À la suite de cette insupportable
exécution destinée à décapiter CHARLIE HEBDO journal satirique, et d’une
nouvelle atteinte criminelle à l’encontre de la communauté juive, nous avons vu
naître de partout en France un mouvement de masse, historique, inimaginable. Le
monde a manifesté de façon inédite et émouvante sa solidarité à l’égard de la France,
saluée en tant que leader en humanité, dont le peuple s’est levé dans toutes
ses composantes de façon spontanée, exemplaire, digne et édifiante.
J'ai écouté le Président de
la République, son prédécesseur, son premier ministre, et la quasi-totalité de
classe politique nous expliquer que les balles des terroristes barbares avaient voulu atteindre la France des
valeurs, la France républicaine, la France des lumières, la France de 1789,
dont le journal Charlie hebdo aurait été le fleuron.
J'ai entendu parmi d’autres
mon excellent confrère Éric Dupond Moretti lors de l’émission « ce soir ou
jamais », pitoyable et attristant quand on sait le talent qu'il peut avoir
dans un prétoire, larmoyant, expliquant
que ce puissant démenti manifesterait la force de l’essentiel français se caractérisant par le droit à l'impertinence, de critiquer les religions et tout simplement
de « déconner ».
J'ai lu sous la plume d'un
autre de mes confrères Nicolas Gardères, dans les colonnes de
libération « L’attentat contre Charlie Hebdo a la
sale gueule de Renaud Camus, d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen. » …
Comment s’y retrouver ?
Quel sens doit-on donner à ces événements ? S’agit-il d’une manifestation
de l'esprit français et d’une réaction unitaire autour de nos valeurs
nationales unanimement proclamées ? Quel est le sens de ce « je suis Charlie
» qui fleurit dans toutes les rues, sur tous les écrans, dans tous les journaux
et sur toutes les lèvres ?
Nous avions tous, chacun à notre
manière, un rapport affectif avec ces talentueux dessinateurs. Ils étaient des
nôtres. Depuis 40 ans leurs dessins ont alimenté une partie de nos rires, de
nos rêves, de nos distractions et de nos colères. Ils étaient dans notre
univers culturel. En constituaient-ils pour autant la structure et la matrice
identitaire ? Notre réaction émotive, attristée et indignée qui se nourrit
de chagrin, de colère et de révolte est sincère à l’égard des victimes. Pour
autant Charlie hebdo n'était pas l'esprit français.
Rendons-nous tout d'abord
à une évidence quantitative, mesurable. Nous
étions très peu nombreux à acheter et à lire cet hebdomadaire en grande
difficulté financière à cause de son tirage insuffisant. Ce journal ne touchait
qu'un nombre limité de lecteurs. Il n'était pas représentatif. Il était
marginal et contestataire. C'était notre poil à gratter anarchiste,
révolutionnaire, anticonformiste, anti tout. Il y soufflait le vent de la
vulgarité, d'un rapport au sexe débridé et affranchi de tous les tabous, de
l'esprit révolutionnaire, d'un anarchisme bourgeois, du refus de Dieu et de
toutes les religions, une haine et une férocité sans limites sous le couvert
goguenard de l’humour. De ce point de vue il retrouvait des accents
voltairiens. Cela ne suffisait pas à en faire l'incarnation de l'esprit
français, même s’il en était une manifestation extravertie. Car n'en déplaise à
Éric Dupond Moretti être français ne se réduit pas à rire de tout, jusque des
religions, à être frondeur ou à déconner. Cela est un peu court et réducteur.
WOLINSKY, CANU et CHARB étaient le plus souvent la mauvaise part de
nous-mêmes que nous avions la faiblesse de cajoler dans le secret. Ils incarnaient
la transgression que nous n'avons pas la force de commettre et que nous
regardons avec jalousie et complaisance chez les autres. Ils étaient ce remake
en boucle de mai 68 permettant à chacun de faire de temps en temps sa cure de
jouvence révolutionnaire à peu de frais moyennant un modeste achat qui
finissait la plupart du temps avec l'almanach Vermot. Leur talent était
incontestable. Talent auquel ils devaient leur longévité et leur célébrité car
ils étaient reconnus par d'autres journaux de plus grande audience dont ils
étaient la bonne et la mauvaise conscience.
Morts en martyrs, ils
deviennent paradoxalement es icônes de ce que nous rêvons d'être alors que tout
fout le camp, d’un idéal éthéré dont on nous rebat doctement les oreilles
depuis des années en nous expliquant qu'il est le marqueur de notre identité et
alors que dans les faits il s'avère incapable de nous réunir et de maintenir
notre cohésion nationale face à une immigration arabo musulmane qui nous
dépasse et nous inquiète. Ils sont célébrés en même temps que tout ce qu’ils
vomissaient, l’ordre, la police, la nation, le patriotisme, l’esprit tolérant
de Dieu et des religions.
Ils sont en réalité les
victimes sacrificielles d'un monde qui s'en va. Ceux qui les ont exécutés de
manière lâche et insupportable, nous révèlent la vacuité de notre projet
national en même temps que leur haine à l’égard de notre insoutenable légèreté,
de la « déconne » chère à nos « grands esprits ». Leurs
criminels ont tué sous nos yeux ébahis et incrédules l’esprit des lumières
devenu celui des ténèbres de l’humanisme athée. Ils ont tué l’anarchisme des
idées et de la culture, en même temps que le refus de la transcendance dont
nous avons cru qu'il pouvait être le lit du bonheur que nos élites ne cessent
de nous vendre sans jamais nous l’apporter…Paradoxe final mais révélateur, cet
attentat a fait passer sous silence les déclarations ahurissantes et indécentes
de notre ministre de l’économie, invitant de Las Vegas les jeunes français à
devenir des milliardaires….
