L’élection présidentielle approche et une double impression de trop plein et de grand vide nous envahit : trop plein de candidats ; vide de plus en plus sidéral de leur offre politique. Un décalage apparaît nettement entre la profondeur des transformations et des crises traversées par la société française et la faiblesse de la réponse politique.
Le malaise
vient de ce que les inquiétudes collectives — économiques, sociales,
culturelles ou géopolitiques — sont reformulées, neutralisées ou contournées
sans jamais être réellement affrontées. Pendant ce temps, la crise du pays
continue de s’aggraver.
Le retour
des conflits internationaux, nos dépendances énergétiques, la fragilité
budgétaire, la désindustrialisation partielle, la crise agricole, les tensions
autour de l’école, l’affaiblissement des institutions de transmission,
l’insécurité ou l’immigration peuvent être interprétés comme les signes d’une
transformation historique profonde affectant l’ensemble des démocraties
occidentales. Le système fonctionne encore. Jusqu’à quand ?
Le débat
politique continue pourtant d’évoluer dans un cadre hérité des décennies
d’après-guerre : celui d’une croissance relativement stable, d’un État social
consolidé et d’un horizon historique perçu comme sécurisé. Il demeure structuré
autour d’ajustements techniques, de redistribution ou de communication
électorale alors que monte une inquiétude plus fondamentale : celle de la
capacité du pays à maintenir une cohérence collective dans la durée.
Natacha
Polony souligne qu’un certain nombre d’orientations majeures — économiques,
européennes, industrielles ou migratoires — deviennent de plus en plus
difficiles à remettre en discussion politiquement. Le précédent du référendum
de 2005 demeure dans tous les esprits. Le débat est bloqué, figé, paralysé. Les
acteurs politiques semblent s’interdire certaines questions. Par incapacité ?
Par intérêt ? Par idéologie ?
Chacun
paraît désormais chercher à consolider son socle électoral minoritaire plutôt
qu’à construire une adhésion majoritaire autour d’un projet historique. La
démocratie continue de fonctionner institutionnellement, mais de manière de
plus en plus artificielle. Les élections deviennent des occasions manquées
tandis que le réel, lui, revient avec ses contraintes.
Cette crise
du politique ne peut être séparée d’évolutions plus profondes touchant la
société elle-même. À cet égard, les analyses d’Emmanuel Todd prennent une
importance particulière. Selon lui, la France est entrée dans une phase de
décomposition politique caractérisée par l’impuissance de l’État, la perte de
souveraineté, l’absence de projet national et l’inertie des élites dirigeantes.
Il décrit un pays incapable de penser stratégiquement alors que le monde
bascule.
Pour Todd,
les débats budgétaires ne sont plus qu’une « comptabilité de survie » sans
vision industrielle ni agricole. Mais son analyse va plus loin. Il estime que
les sociétés occidentales atteignent progressivement un stade où disparaissent
les cadres anthropologiques hérités du religieux qui permettaient encore de
maintenir du commun dans le social et le politique. La démocratie ne fonctionne
alors plus que par procédures juridiques et électorales, sans véritable
substance collective.
Les travaux
de Christophe Guilluy et de Jérôme Fourquet prolongent ce diagnostic sous un
autre angle.
Guilluy
décrit une fracture croissante entre des métropoles intégrées à la
mondialisation et une France périphérique confrontée à des formes de relégation
économique, culturelle et symbolique. Une partie importante des catégories
populaires et moyennes a désormais le sentiment que les centres de décision
politique, économique et culturel ne partagent plus leurs références ni leurs
priorités concrètes.
Fourquet
parle quant à lui d’« archipélisation » : les groupes sociaux, culturels,
générationnels ou territoriaux partagent de moins en moins de références
communes. Ce n’est plus seulement le débat politique qui se fragmente ; c’est
l’existence même d’un imaginaire collectif partagé qui devient incertaine.
