu’une démocratie suppose un cadre politique suffisamment substantiel pour incarner concrètement le bien commun. Delsol observe enfin qu’une démocratie devient instable lorsque les représentations communes se fragmentent et qu’une partie des élites considère certaines aspirations populaires comme culturellement illégitimes.

Toutes ces analyses convergent vers une même interrogation : comment maintenir une démocratie vivante lorsque les formes politiques, sociales et culturelles de représentation perdent progressivement leur vitalité collective ?

Simone Weil avait déjà identifié très tôt les effets politiques du déracinement moderne.

Ces questions dépassent largement le cas français. L’ensemble des démocraties occidentales affrontent aujourd’hui des tensions comparables : fragmentation culturelle, défiance envers les élites, crise des médiations collectives, dépendances économiques, difficulté à maintenir un récit national partagé.

La France occupe toutefois une position particulière. En raison de son histoire centralisée et universaliste, elle attend davantage de l’État, de l’école et de la politique qu’ils incarnent une continuité collective explicite. L’effacement progressif du cadre national commun y devient donc plus visible et plus conflictuel qu’ailleurs.

Plus de citoyens qu’on ne le croit n’attendent plus seulement une amélioration technique de la gestion publique. Ils perçoivent la nécessité de réinscrire les questions économiques, industrielles, éducatives, énergétiques ou migratoires dans une représentation cohérente de l’avenir du pays. Ils comprennent que cette crise multiforme traduit désormais un affaiblissement plus profond du commun politique lui-même.

Que conclure ?

Les événements vont probablement s’accélérer d’ici à l’échéance de 2027. Le grand écart entre les difficultés réelles du pays et le court-termisme des appareils partisans continuera d’accentuer les tensions.

La question des prochaines présidentielles dépasse donc largement celle d’une simple alternance. Elle touche à la capacité de la démocratie française à retrouver une cohérence historique dans un contexte marqué simultanément par :

  • le retour des contraintes géopolitiques ;
  • la fragmentation sociale ;
  • les tensions économiques ;
  • l’immixtion incontrôlée de l’IA ;
  • la crise de transmission ;
  • les tensions migratoires ;
  • et l’affaiblissement du commun démocratique.

Le véritable enjeu ne sera pas de savoir quel candidat administrera le mieux le pays à court terme. Il sera de savoir si la démocratie française peut encore produire un logos politique capable d’articuler les contraintes matérielles du présent avec la nécessité de maintenir une continuité collective face à des enjeux substanciels.

Derrière cette interrogation apparaît alors une question plus fondamentale encore : une démocratie peut-elle durablement survivre lorsque disparaît ce qui rendait encore le commun possible ?

1 commentaire:

  1. Il n'y a plus de démocratie depuis bien longtemps
    Il y a une caste qui a accaparé le pouvoir ,et qui fait tout pour le conserver .Un caméléon qui prend les apparences d'un Hollande Macron,...demain Philippe ou Attal..
    pour que le système perdure au profit des possédants
    Il en est ainsi partout dans le Monde ,et notre régime n'est rien d'autre qu'un régime totalitaire qui avance masqué
    Députés et Senateur impuissants.
    Institutions (présidences de l'assemblée ,du sénat, du conseil constitutionnel, de la cour des comptes,de l'audiovisuel public ,de la banque de france, du cese ...verrouillées par les copains-coquins..)
    En 2027 la piece de théâtre se rejouera une fois de plus
    Qui peut encore y croire
    Revenons aux fondamentaux :
    Dieu et le Roy

    RépondreSupprimer

Commentez cet article et choisissez "Nom/URL" ou Anonyme selon que vous souhaitez signer ou non votre commentaire.
Si vous choisissez de signer votre commentaire, choisissez Nom/URL. Seul le nom est un champ obligatoire.

Retrouvez mes anciens articles sur mon ancien blog