dimanche 11 janvier 2015

TOUT CELA POUR QUOI?

À la suite de cette insupportable exécution destinée à décapiter CHARLIE HEBDO journal satirique, et d’une nouvelle atteinte criminelle à l’encontre de la communauté juive, nous avons vu naître de partout en France un mouvement de masse, historique, inimaginable. Le monde a manifesté de façon inédite et émouvante sa solidarité à l’égard de la France, saluée en tant que leader en humanité, dont le peuple s’est levé dans toutes ses composantes de façon spontanée, exemplaire, digne et édifiante.

J'ai écouté le Président de la République, son prédécesseur, son premier ministre, et la quasi-totalité de classe politique nous expliquer que les balles des terroristes barbares  avaient voulu atteindre la France des valeurs, la France républicaine, la France des lumières, la France de 1789, dont le journal Charlie hebdo aurait été le fleuron.

J'ai entendu parmi d’autres mon excellent confrère Éric Dupond Moretti lors de l’émission « ce soir ou jamais », pitoyable et attristant quand on sait le talent qu'il peut avoir dans un prétoire, larmoyant,  expliquant que ce puissant démenti manifesterait la force de l’essentiel français se caractérisant  par le droit à l'impertinence,  de critiquer les religions et tout simplement de « déconner ».

J'ai lu sous la plume d'un autre de mes confrères Nicolas Gardères, dans les colonnes de libération « L’attentat contre Charlie Hebdo a la sale gueule de Renaud Camus, d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen. » …

Comment s’y retrouver ? Quel sens doit-on donner à ces événements ? S’agit-il d’une manifestation de l'esprit français et d’une réaction unitaire autour de nos valeurs nationales unanimement proclamées ? Quel est le sens de ce « je suis Charlie » qui fleurit dans toutes les rues, sur tous les écrans, dans tous les journaux et sur toutes les lèvres ? 

Alain de Benoist explique qu’il faut rester prudent face à ce type de mouvements qui se nourrissent de « contagion mimétique ». L’analyse à chaud d’un mouvement aussi passionné est délicate. Sa force le rend nécessaire, car les questions vont se poser très vite.

Nous avions tous, chacun à notre manière, un rapport affectif avec ces talentueux dessinateurs. Ils étaient des nôtres. Depuis 40 ans leurs dessins ont alimenté une partie de nos rires, de nos rêves, de nos distractions et de nos colères. Ils étaient dans notre univers culturel. En constituaient-ils pour autant la structure et la matrice identitaire ? Notre réaction émotive, attristée et indignée qui se nourrit de chagrin, de colère et de révolte est sincère à l’égard des victimes. Pour autant Charlie hebdo n'était pas l'esprit français.
Rendons-nous tout d'abord à  une évidence quantitative, mesurable. Nous étions très peu nombreux à acheter et à lire cet hebdomadaire en grande difficulté financière à cause de son tirage insuffisant. Ce journal ne touchait qu'un nombre limité de lecteurs. Il n'était pas représentatif. Il était marginal et contestataire. C'était notre poil à gratter anarchiste, révolutionnaire, anticonformiste, anti tout. Il y soufflait le vent de la vulgarité, d'un rapport au sexe débridé et affranchi de tous les tabous, de l'esprit révolutionnaire, d'un anarchisme bourgeois, du refus de Dieu et de toutes les religions, une haine et une férocité sans limites sous le couvert goguenard de l’humour. De ce point de vue il retrouvait des accents voltairiens. Cela ne suffisait pas à en faire l'incarnation de l'esprit français, même s’il en était une manifestation extravertie. Car n'en déplaise à Éric Dupond Moretti être français ne se réduit pas à rire de tout, jusque des religions, à être frondeur ou à déconner. Cela est un peu court et réducteur.

WOLINSKY, CANU et CHARB  étaient le plus souvent la mauvaise part de nous-mêmes que nous avions la faiblesse de cajoler dans le secret. Ils incarnaient la transgression que nous n'avons pas la force de commettre et que nous regardons avec jalousie et complaisance chez les autres. Ils étaient ce remake en boucle de mai 68 permettant à chacun de faire de temps en temps sa cure de jouvence révolutionnaire à peu de frais moyennant un modeste achat qui finissait la plupart du temps avec l'almanach Vermot. Leur talent était incontestable. Talent auquel ils devaient leur longévité et leur célébrité car ils étaient reconnus par d'autres journaux de plus grande audience dont ils étaient la bonne et la mauvaise conscience.

Morts en martyrs, ils deviennent paradoxalement es icônes de ce que nous rêvons d'être alors que tout fout le camp, d’un idéal éthéré dont on nous rebat doctement les oreilles depuis des années en nous expliquant qu'il est le marqueur de notre identité et alors que dans les faits il s'avère incapable de nous réunir et de maintenir notre cohésion nationale face à une immigration arabo musulmane qui nous dépasse et nous inquiète. Ils sont célébrés en même temps que tout ce qu’ils vomissaient, l’ordre, la police, la nation, le patriotisme, l’esprit tolérant de Dieu et des religions.