Jean-Claude
Michéa prolonge cette lecture. Selon lui, le libéralisme contemporain ne
transforme pas seulement les mécanismes économiques ; il modifie aussi les
conditions culturelles de la vie collective. L’individualisation généralisée,
la logique marchande et la mobilité permanente fragilisent les appartenances
stables qui structuraient autrefois la démocratie sociale.
Les
réflexions de Marcel Gauchet, Pierre Manent ou Chantal Delsol conduisent à des
conclusions voisines. Gauchet souligne la difficulté des démocraties modernes à
produire une nouvelle forme de transcendance collective après la sortie du
cadre religieux. Manent rappelle qu’une démocratie suppose un cadre politique
suffisamment substantiel pour incarner concrètement le bien commun. Delsol
observe enfin qu’une démocratie devient instable lorsque les représentations
communes se fragmentent et qu’une partie des élites considère certaines
aspirations populaires comme culturellement illégitimes.
Toutes ces
analyses convergent vers une même interrogation : comment maintenir une
démocratie vivante lorsque les formes politiques, sociales et culturelles de
représentation perdent progressivement leur vitalité collective ?
Simone Weil
avait déjà identifié très tôt les effets politiques du déracinement moderne.
Ces
questions dépassent largement le cas français. L’ensemble des démocraties
occidentales affrontent aujourd’hui des tensions comparables : fragmentation
culturelle, défiance envers les élites, crise des médiations collectives,
dépendances économiques, difficulté à maintenir un récit national partagé.
La France
occupe toutefois une position particulière. En raison de son histoire
centralisée et universaliste, elle attend davantage de l’État, de l’école et de
la politique qu’ils incarnent une continuité collective explicite. L’effacement
progressif du cadre national commun y devient donc plus visible et plus
conflictuel qu’ailleurs.
Plus de
citoyens qu’on ne le croit n’attendent plus seulement une amélioration
technique de la gestion publique. Ils perçoivent la nécessité de réinscrire les
questions économiques, industrielles, éducatives, énergétiques ou migratoires
dans une représentation cohérente de l’avenir du pays. Ils comprennent que
cette crise multiforme traduit désormais un affaiblissement plus profond du
commun politique lui-même.
Que conclure
?
Les
événements vont probablement s’accélérer d’ici à l’échéance de 2027. Le grand
écart entre les difficultés réelles du pays et le court-termisme des appareils
partisans continuera d’accentuer les tensions.
La question
des prochaines présidentielles dépasse donc largement celle d’une simple
alternance. Elle touche à la capacité de la démocratie française à retrouver
une cohérence historique dans un contexte marqué simultanément par :
- le retour des contraintes
géopolitiques ;
- la fragmentation sociale ;
- les tensions économiques ;
- l’immixtion incontrôlée de l’IA
;
- la crise de transmission ;
- les tensions migratoires ;
- et l’affaiblissement du commun
démocratique.
Le véritable
enjeu ne sera pas de savoir quel candidat administrera le mieux le pays à court
terme. Il sera de savoir si la démocratie française peut encore produire un
logos politique capable d’articuler les contraintes matérielles du présent avec
la nécessité de maintenir une continuité collective face à des enjeux substanciels.
Derrière
cette interrogation apparaît alors une question plus fondamentale encore : une
démocratie peut-elle durablement survivre lorsque disparaît ce qui rendait
encore le commun possible ?

Il n'y a plus de démocratie depuis bien longtemps
RépondreSupprimerIl y a une caste qui a accaparé le pouvoir ,et qui fait tout pour le conserver .Un caméléon qui prend les apparences d'un Hollande Macron,...demain Philippe ou Attal..
pour que le système perdure au profit des possédants
Il en est ainsi partout dans le Monde ,et notre régime n'est rien d'autre qu'un régime totalitaire qui avance masqué
Députés et Senateur impuissants.
Institutions (présidences de l'assemblée ,du sénat, du conseil constitutionnel, de la cour des comptes,de l'audiovisuel public ,de la banque de france, du cese ...verrouillées par les copains-coquins..)
En 2027 la piece de théâtre se rejouera une fois de plus
Qui peut encore y croire
Revenons aux fondamentaux :
Dieu et le Roy