Voilà pourquoi, face à
toutes ces contradictions et aux risques de récupération dont l’angélisme
excessif de notre engouement pourrait nous faire éluder qu’il a déjà commencé
jusque dans leur organisation, nos manifestations pourraient être un chant du
cygne ; à moins que comme aux plus grandes heures de notre histoire, comme
par miracle, elles ne soient l’aurore d’un vrai recommencement… Mais les
miracles ne se produisent qu’en faveur de ceux qui les méritent et qui
réunissent les conditions de leur réalisation. Et il y a loin de la coupe aux
lèvres ; car le défi à relever nécessite d’aller puiser plus profond que
dans des valeurs édulcorées et idéologisées. Notre « nous commun »
célébré avec tant de force ne se paiera pas longtemps de mots. Il ne se suffira
pas non plus de la « spiritualité de la laïcité » appelée de ses vœux
par le cinéaste musulman Abd Al Malik.
L’évêque de Mossoul qui sait
mieux que nous en quoi consiste la confrontation avec l’Islam, l’islamisme, Al
Qaida et l’état islamique, nous avait prévenus :
« Notre souffrance est un prélude à ce que
vous-mêmes, chrétiens européens et occidentaux, souffrirez dans un futur
proche», a crié l’archevêque à ses frères chrétiens d’Occident.
S’il-vous-plaît, il faut que vous compreniez. Vos principes libéraux et démocratiques n’ont
aucune valeur ici. Vous devez reconsidérer la réalité du Moyen-Orient, car vous
accueillez un nombre croissant de musulmans. Vous aussi, vous êtes en danger. Il vous faut prendre des décisions
courageuses et dures, y compris en allant à l’encontre de vos principes.
Vous croyez que tous les êtres humains sont égaux, mais ce n’est pas une chose
certaine. L’Islam ne dit pas que
tous les êtres humains sont égaux. Vos valeurs ne sont pas leurs valeurs ».
Qu’allons-nous faire de ce
11 janvier 2015 ?
Lundi dernier, à la veille
du drame, François Hollande avait transgressé un tabou sémantique et admis
sur France Inter que notre France traverse une crise d’identité sans
précédent. Serait-ce une prise de
conscience ? Nous verrons « sur le tas », à l’épreuve de sa
politique à venir, ce qu’il en sera réellement.
Mais il ne pourrait s’agir
que d’un tout petit début, car si nous voulons que notre réaction nationale
soit à la hauteur des espoirs suscités par les manifestations de cette fin de
semaine, il va falloir :
- Cesser
de faire de la politique pour un jeu de dupes.
- Définir
en vérité un projet commun faisant fi de tous nos a priori idéologiques
- Refuser
de se cacher derrière des mots et des valeurs que nos actes écornent de
leur substance civilisatrice.
- s’interroger
sur nos ambiguïtés diplomatiques avec certains Etats, sur des financements
comme celui du club du PSG, et sur les incohérences de notre politique au
Moyen-Orient.
- appeler
un chat un chat et surtout ne plus battre en retraite sur les mots et les
réalités qu’ils recouvrent, à l’inverse de ce que préconise M. L Fabius lorsque
pour éviter l’amalgame il nous invite à ne plus parler d’islamisme …..
- faire
autre chose comme réforme pénale et des prisons que ce que préconise Mme
Taubira. Quand on réalise que l’un des tueurs aurait dû être en prison à
l’heure des attentats ! Sans parler de la formation gratuite au
fondamentalisme que reçoit tout nouvel arrivé en prison…
- Revoir
notre politique de l’éducation nationale
- cesser
de jeter sans cesse le discrédit sur tous ceux qui font références à nos
racines culturelles et cherchent à définir collectivement cette identité
sans laquelle tout combat sera perdu d’avance.
- reposer
en vérité le débat sur l’intégration, l’assimilation, la nationalité et
notre politique de l’immigration.
- se
décider à revenir sur toutes nos phobies discriminatoires.
- Poser
le problème de l’Islam sans stigmatiser les musulmans mais sans
hypocrisie.
- Trouver
une réponse aux exigences spirituelles des citoyens en donnant sa place à
Dieu qui n’est pas un « gros mot » comme le pensait Wolinsky
pour qui il fallait être athée pour faire de l’humour.
A défaut, nos idéaux et nos valeurs
seront enfouis dans la douleur, avec d’autres nouvelles victimes, au cimetière
des illusions perdues….
Enfin une analyse sérieuse,pertinente, éclairée et courageuse,et que j'aurais aimé voir publiée dans la presse... Merci à son auteur,qui n'a de cesse de s'engager,pour le réveil de nos compatriotes,face à la déliquescence de nos valeurs morales et religieuses,fierté de nos ancêtres...
RépondreSupprimermerci, je me retrouve plus dans vos propos que dans le "je suis charlie" qui m'agace... solidaire des victimes, je refuse d'être identifié à un journal satirique de soixante-huitards attardés qui n'ont pas encore compris que le XXI° serait spirituel ou ne serait pas... Philippe
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