Ils sont en réalité les victimes sacrificielles d'un monde qui s'en va. Ceux qui les ont exécutés de manière lâche et insupportable, nous révèlent la vacuité de notre projet national en même temps que leur haine à l’égard de notre insoutenable légèreté, de la « déconne » chère à nos « grands esprits ». Leurs criminels ont tué sous nos yeux ébahis et incrédules l’esprit des lumières devenu celui des ténèbres de l’humanisme athée. Ils ont tué l’anarchisme des idées et de la culture, en même temps que le refus de la transcendance dont nous avons cru qu'il pouvait être le lit du bonheur que nos élites ne cessent de nous vendre sans jamais nous l’apporter…Paradoxe final mais révélateur, cet attentat a fait passer sous silence les déclarations ahurissantes et indécentes de notre ministre de l’économie, invitant de Las Vegas les jeunes français à devenir des milliardaires….

Voilà pourquoi, face à toutes ces contradictions et aux risques de récupération dont l’angélisme excessif de notre engouement pourrait nous faire éluder qu’il a déjà commencé jusque dans leur organisation, nos manifestations pourraient être un chant du cygne ; à moins que comme aux plus grandes heures de notre histoire, comme par miracle, elles ne soient l’aurore d’un vrai recommencement… Mais les miracles ne se produisent qu’en faveur de ceux qui les méritent et qui réunissent les conditions de leur réalisation. Et il y a loin de la coupe aux lèvres ; car le défi à relever nécessite d’aller puiser plus profond que dans des valeurs édulcorées et idéologisées. Notre « nous commun » célébré avec tant de force ne se paiera pas longtemps de mots. Il ne se suffira pas non plus de la « spiritualité de la laïcité » appelée de ses vœux par le cinéaste musulman Abd Al Malik.

L’évêque de Mossoul qui sait mieux que nous en quoi consiste la confrontation avec l’Islam, l’islamisme, Al Qaida et l’état islamique, nous avait prévenus :
« Notre souffrance est un prélude à ce que vous-mêmes, chrétiens européens et occidentaux, souffrirez dans un futur proche», a crié l’archevêque à ses frères chrétiens d’Occident.
S’il-vous-plaît, il faut que vous compreniez. Vos principes libéraux et démocratiques n’ont aucune valeur ici. Vous devez reconsidérer la réalité du Moyen-Orient, car vous accueillez un nombre croissant de musulmans. Vous aussi, vous êtes en danger. Il vous faut prendre des décisions courageuses et dures, y compris en allant à l’encontre de vos principes. Vous croyez que tous les êtres humains sont égaux, mais ce n’est pas une chose certaine. L’Islam ne dit pas que tous les êtres humains sont égaux. Vos valeurs ne sont pas leurs valeurs ».

Qu’allons-nous faire de ce 11 janvier 2015 ?

Lundi dernier, à la veille du drame, François Hollande avait transgressé un tabou sémantique et admis sur France Inter que notre France traverse une crise d’identité sans précédent.  Serait-ce une prise de conscience ? Nous verrons « sur le tas », à l’épreuve de sa politique à venir, ce qu’il en sera réellement.
Mais il ne pourrait s’agir que d’un tout petit début, car si nous voulons que notre réaction nationale soit à la hauteur des espoirs suscités par les manifestations de cette fin de semaine, il va falloir :
  • Cesser de faire de la politique pour un jeu de dupes.
  • Définir en vérité un projet commun faisant fi de tous nos a priori idéologiques
  • Refuser de se cacher derrière des mots et des valeurs que nos actes écornent de leur substance civilisatrice.
  • s’interroger sur nos ambiguïtés diplomatiques  avec certains Etats, sur des financements comme celui du club du PSG, et sur les incohérences de notre politique au Moyen-Orient.
  • appeler un chat un chat et surtout ne plus battre en retraite sur les mots et les réalités qu’ils recouvrent, à l’inverse de ce que préconise M. L Fabius lorsque pour éviter l’amalgame il nous invite  à ne plus parler d’islamisme …..
  • faire autre chose comme réforme pénale et des prisons que ce que préconise Mme Taubira. Quand on réalise que l’un des tueurs aurait dû être en prison à l’heure des attentats ! Sans parler de la formation gratuite au fondamentalisme que reçoit tout nouvel arrivé en prison…
  • Revoir notre politique de l’éducation nationale
  • cesser de jeter sans cesse le discrédit sur tous ceux qui font références à nos racines culturelles et cherchent à définir collectivement cette identité sans laquelle tout combat sera perdu d’avance.
  • reposer en vérité le débat sur l’intégration, l’assimilation, la nationalité et notre politique de l’immigration.
  • se décider à revenir sur toutes nos phobies discriminatoires.
  • Poser le problème de l’Islam sans stigmatiser les musulmans mais sans hypocrisie.
  • Trouver une réponse aux exigences spirituelles des citoyens en donnant sa place à Dieu qui n’est pas un « gros mot » comme le pensait Wolinsky pour qui il fallait être athée pour faire de l’humour.
A défaut, nos idéaux et nos valeurs seront enfouis dans la douleur, avec d’autres nouvelles victimes, au cimetière des illusions perdues….





2 commentaires:

  1. Enfin une analyse sérieuse,pertinente, éclairée et courageuse,et que j'aurais aimé voir publiée dans la presse... Merci à son auteur,qui n'a de cesse de s'engager,pour le réveil de nos compatriotes,face à la déliquescence de nos valeurs morales et religieuses,fierté de nos ancêtres...

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  2. merci, je me retrouve plus dans vos propos que dans le "je suis charlie" qui m'agace... solidaire des victimes, je refuse d'être identifié à un journal satirique de soixante-huitards attardés qui n'ont pas encore compris que le XXI° serait spirituel ou ne serait pas... Philippe

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